‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 55 sur 156 · L'AVENIR · texte numérisé non relu

L'AVENIR

Alix élttdians de lausaone

Le poète est la voix de rame :

Il ebante, il écoute^ il répond.

Qui sait de quel écho profond

Tressaillent ses lèvres de flamme !

Souvent lui-même ne voit pas

Tout le secret de ses pensées ,

Qui lui viennent entrelacées

Ou, comme un songe, nuancées.

Un esprit le suit pas à pas ,

l/n .eBprittuf-pad« tout bas.

Et guide rinvisible trame ;

Puis , à leur tour, les chants s^ed vont

Parler au cœur qui les réclame.

Le poète esC la voix de Tàme :

Il chante, il écoute, il répond.

Frères , Amis ^ qui voulez que je chante , Dites : — l'oiseau tremblant avec son nid , Gonserve-t-il sa voix pure et touchante , Lorsque le ciel gronde et se rembrunit? — Mais c'est en vain que la forêt profonde Frissonne , pousse un sourd mugissement , Et de l'orage attend l'embrassement.

A votre voix que la mienne réponde !

Bientôt , peut-être , à peine on l'entendra. Le vent qui vient, au loin l'emportera.

Oh ! je voudrais chanter d'une voix forte , Gomme un prophète ! — Alors, je vous dirais Que du passé l'œuvre épuisée est morte ,

^ Noas réimprimons, sans y rien changer, ce morceau publié à part en i 831 , et dont Tédition était depuis long-temps épuisée. L'auteur y a fait, en 1845, une suite qui est inédite, et que Ton trouvera plus bas. (Note de la première édition des Chansùns Lointaines.)

Morte à toujours ! que l'avenir est près ; Sur le présent, croulant comme le sable, Que le fou seul bâtira sa maison. — L'abime est là , sous le plus vert gazon ; Une eau puissante y roule intarissable.

C'est le torrent qui jette à l'avenir Tous les débris de ce qui va finir.

Les temps prédits par des bouches divines , Sont enfantés ; de nouveau tout renaît : Des fleurs d'amour germent sur les collines , Fleurs que l'impie, aveuglé, méconnaît ; Et d'un Pasteur au céleste sourire J'entends les pas se rapprocher de nous. Heureux celui qui le prie à genoux Et qui l'attend , et croit à son empire !

0 Liberté ! l'on t'adore aujourd'hui ; Mais tu mourras, si tu n'as son appui.

Aussi , vraiment , quel sujet de satire ! Diraitron pas une oeuvre de Satan , Alors qu'on voit tout un peuple en délire

Qui se dit libre, être esclave et tyran? ^ Esclave , certe ! — et dans ses nouveaux maîtres J'en sais plus d'un pire que les anciens. Tyran? — Il veut des droits pour tous les siens, Et jette ceux d'autrui: p$ir léd fenêtres.

0 peuple fou , qui se laisse flatter, Gomme un cheval , par qui veut le monter !

Ma foi n'est pas en ces faiseurs de codes :

De la sagesse écoutènt-ils la voix ?

Depuis trente ans nos lois changent de modes ;

Nous revenons à celles d'autrefois.

L'avenir seul, que nul rie peut comprendre,

De ia patrie assiéra le destin.

Puisqu'il fait nuit, attendons le malin. —

Mais en tout temps nous pouvons la défendre.

Oui , la défendre ! et nous seuls! contre. tous ! Car l'étranger vient pour lui , non pour nous.

Jeunes Yaudois , que vous dirai-je enooré ? C'est bien asâez , si vous m'avez compris. -

Quand vous voyez ce que le temps dévore ; Quand le présent lui-même a ses débris ; Ne craignez rien ! c'est une œuvre sublime Qui s'accomplit sous d'invisibles pas. Vers le passé ne vous retournez pas.

De l'avenir déjà brille la cime.

Ainsi nos monts ont leurs pieds dans la nuit Que leur sommet, tout seul , s'enflamme et luit.

Montez, un soir, sur ces tours crénelées, Dont le front gris penche au bord des coteaux. — Vous 'Çpibrasséz ^ d'un coup d'oeil , nos vallées , Villes et bourgs^ prés et chaoqis, vieui châteaux ; La nuit commence à déployer ses ailes Et du, soleil éteint les derniers feux ; L'astre expirant jette encore dans les ciqux Des flocons d'or, des gerbes d'étincelles ;

Et le Léman , toujours beau , toujours pur, Dort recouvert dé sa robe d'azur.

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