‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 49 sur 156 · LES VIVANS · texte numérisé non relu

LES VIVANS

Ils n'ont plus rien qui les soucie ,

Heureux les morts !

Ils n'ont plus le poids de la vie , Le poids du jour, le poids du corps.

Le ver les ronge, et non l'envie,

Heureux les morts !

Ils n'ont plus ni lutte , ni transe ; Ils ne prennent plus l'apparence , Les beaux semblants , les faux dehors , Une ombre, un rien pour l'espérance.

Heureux les morts!

Rangés dans leur lit solilaire , Sous nos pieds qui foulent la terre Et l'ébranlent de vains discords , Us dorment d'un sommeil de pierre.

Heureux les morts !

Il ne sort jamais de leur bouche Un cri , suivi d'un ris farouche :

Ils n'ont ni regrets , ni remords ; Us ne pleurent pas sur leur couche.

Heureux les morts !

Ils en ont fini de l'orage ; Ils n'ont plus ni peur ni courage ; Ils ne cherchent plus d'autres ports ; Us ont fait leur dernier naufrage , Heureux les morts!

Ils sont une algue sur. la grève , La feuille à qui le vent fait trêve , Même poudre , faibles ou forts :

Ils sont nH)ins qu'un souffle et qu'un rêve , H^reux les morts !

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