PENSÉES D'ORAGE
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— Que veux-tu, dis-moi, que veux-tu?
Que cherche au loin ton oui farouche?
Pourquoi retomber abattu , Comme un malade sur sa couche ?
Pour toi brillent toujours les cîeux ; ^ La santé ne s'est point enfuie ; Si parfois se mouillent tes yeux , Plus d'une main te les essuie.
— Un nuage en moi s'est glissé :
Les portes du jour furent closes , Et mon esprit se vit lancé Dans le noir océan des choses.
Pour le conlep mes sombres vœux Il me faudrait faire un gros livre.
Ce que je veux , ce que je veux , Hélas ! c'est le secret de vivre.
Ne me suis pas ! J'aime Teufer , Le bruit de ses portes de fer , Le cri de sa rage profonde.
Je me sens tomber à jamais , Tomber de sommets en sommets , Au fond de l'abime qui gronde.
Adieu ; jour pur et souriant , Aurore , perle d'Orient , 0 nuits de brise printannière , Nuits où le ciel est un jardin , Je roule dans la nuit sans fin.
Adieu , soleil ! adieu , lumière !
Débattez-vous, flots sans espoir; Dans votre gouffre vide et noir , Faites bondir votre esclavage !
Criez ! l'enfer vit de combats.
Pleurez ! on ne vous entend pas Là-haut , là-haut sur le rivage.
Ne crois pas que ma vie Par une autre que toi Soit charmée et ravie , Ni que je me défie De l'étoile bénie Qui se leva sur moi ,
Lorsque , du sein de l'onde , D'un océan de mort , Où l'écume qui gronde Roulait au gouffre immonde Mon âme vagabonde , Tu m'amenas au bord.
Mais ancienne compagne , La tempête , un moment , Me soulève , me gagne , M'arrache à la montagne , Et veut que je regagne Le mobile élément.
Je roule encore et plonge Parmi des eaux sans fond.
Je fais un triste songe ,
Et de plus d'un mensonge Mon naufrage s'allonge.
Ta voix seule répond.
Mais le vent la fait taire , Jusqu'à ce qu'au matin , L'Océan , moins austère , Bruissant solitaire , Je me retrouve à terre Endormi sur ton sein.