LA FLEUR BLEUE
Autour de nous , vois , dans Therbe menue , Où l'eau babille et rit en s'enfuyant , Ces fleurs qui sont , comme l'éther sans nue , Toutes d'azur brillant.
Le ciel , un jour , descendit sur la terre , Dans sa grandeur et sa simplicité.
Le ciel est bon , malgré son voile austère , Le ciel n'est que bonté.
De monts en monts les troupes éthérées Portai^t leurs pas nobles et gracieux.
Libres , chacune , et jamais séparées Du tout harmonieux.
D'un cœur enfant , d'une bouche divine , Les uns chantaient , assis dans les vallons ; Et de leurs voix , seule , l'onde argentine A gardé quelques sons.
Dans les jardins des pics inaccessibles , Sur l'esplanade aux abords entassés , D'autres , en chœurs rayonnans et paisibles , Erraient entrelacés.
De l'air qui joue à leur tempe vermeille , Notre Matin pâlirait tout honteux ; Et pour la terre une fleur sans pareille Tomba de leurs cheveux.
Puis , sous leurs pas , elle semblait éclore
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Dans le gazon légèrement foulé , Et jusqu'ici le printemps voit encore Cet azur étoile.
Quand de la nuit l'engloutissant abime Gravit les monts à flots silencieux, Les Immortels reprirent , vers la cime , Les hauts sentiers des cieux.
Us ont passé comme un flottant nuage Qui s'évapore en montant les hauteurs : « Ce n'est qu'un rêve, et rêver n'est pas sage,» Nous disent les docteurs.
Mais si la vie est tout entière un songe Qui nous prépare au spectacle éternel , Au lieu de croire à nos fleurs de meifôonge , Croyons aux fleurs du ciel !
Quand la montagne en est au loin semée , Et que , dans l'herbe , éclate leur azur, J'y vois les pas de la céleste armée Dans notre monde obscur.
A MIÇKIÉWICZ