CHANSON CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE
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De grâce, Amis, tirez-moi d'wi problème Où je me perds comme dans un grand bois. Le mois passé, tel me saluait même Que je voyais pour la première fois; Mais à présent, juste à pareille place , Il passe et fuit, le nez dans son manteau. Que voulez-vous ! quand on a Fàme basse , Pour se grandir on n'a que son chapeau.
Vous le savez , je ne suis qu'un poète , Qui ne fus onc ni riche , ni puissant. Humble chardon ^ à l'écart je végète , Brouté parfois des ânes en passant.
Âh ! disaient-ils , me souriant en face :
Il est voisin du ehéne et de Tormeau ! Que voulez 'VOUS I quand on a Tâme basse. Pour se grandir on n'a que son chapeau.
Et maintenant , quand , du bout de la rue , Pour son malheur, mon ancien courtisan Me reconnaît , il devient pâle , il sue , Et voudrait bien être au cap Matapan.
Il tord le col , il fait laide grimace , Regarde en l'air , voit si le temps est beau. Que voulez-vous ! quand on a l'âme basse , Pour se grandir on n'a que son chapeau.
Mais il en est qui , pour monter au faite ,
 deux genoux s'accrochaient des deux mains ;
Et les voilà sur la tranchante arête ,
Fiers et debout, en sénateurs romains.
 la descente , avec la même grâce ,
On les verra saluer de nouveau.
Que voulez-vous ! quand on a l'âme basse ,
Pour se grandir on n'a que son chapeau.
Pour moi , je reste au jardin populaire , De limaçons fut-il un peu sali.
Je les regarde , et je m'amuse à faire Expérience in anima vili.
L'oiseau du ciel , cpiand son aile est trop lasse , S'en vient chanter sur mon petit rameau. Que voulez-vous ! il n'a pas rame basse ; Il a pourtant belle plume au chapeau.
A mis AMI HENRI ËULËR
Vous n'avez ni champ , ni maison Qui brille au loin dans la campagne ; Point de tapis de vert gazon ; Point de chalet dans la montagne ; Point de place, point de soutien , Point de valet , point d'entourage ; Mon cher ami, vous n'avez rien....
Que de l'esprit et du courage.
Quoi donc! au lieu de bons écus, Des bons mots , quelque chansonnette !
Pour tous biens, pour tous revenus, Vos pinceaux et votre palette !
Il est vrai que vous narguez bien Le puissant, qui tou). bas enrage.
En attendant, vous n'avez rien....
Que de l'esprit et du courage.
Vous n'avez pas , pour le vainqueur , Gomme tant d'autres , Fàme tendre ; Vous vous donnez de fort grand cœur t Mais vous ne savez pas vous vendre.
Dès qu'on vous montre le lien , Vous décampez comme un sauvage.
Mon pauvre ami , vous n'aurez rien ! . . . Que de l'esprit et du courage.
Âh ! votre sort me fait pitié :
De l'honneur, mais peu de prudence ;
De l'estime , de l'amitié ,
Mais nul crédit , nulle importance ;
Un front libre , un joyeux maintien :
Est-ce là tout votre héritage?
Mon cher ami, vous n'avez rien....
Que de l'esprit et du courage.
Puis savez-vous? dans nos cantons , L'esprit , c'est la méchante langue ; Le courage , c'est , aux moutons , Tenir quelque grosse harangue.
Pour être un jour grand citoyen Vous faites trop peu de tapage.
Rien , rien du tout! vous n'avez rien.... Ni cet esprit , ni ce courage.
LE CHANT D'UN ÉGAUTAffiE
(( Mort , sois mon bien ! » s'écriait un poète Qui cependant gardait à son côté Sa coupe d'or et, sur son cœur muette , Lui souriant , une blanche beauté.
Moi , je contemple aussi le jour qui tombe , Mais je n'ai point de bizarre transport ; J'applique à tout même loi , même tombe : Egalité, fraternité... la mort.
Les amoureux nous vantent la nature , L'humide aurore, et le chant des oiseaux, Le nid tranquille et son toit de verdure , La Poésie errant au bord des eaux.
Moi, j'aime aussi, j'aime un oiseau dans l'ombre, Un bel oiseau qui chante haut et fort :
Le rouge éclair à l'aile d'un feu sombre. Egalité, fraternité... la mort.
(( Semez le vent, répètent de faux sages : » Quelle récolte enrichira vos monts?. ...» Bien ! lève-toi , noire moisson d'orages ! C'est, justement , celle que nous aimons. Gais moisonneurs , à nous le champ du monde ! Gomme il ondoie et tombe sans effort Sous notre faux que la foudre seconde ! Egalité, fraternité... la mort!
Qu'est-ce, au désert, que le chant du Gosaque Auprès du nôtre , à tous les vents jeté ! Il prend sa lance, il arrive , il attaque ; Mais nous , déjà , nous tenons la cité. Dans ses jardins , moderne Babylone , Elle s'enivre , et s'oublie , et s'endort. Tous , levons-nous ! frappons-la sur son trône ! Egalité, fraternité... la mort!
Disparaissez, monumens d'un autre âge !
Ne soyez plus que des lieux désolés Où le renard , curieux et sauvage , Se montre seul sur vos murs écroulés.
De salle en salle il erre , il se hasarde ,
Par la fenêtre , ouverte au vent du nord , Passe la tête, et longuement regarde...
Egalité, fraternité... la mort!
Fraternité! ton jour enfin se lève.
De quel rayon il éblouit l'éther !
Rayon de pourpre; on dirait un long glaive D'où le sang eoule et dégoutte dans Tair. Embrassons-nous ! plus de pensers contraires, Etablissons l'universel accord !
Fraternisons en étouffant des frères ! Egalité , fraternité. . . la mort !
La Liberté , dépouillant tous ses voiles , Se montre enfin belle et nue à nos yeux, Escaladant le palais des étoiles , Frappant du pied sur le trône des cieux. Dernier tyran, qui de Saints et d'Âpôtres Tiens là ta cour, tremble aussi dans ton fort ; Vieux roi du ciel , tombe comme les autres ! Egalité, fraternité... la mort!
Courage , amis ! cette bastille immense , Notre prison, l'univers vient en bas.
Courage , espoir ! . le Chaos recommence , De la raison il affranchit les pas :
L'Esprit humain le couve de ses ailes ; A notre image un nouveau monde en sort : Qu'on nous adore , et guerre aux Infidèles ! Egalité , fraternité. . . la mort !
Tout est fini ! De l'un à l'autre pôle
Je ne vois plus qu'une grande Ombre et moi .
Elle a posé sa main sur mon épaule ,
Son œil de glace est sans vie et sans foi.
Le jour qui brille à l'éternelle voûte
Me cherche en vain comme un lointain remord :
L'Ombre me garde et lui ferme la route.
Egalité, fraternité... la mort!