LES DERNIERS COMBATTANS
(Musique de Spaetb.)
Peutrétre, un jour, nous verrons dans ia plaine Des fils du Nord les sinistres essaims. Leur vol grondant fait frissonner nos seins , Comme du soir une pesante haleine.
Gardons nos cœurs de toute lâcheté !
Notre Helvétie est à la liberté.
Venez , venez sur l'antique montagne :
Un souffle impur ne nous y suivra pas. Ici l'air libre, et l'étranger là-bas , Avec son roi que la mort accompagne.
Pour un moment qu'ils se disent vainqueurs ! Notre Helvétie, à nous, est dans nos cœurs.
Vallons dormant au pied des blanches cimes , Humbles chalets , tentes du haut azur, Riant asile, abri terrible et sûr.
Fort crénelé , ceint de remparts d'abîmes !
C'est à nous seuls que Dieu vous dévoila : Notre Helvétie , à nous, est encor là.
Chère patrie , ici , pour te défendre ,
Déjà tu vis arriver nos aïeux.
De monts en monts nous nous cachons comme eux.
Comme eux aussi nous saurons redescendre.
Armes ! drapeaux ! ne vous inclinez pas ! Notre Helvétie , à nous, est dans nos bras.
S'il faut encore un plus grand sacrifice , Sur le glacier , notre dernier espoir , Nous combattrons vaillamment jusqu'au soir ; Puis , l'àme à Dieu , le corps au précipice ,
Nous cesserons nos belliqueux accords , Et l'Helvétie au moins nous aura morts.
Noire cercueil , c'est le profond abime ; Notre linceul , le nuage qui fuit ; Notre épitaphe , un éclair dans la nuit ; Et notre tombe, une Alpe au front sublime.
Là , nous disons parfois , en grand courroux : Notre Helvétie, elle n'est qu'avec nous.