LES VIVANS
Ils n'ont plus rien qui les soucie ,
Heureux les morts !
Ils n'ont plus le poids de la vie , Le poids du jour, le poids du corps.
Le ver les ronge, et non l'envie,
Heureux les morts !
Ils n'ont plus ni lutte , ni transe ; Ils ne prennent plus l'apparence , Les beaux semblants , les faux dehors , Une ombre, un rien pour l'espérance.
Heureux les morts!
Rangés dans leur lit solilaire , Sous nos pieds qui foulent la terre Et l'ébranlent de vains discords , Us dorment d'un sommeil de pierre.
Heureux les morts !
Il ne sort jamais de leur bouche Un cri , suivi d'un ris farouche :
Ils n'ont ni regrets , ni remords ; Us ne pleurent pas sur leur couche.
Heureux les morts !
Ils en ont fini de l'orage ; Ils n'ont plus ni peur ni courage ; Ils ne cherchent plus d'autres ports ; Us ont fait leur dernier naufrage , Heureux les morts!
Ils sont une algue sur. la grève , La feuille à qui le vent fait trêve , Même poudre , faibles ou forts :
Ils sont nH)ins qu'un souffle et qu'un rêve , H^reux les morts !