A LAUSANNE
Consolez-voas , quand l'ardent météore Qui sert d^étdle au génie exilé , S'arrête et luit , quelques instans encore , Sur un désert monotone et voilé :
Là , pour miroir, seulement des fontaines ; Un lac qui dort dans l'azur le plus doux ; Point d'océan aux bondissantes plaines , D'horizons noirs sous leurs trombes soudaines, Ni de mirage aux tourelles lointaines : Consolez-vous !
Pauvre égaré dans nos fonds de vallées Où l'air du nord expire languissant , Vous soufirirez. Les corbeaux, par volées,
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Et les hivers vous diront en passant : Allons ! allons , poète ! Â la mêlée ! D'un large essor fends l'espace en courroux ! Vois-tu , là-bas ? c'est la Gloire étoilée . . . Son piédestal de lave amoncelée ;
Son auréole à la foudre mêlée
Consolez- vous !
Martyr, ici , du calme et des ombrages , Qui vous rendra l'orage accoutumé , Et sur la steppe , au gré d'un ciel sauvage , Les jeux sans frein du coursier bien-aimé? Dans nos vergers tout devient rêverie , Vague bonheur que l'on garde à genoux, Frais souvenir, souci de bergerie , Clos d'une haie ainsi que la prairie , Plaisirs du cœur que le cœur seul varie. Consolez-vous !
Plus défiant du bruit confus d'oracle Qui vous émeut par son charme inconnu , 0 puissiez-vous , homme , faire un miracle , Dire au repos : Oui , sois le bien-venu ! Â l'amitié , qui vaut mieux que la gloire , Au pâle honneur d'être adopté de tous ,
Aux biens sans lutte , à la paix sans victoire ,
Aux jours heureux sans trace et sans mémoire ,
Ck)mme au bonheur que Ton a sans y croire ,
Résignez-vous !