LA GRANDE AURORE
— La voyez-vous , la grande aurore , Fleur qui des monts semble germer!
Voyez des cimes qu'elle dore
Tous les fronts chauves s'enflammer !
— Oui ; mais déjà l'ont vu nos pères , Ce même ciel plein de mystères.
Si pourtant, Si, pourtant!...
Mais l'homme est encor trop méchant.
— Quoi ! vous n'admirez pas ces gerbes De flamme rose dans l'air pur,
Ces rocs brillans, donjons superbes , Jardins de la cité d'azur?
— Oui ; mais je vois leurs flancs sauvages
Couver toujours mêmes orages.
Si pourtant,
Si, pourtant!...
Mais l'homme est encor trop méchant.
— Libre, la terre enfin respire.
Peuples, dressez votre étendard.
A vous le sceptre , à vous l'empire !
Chacun aura la même part.
— Oui , mais je crains qu'il ne survienne Lion toujours voulant la sienne.
Si pourtant , Si, pourtant!...
Mais l'homme est encor trop méchant.
— A l'un pourquoi , d'or et de terre , Plus qu'il n'en faut pour le nourrir?
A l'autre , pourquoi la misère ,
Cent fois plus qu'il n'en peut souffrir?
— Oui ; mais , riche ou pauvre , qui n'aime Cent fois autrui moins que soi-même?
Si pourtant.
Si, pourtant!...
Mais l'homme est encor trop méchant.
— Femmes , vous serez vraiment reines ; Vos mauvais jours sont écoulés.
Si»
Pour vous, pour nous plus d'autres chaînes Que vos cheveux longs et bouclés.
— Oui ; car l'amour est trop fidèle ! Ce pauvre enfant n'avait point d'aile !
Si pourtant, Si, pourtant!...
Mais l'homme est encor trop méchant.
— Nature et vie ! ô joie immense !
Les fleurs ombragent le chemin ; Un plaisir fuit , l'autre commence ; La terre n'est qu'un grand festin.
— Oui ; mais la vieille conviée , La Mort, l'auriez- vous oubliée?
Si pourtant , Si, pourtant!...
Mais l'homme est encor trop méchant.
Si pourtant l'homme, vraiment sage , N'était pas son propre ennemi ; S'il ne rêvait pas le nuage , En ne s'éveillant qu'à demi ; . . .
0 terre , ô cieux , ô fleurs nouvelles ! Oh ! sous nos pas fleurs immortelles !
Si pourtant ,
Si, pourtant!...
Mais l'homme est encor trop méchant.