‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 18 sur 156 · LE TEMPS S'EN VA · texte numérisé non relu

LE TEMPS S'EN VA

(CkiBSon pour moD père et pour Ifm. — 1838.)

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Voici trois jours que des flots de nuages , Brumeux déluge , engloutissaient l'azur ; Mais, comme un vol d'aigles aux blancs plumages. Les monts enfin planent dans le ciel pur : Ainsi le Temps, brouillard au vent funeste , Voile où se perd l'immortelle beauté , Le Temps s'en va , mais l'Eternité reste , L'Eternité ! l'Eternité !

Plus de chansons , plus de couples fidèles Dans le tilleul , chauve comme un vieillard ! Au bord du toit , déjà les hirondelles Forment leurs rangs et sonnent le départ.

Toujours montant vers le portail céleste , Traînant au seuil le Monde épouvanté , Le Temps s'en va , mais TEternité reste , L'Eternité! l'Eternité!

Notre sentier dans le gazon serpente , Là , d'une ronce en passant éeharpé , Luttant , ailleurs , contre une aride pente , Ou d'une fosse , hélas! bien mieux coupé. Marcheur vaillant , dont chaque pas s'atteste Par une tombe au sol ensanglanté , Le Temps s'en va , mais l'Eternité reste , L'Eternité ! l'Eternité !

De maux présens et de peines passées Quel sombre amas , quel douloureux trésor ! Sans les tarir que de larmes versées ! Et, jusqu'au bout , que de chagrins encor ! L'homme avec Dieu sans fin ruse et conteste , Puis , recueillant notre cœur tourmenté , Le Temps s'en va , mais l'Eternité reste , L'Eternité ! l'Eternité !

En vain se dresse , aux lieux que nul n'évite , Le noir rocher de Tartre de la mort :

C'est un jalon , ce n'est pas la limite , C'est du chemin le souterrain effort.

Notre œil s'arrête à ce bord qu'il déteste ; Mais au delà brille l'Immensité.

Le Temps s'en va , mais l'Eternité reste , L'Eternité! l'Eternité!

Dans le tombeau le Passé dort encore , Et l'Avenir, en ses abimes sourds , N'est du Néant qu'une incertaine aurore ; Le Présent seul existe , il vit toujours : Contre lui-même ainsi plaide et proteste Ce Temps qui meurt en immortalité.

Le Temps s'en va , mais l'Eternité reste , L'Eternité ! l'Eternité !

Verbe infini qui façonnas les mondes , Qui dans le vide assemblas l'univers , Et qui jetas à l'écume des ondes , Comme des fleurs , les lies sur les mers ! Toujours la vie en toi se manifeste :

Le ciel fùt-il par ton souffle emporté , Le Temps s'en va , mais l'Eternité reste , L'Eternité ! l'Eternité t

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