PRÉLUDES
[Aux étudiants de laosaone. — 1839.)
Gomme autrefois que je m'asseie encore  vos banquets ! reconnaissez ma voix.
Que l'Amitié soutienne , écho sonore , Echo du cœur, mes chants, comme autrefois ! Aux verts rameaux le Printemps se balance ; De feuille en feuille on l'entend palpiter : Quand de l'Hiver tout rompt le froid silence , Les chants sont doux... mais puis-je encor chanter?
Que le rameur, ployé sur sa nacelle , Sente des eaux le branle courroucé , Il mord sa lèvre , et sa voix qui chancelle , Laisse mourir le refrain commencé ;
Mais dans ton golfe où T Aquilon expire ,
Heureux Glarens , qu'il vienne à s'abriter.
Il se rassure , et le flot semble dire :
c Les chants sont doux i • . . mais puis-je encor chanter?
L'àpre sentier qui rampe vers la cime
Glace nos fronts de muette pâleur ;
Mais , au sommet qu'enfin le pied s'imprime ,
Les chants sont doux sur la montagne en fleur.
La terre au loin fuit dans la vapeur rose ,
Et jusqu'à nous son bruit ne peut monter.
Sur la montagne, où le cœur se repose ,
Les chants sont doux. . . mais pui&-je encor chanter ?
Iles du ciel , montagnes d'empyrée ,
Ports de lumière , astres obéissans !
De vos feux purs la blancheur éthérée
Tombe sur nous comme des flots d'encens.
L'âme vers Dieu se retourne et l'appelle ,
S'élance et veut dans ses bras se- jeter.
Aux bords sans fond de la Source éternelle ,
Les chants sont doux. . . mais puis-je encor chanter?
Je chanterai ta bonté , Père tendre !
Je chanterai ta sagesse et tes lois;
Je chanterai , pour qui voudra Tentendre , Le cœur de l'homme et ses sombres exploits ; Je chanterai rhelvéti(}ue montagne , L'étoile à suivre et la cime à dompter ; Je chanterai ! . . . votre voix m'accompagne : Les chants sont doux; je puis encor chanter.