‹ Les chansons populaires des peuples slavesChapitre 4 sur 6 · LA JEUNE FILLE QUI RÊVE AU BORD DE LA MER · texte numérisé non relu

LA JEUNE FILLE QUI RÊVE AU BORD DE LA MER

« Une jeune fille est assise au bord de la mer, elle regarde et elle rêve : « 0 mon Dieu ! mon bon Dieu ! — Qu'y a-t-il de plus vaste que la mer, — de plus large que la prairie, — de plus rapide que le cheval; — qu'y a-t-il de plus doux que le miel, — qu'y a-t-il de meilleur qu'un frère !

« Et du fond de la mer, un petit poisson lui répond : Pauvre enfant, tête folle ! Le ciel est plus vaste que la mer, la mer est plus large que la prairie, l'œil est plus rapide que le cheval, le sucre est plus doux que le miel, et il y a quelque chose qui vaut mieux qu'un frère, c'est un mari. » (Rires et App laudissemen ts . )

Ces jeunes filles Serbes qui font elles-mêmes ces jolies chansons sont habituées à vivre en plein air, elles ne restent pas comme nos

demoiselles sous l'aile maternelle , aussi ne craignent-elles pas de dire franchement quand elles aiment. Elles s'en expliquent avec la sincérité de femmes qui désirent se marier, mais qui savent qu'une fois qu'elles ont donné leur cœur, c'est à jamais. Aussi ne faut-il pas s'étonner si dans ces poésies on trouve une gaieté franche et aussi et surtout le désir de se marier. Une chanson serbe souvent répétée est la prière des jeunes filles à saint Georges, patron de la Serbie.

« Oh! saint Georges, grand saint Georges, fais que l'an prochain je ne sois plus dans la maison de ma mère, — ou mariée ou morte, — mais grand saint, j'aimerais mieux être mariée. » [Rire général.)

Cette naïveté qui n'est possible qu'avec une grande honnêteté, se retrouve dans d'aimables poésies que je vous demande encore la permission de vous citer. Telle est celle-ci : La jeune fille et le cheval, c'est un jeune homme qui l'a composée.

« Hier, à la nuitée, nous avons fait un bon souper. J'y ai vu une charmante fille; je lui ai donné mon cheval à garder, et je l'ai entendue qui lui parlait tout bas.

« — 0 mon bel alezan, mon alezan doré, ton maître est-il marié ? — fiancé peut-être ?

« Et l'alezan a répondu : — Non, non, ma belle enfant, mon maître n'est pas fiancé et encore moins marié; mais il reviendra à la saison prochaine, et il reviendra pour f emmener avec lui.

« Et la jeune fille dit aussitôt au cheval : — 0 mon bel alezan, si je savais que tu dises la vérité, je vendrais de suite toutes mes ceintures pour argenter ta bride, et je donnerais mon beau collier d'or pour la faire dorer. »

Cette franchise s'exprime quelquefois un peu plus crûment. Ces jeunes filles sont d'une chasteté parfaite, mais quand l'une d'elles veut se marier, elle veut le faire à son goût. C'est un trait particulier à la Serbie que, dans ce pays, les jeunes filles veulent de jeunes maris ; ce ne sont pas des peuples civilisés comme nous. {On rit.) Et voici une chanson qu'une jeune fille serbe adresse, à quoi? à son visage !

« La jeune fille lave son blanc visage, et lui dit : 0 mon blanc visage, si je savais qu'on dût te donner à un vieux mari, j'irais à la forêt verte, je cueillerais toute l'absinthe, j'en exprimerais toute l'amertume, et je te laverais, ô mon blanc visage, avec cette eau, de façon qu'à mon vieux mari, tous les baisers soient amers; mais, ô mon blanc visage, si je savais que ce fût à un jeune homme qu'on te donnât, j'irais dans le vert jardin, j'en cueil-

Jerais toutes les roses, j'en exprimerais tout le parfum, et je t'en laverais chaque matin, ô mon blanc visage, pour que les baisers de mon bien-aimé fussent parfumés et que son cœur fût réjoui. » (Rires et applaudissements.)

Ce sont là les chansons d'un peuple heureux, et heureux parce qu'il est libre. Quand on entre dans d'autres pays slaves, là, au contraire, on trouve la tristesse, tristesse qui tient à beaucoup de causes, mais qui tient aussi à cette nature sévère, à ces grandes plaines, à ces neiges infinies, à ces forêts immenses, qui abattent l'homme, et ne l'excitent pas comme le spectacle d'un beau soleil. C'est là le caractère particulier des peuples de la Pologne, de l'Ukraine, de la Ruthénie. C'est une race mélancolique et qui accompagne ses chants de mélodies qui répondent parfaitement au caractère de ces poésies, et qui sont imprégnées d'une tristesse pénétrante. Être triste n'est pas une mauvaise condition pour être poëte, et ces poésies-là ont peut-être un attrait particulier que n'ont pas celles des Serbes, plus vivantes, plus gaies, plus animées. Parmi ces poésies j'en ai choisi chez des peuples différents. En voici une, par exemple, qui se chante en Bohême et qui est intitulée la Morte. C'est un jeune homme qui revient pour chercher sa bien-aimée, et qui ne la trouve plus.

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