‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 5 sur 156 · LE LIVRE DE JEUNESSE · texte numérisé non relu

LE LIVRE DE JEUNESSE

L'homme est étrange eo sa faiblesse, Toujours changeant, capricieux, Toujours tourné vers d'autres eieux, Vers d'autres bords, sans trouver mieux, Toujours regrettant ce qu'il laisse.

Quand il est jeune, il se croit vieux. Et lorsque l'âge enfin le presse.

Il a toujours devant les yeux Les vieux songes de sa jeunesse.

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Au loin, Au loin, A l'aurore, à la nuit penchante.

Est-ce un oiseau qui, sous le foin, Sous l'herbe chante, Sans nul témoin?

Voix incertaines.

Voix des buissons Ou (les grands chênes :

Chansons, chansons Lointaines.

Un chant !

Un chant !

Oui, c'est un chant qu'on croit entendre^

Léger parfois, parfois touchant.

Moqueur ou tendre, Jamais méchant.

Des monts aux plaines, Portez vos sons.

Fraîches haleines.

Chansons, chansons Lointaines !

Refrains,

Refrains Du temps passé, refrains que j'aime, De vos bouquets de romarins J'ai pris moi-même Deux ou trois brins.

Aux marjolaines Entrelaçons Lys et verveines....

Chansons, chansons

Lointaines.

Amour !

Amour !

Est-ce ta voix qui pleure et prie.

Au clair de lune, au point du jour, Dans la prairie Ou vers la tour ?

Larmes soudaines.

Charmants soupçons.

Doux airs de reines. . .

Chansons, chansons Lointaines.

Enfans !

Enfans !

Est-ce une mère, fleur cachée, Qui se récrée à vos beaioft ans , Sur vous penchée , En soins touehans?

Bonheur sans peines , Sans noirs frissons , Sans fiel, sans haines:^ .

Chansoi^, chansons

Lointaines.

Plus fort , Plus fort , En sons guerri^*s le chant s'élève ,

Comme la vague sur le bord.

N'est-ce qu'un rêve, Qu'un écho mort, Les voix hautaines De vos gazons, Vieux capitaines ? . . .

Chansons, chansons Lointaines.

Un jour.

Un jour.

Un jour nouveau pour l'homme brille.

Beau moissonneur, avec amour Prends ta faucille.

Entre à ton tour, Entre à mains pleines Dans les moissons Où tu nous mènes....

Chansons, chansons Lointaines.

Des cieux, Des cieux.

Lyre d'or aux cordes d'étoiles,

Il vient un chant mélodieux.

Sous les saints voiles Chœur glorieux !

Quand sur nos chaînes Nous gémissons.

Chansons sereines, Hautes chansons. . . .

Lointaines.

Tout bas, Tout bas, Le chant s'en va, le chant décline ; Bien ne se montre ; on n'entend pas, Sur la colline, Un souffle, un pas.

Seules et reines Près des maisons.

Jasez, fontaines !

Chansons, chansons Lointaines.

Je vois.

Je vois Des monts la haute galerie,

J'entends le chant, le chant des bois, De la patrie 0 douce voix !

Alpestres scènes, Bleus horizons, Images vaines !

Chansons, chansons Lointaines.

ANCffiNNES AMOURS

— <^>Q^OOfe9o —

Ne me parlez plus de la fée Qui m'enseigna dans les vallons Et me doua, rastiqtte Orphée, D'un luth aux naïves chansons !

Je dois la fuir, me rire d'elle , Tout oublier de nos beaux jours Et la gronder quand elle appelle , Gronder mes anciennes amours.

Elle me crie : (c Ecoute ! écoute !

» C'est moi qui chante dans les airs ; » L'astre qui luit sur notre route , )) Viens ! entencka seul nos concerts.

» Sens*tu le vent qui me soulève?

» Suivons ce nuage en son cours. »

Mais moi j'ai chassé , comme un rêve , Chassé mes anciennes amours.

Je l'entends qui revient encore ,

Plus près , ici , dans le jardin.

« Vois , reprend-^lie , c'est l'aurore :

» Je suis la fille du matin ;

» Du sentier dans le pâturage

» N'aimes-tu plus les longs détours? »

J'aurais , je crois , battu de rage ,

Battu mes anciennes amours.

<( Il est vrai , dit la délaissée , » Je suis petite , et j'ai des sœurs )) Dont la taille est plus élancée , » Dont la joue a plus de couleurs ; )) Mais je suis fière , gaie et tendre , » Sans chaînes d'or , sans faux atours. » Je pleurais , et je crus entendre Pleurer mes anciennes amours.

Je rassemble enfin mon courage ;

Je prends mon masque de docteur

Et , dans un savant équipage ,

Je m'achemine avec lenteur.

(( Cessez de hanter ma demeure ^ »

Lui dis-je, «on m'attend à mon cours' ;

* L'auteur était alors professeur à l'Académie de Lausanne.

)) Laissez-moi passer , voici l'heure , » Passer, mes anciennes amours. »

Narguant alors mon noir délire , Elle ôta son petit chapeau Et, partant d'un éclat de rire , S'enfuit soudain comme un oiseau ; Mais en chaire , ah ! pièges indignes ! Je la vois , aux bancs les plus sourds , Qui s'assied et me fait des signes ; Des signes d'anciennes amours.

Triste et rêveur au pied d'un hêtre ,

J'ouïs une voix qui disait :

c( Je vous prends, mon seigneur et maître!..»

C'était elle qui m'embrassait.

Ce Jour-là, penchés l'un vers l'autre,

Jurant de nous aimer toujours,

Oh ! quel doux revoir fut le nôtre ,

Un revoir d'anciennes amours !

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