‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 42 sur 156 · LE SAPIN · texte numérisé non relu

LE SAPIN

Ainsi qu'une grande pensée

Qui féconde un cœur désolé ,

Sur la cime étroite , élancée ,

Se dresse un sapin exilé.

Jouant avec leur chevelure ,

Le vent seul arrache un murmure

 ses rameaux, fléchis en vain ,

Car nul rameau ne les caresse ,

Et la voix des forêts sans cesse

Roule autour d'eux son chant lointain

L'arbre a grandi , fier et sublime , Sur son piédestal glorieux , N'aimant que l'aigle de l'abime , Le soleil, la neige et les cieux.

Il buvait la tiède rosée ,

Les parfums qu'à Therbe embrasée

Enlève un souffle humide et frais ;

Et d'air pur baignant ses feuillages ,

Il s'enveloppait de nuages

Afin de s'endormir en paix.

Parfois , sur la couche glacée Où tombent ses fruits résineux , Une empreinte rouge est tracée; Des ours la laissent après eux.

Ce sang, vermeil conune la rose Sous les vents de la nuit éclose, Est la seule fleur du rocher; Mais lorsqu'il parait sous ses branches , L'arbre y jette ses barbes blanches , Et semble vouloir le cacher.

II hait aussi l'épervier sombre , Quand il vient , d'un vol tournoyant , Enlacer sa tige dans l'ombre , Ou mesurer son front géant.

Au battement confus des ailes Il mêle des plaintes nouvelles^ Et, froissant ses dards à grand bruit,

li dresse ses bras , les balance , Frissonne, et mugit, et s'élance.

Epouvanté , l'oiseau s'enfuit.

Pourquoi sooflfrirait-il l'approche De quelque habitant du vallon?

11 doit vivre seul sur sa roche , Que le temps lui soit court ou long : 11 doit tout ignorer du monde ; Et , sans une voix qui réponde A ses vagues appels d'amour, Il faut qu'il vieillisse , et supporte Ce que chaque an nouveau rapporte , Et les tourmens de chaque jour.

Aussi , roidissant son courage , Il revoit toujours , au matin , Bondir l'avalanche sauvage, Qu'éveille un murmure incertain.

11 entend le glacier sonore Longtemps après gronder encore , Imitant la foudre en courroux ; Et sur la cascade troublée , Quand tombe une roche écroulée , Il sait ce que font de tels coups.

Ne le plaignez pas , si la terre A fui son abri soucieux.

Il est malheureux , solitaire , Oui ! mais sa tête est près des cieux. Qui sait quelle haleine bénie , Ou quelle enivrante harmonie A parfois bercé son sommeil?

Ah ! pour lui les anges peut-être N'ont pas dédaigné d'apparaître Dans un blanc rayon du soleil.

Un jour, luttant avec Forage Qui tourmentait ses longs rameaux , Il gémit , et d'un cri sauvage Salua des destins nouveaux.

Car la nue , agitant ses ailes , Sur lui jetant des étincelles , Semblait un céleste envoyé.

Et l'embrassant avec furie.

L'arbre au tonnerre se marie ; Puis il retombe foudroyé.

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