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LE CHAMP DE BATAILLE

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De montagne en montagne , Un jour, je m de loin Une grande campagne Où rougissait le foin.

Les feueheurs dans la plaine S'avançaient m tout sens »

Coupani à perdre kileine Les guérets fleurissans.

L'un aiguisait son wme , L'autre la balançait Et, sans regret ni hrme , Dans le foin l'enfonçait.

L'herbe , haute et serrée ,

Tombait en gémissant Sous la fanx acérée , Qui sifflait en passant.

C'étaient des têtes d'hommes Qui roulaient sous la faux , Car, hélas ! nous ne sommes Que des champs de roseaux.

Les hommes par centaines Etaient fiiudiés soudain :

Et genêts et grands chênes Roulaient tous à l'andain.

Oh ! quel champ de bataille , Morne, lugubre^ afireux!

Comme la Mort travaille Ce champ cadavéreux !

Une odeur sépulcrale Âfladiasait les airs ; Et d'un s(^I plus pâle Pâlissait l'univers.

Je descendis la côte Avançant pour mieux voir :

Une voix triste et haute Sortait de ce champ noir.

Espérance et blasphème , Regrets , soupirs , élans Formaient un choeur suprême , Un grand chœur de mourans.

Et la Mort , invisible , De l'un à l'autre bout , Devant elle , impassible , Allait renversant tout.

L'un, frappé par derrière; Un autre , par devant , Touchant de la carrière Le terme décevant ;

L'un , vedette perdue , Vu du seul caporal ; Ou , la main étendue , Un autre , général ;

L'un , vieillard qui demande Un seul instant , un seul !

L'autre , de sa guirlande Se faisant un linceul ;

L'un, mourant solitaire ; L'autre, bien entouré :

Tous , baisantde la terre Le sein décoloré.

Et je dis en moi-même :

Quel vaste champ de mort !

Vers sa limite extrême L'œil en vain fait effort.

11 se déploie immense , Douloureux , infini , Et se perd en silence Sous le ciel Rembruni.

Et ce champ que féconde La Mort aux mille coups , Ce champ noir, c'est le Monde , Notre diainp-clos à tous.

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