‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 17 sur 156 · PRÉLUDES · texte numérisé non relu

PRÉLUDES

[Aux étudiants de laosaone. — 1839.)

Gomme autrefois que je m'asseie encore  vos banquets ! reconnaissez ma voix.

Que l'Amitié soutienne , écho sonore , Echo du cœur, mes chants, comme autrefois ! Aux verts rameaux le Printemps se balance ; De feuille en feuille on l'entend palpiter : Quand de l'Hiver tout rompt le froid silence , Les chants sont doux... mais puis-je encor chanter?

Que le rameur, ployé sur sa nacelle , Sente des eaux le branle courroucé , Il mord sa lèvre , et sa voix qui chancelle , Laisse mourir le refrain commencé ;

Mais dans ton golfe où T Aquilon expire ,

Heureux Glarens , qu'il vienne à s'abriter.

Il se rassure , et le flot semble dire :

c Les chants sont doux i • . . mais puis-je encor chanter?

L'àpre sentier qui rampe vers la cime

Glace nos fronts de muette pâleur ;

Mais , au sommet qu'enfin le pied s'imprime ,

Les chants sont doux sur la montagne en fleur.

La terre au loin fuit dans la vapeur rose ,

Et jusqu'à nous son bruit ne peut monter.

Sur la montagne, où le cœur se repose ,

Les chants sont doux. . . mais pui&-je encor chanter ?

Iles du ciel , montagnes d'empyrée ,

Ports de lumière , astres obéissans !

De vos feux purs la blancheur éthérée

Tombe sur nous comme des flots d'encens.

L'âme vers Dieu se retourne et l'appelle ,

S'élance et veut dans ses bras se- jeter.

Aux bords sans fond de la Source éternelle ,

Les chants sont doux. . . mais puis-je encor chanter?

Je chanterai ta bonté , Père tendre !

Je chanterai ta sagesse et tes lois;

Je chanterai , pour qui voudra Tentendre , Le cœur de l'homme et ses sombres exploits ; Je chanterai rhelvéti(}ue montagne , L'étoile à suivre et la cime à dompter ; Je chanterai ! . . . votre voix m'accompagne : Les chants sont doux; je puis encor chanter.

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