‹ Les chansons lointaines, poèmes et poésiesChapitre 59 sur 156 · UN BON CONSERVATEUR · texte numérisé non relu

UN BON CONSERVATEUR

Je ne suis pas de ceux qui ne respirent Qu'orage, trouble et révolution.

De lutte en lutte ainsi nos maux empirent. ]'aime la paix, je hais l'ambition.

Pourquoi ce bruit qui toujours me réveille? Mon lit est fait ! Dans un songe flatteur J'y dors si bien sur l'une et l'autre oreille. Conservez-moi ! je suis conservateur.

Mon lit est fait ! et ce n'est pas sans peine ! Gomme l'oiseau j'ai tressé brin à brin Plume, duvet, fil de soie et de laine , Et le voilà ! je m'y repose enfin.

Vents, bercez-moi d'une aile fraîche et pure Avec l'ombrage, avec le flot chanteur ! Terre , et vous , cieux , et toute la nature , Conservez-moi ! je suis conservateur.

Mon lit est fait ! je o'empéehe personne De faire aussi ie sien comme il Tentend. Tel n'en a pas , du moins je le soupçonne , Mais j'ai le mien , c'est le point important. Qu'on le dédoidiie, on en fera peut- être Trois , tout au plus , de moyenne hauteur ; Mais ce serait un acte bas et traître. Conservez-moi ! je suis conservateur.

Tel qui descend , le matin , dans la rue Ne sait où prendre, hélas ! son pain du soir. La faim le presse , il cherche , il s'évertue ; Presque toujours il finit par l'avoir.

Oh ! l'appétit est un bon chien de chasse ! Moi, je n'ai plus celui d'un sénateur; Pourtant je dîne et prends ma demi-tasse. Conservez^moi ! je suis conservateur.

Mais quoi! j'entends comme un flot qui se lève, Comme une voix qui retentit dans l'air ! N'ai-je pas vu se mêler sur la grève La pâle écume avec le pâle éclair ?

Suis-je un rêveur, un rimeur, un poète? Non, non ; c'est bien, terrible en sa lenteur. De flots humains c'est bien une tempête ! Conservez-moi ! je suis conservateur.

Nos ehefe, hélas! nos chefs n'ont rien su faire Que se vmkr le front de leor mastem.

Contre l'orage et le flot populaire Us étaient seuls : rèle d'autant plus beau! S'ils avaient su mourir pour notre gloire , Us auraient eu mon vote approbateur.

Et j'aurais , moi ! conservé leur mémoire. Gonservez-moi , je suis conservateur.

Eh ! citoyens, écouten-moi , de gràc» ! Un petit mot , bien si^e , par ma foi I Mais, en riant, l'un après l'autre passe; Je crois, parbleu! qu'ils se moquent de moi. Bobs citoyens , calmez votre furie ; Rentre en ton lit , torrent dévastateur ! Je cours à vous pour sauver b patrie , Conservez-moi ! je suis conservateur.

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