LES HÉROS HELVÉTIQUES
A M. ravo]er Neuhaas
Oh ! les temps héroïques , Où sont-ils? où sont-ils?
Hommes des jours antiques , N'avez-vous plus de fils?
D'Erlaeh , dans la campagne , Où donc est le cimier?
De Tell , sur la montagne , Où , le sifflant acier ?
D'Arnold , sur le rivage , Où , le bras saint et fort ,
Faisant un grand passage De victoire et de mort?
Où , Léman , sur ta grève , La voix de Berthelier, S'écriant : k Pour Genève ]e mourrai le premier? »
De Davel , âme auguste , Où, le libre éehafaud, Trône d'un homme juste , Succombant le front haut ?
J'entends des voix amères Longuement discourir :
Où sont , comme leurs pères , Ceux qui savent mourir ?
Des tribuns , par centaine !
Chacun poussant les siens :
Mais où sont , dans la plaine , Où sont les citoyens?
Pourtant , guerrier sublime f Schwytz est là toujours , Là , debout, sous la cime Aux imprenables tours :
in
Gam de sang trenfiée, Qiri hii «ei*t de dmpeM !
Lui , ceint de son épée , Ld main sur le potemieâu !
Eléens son vert dwisâne , An Inré du torrent soArd, L'Ours, toujours, se promène , De son pas ferais et totird :
fWMfloitote et a»ga î Aiix dnl*s et &m regards ; Lion par le courage , 'Renard j^otit* lëë t*enat*Âs.
Et toujours ) sur les lOlides Dm LénoB argenté ,
Sort des grottes profondes Ùhëhatttdetaerté.
Il s'élète, M s'élève !
Il feii frémir tes eaux\ Et la montagne achève , Avec ses mflle échos.
Il>dit : (t^uisBafleuvele, n Renais I c'est le sigiial ;
» Sur la neige éternelle » Pose un pied virginal.
» Comme elle blanche et pure, » Viens sur le pic vermeil !
» Des fleurs à ta ceinture , » Sur ton front le soleil ! »
Mais le chant monte encore ; U monte jusqu'aux cieux , Avec le soir qui dore Les glaciers radieux.
Et dans les rougeurs sombres Des nuages flottans On voit passer les ombres Des héros du vieux temps.
Ils viennent , grands , sublimes , Mais le chef incliné , Gomme , au bord des abimes , Un pin déraciné.
Et leurs fronts, hauts et mâles ,
Ridés comme la mer.
Lancent des éclairs pâles ,
Qui se croisent dans l'air.
Là , du sein de la oue Jusqu'au creux des vallons , Ils percent l'étendue , De leurs regards profonds.
Us voient tout : les vallées Qui cachent leurs tombeaux , Et les tours écroulées, Noinmant des lieux nouveaux.
Mais leur regard s'étonne :
Il cherche , il cherche en vain ; Comme l'aigle , en automne , Planant sur le ravin :
Alors qu'à la montagne Dit adieu le troupeau , Qui lentement regagne La plaine et le hameau ,
Et que l'oiseau superbe , Sur les monts las d'errer, Ne voit plus rien, dans l'herbe , Passer ni respirer.
Le chant, le chant qui monte , Us récoltent pourtant :
Mais ils n'en tiennent compte ; Hélas ! ce n'est qu'un chant !
Gomme un bruit de tempête U expire auprès d'eux; Mais ils hochent la tête , Et regardent les cieux.
Ils soupirent , . . . ils passent , En espérant encor,
Et dans la nuit s'effacent Avec les astres d'or.
Oh ! les temps héroïques , Où sont-ils? où sont-ils?
Hommes des jours antiques , N'avez- vous plus de fils ?