‹ Les chansons populaires recueillies dans la Suisse romande (volume 2)Chapitre 71 sur 128 · La Mort et le Moribond · texte numérisé non relu

La Mort et le Moribond

Sur l'air: Hi'lris, rruellc ornante.' La Mon.

Mortel, voici ton heure,

.le viens finir tes jours malgré tous tes efforts ; .le te viens enfermer dans une sépulture Où par les vers je détruirai ton corps. Mortel, voici ton heure,

Délaisse les vivants et viens te joindre aux morts, aux morts, Fit viens te joindre aux morts.

Le Moribond.

Faut-il quitter la vie

Sans avoir entrepris de bien vivre un seul jour? Quand je pense .à l'arrêt dont tu seras suivie, .]'ai de la peine à quitter ce séjour. Faut-il quitter la vie

Sans avoir commencé d'aimer Dieu tout (d')amour, amour, D'aimer Dieu tout (d')amour.

La Mort.

.le suis une trompeuse ;

Tu me croyais bien loin et j'étais près de toi ; Tu croyais de vieillir, mais je t'en désabuse, Il faut mourir sans me dire pourquoi, .le suis une trompeuse,

M.ais je ne trompe point ceux qui pensent à moi, à moi, Ceux ((ui pensent à moi.

Le Moribond.

Bon Dieu, quelle détresse!

J'aperçois dans mon fond plusieurs vices secrets; Les honneurs, les plaisirs et les fausses richesses, Percent mon cœur de mille et mille tnaits. Bon Dieu, quelle détresse !

Il ne me reste plus que de cuisants regrets, regrets. Que de cuisants regrets.

La Mort.

Je ris de tes alarmes

Et des fâcheux remords qui déchirent ton coeur, Lorsque Dieu te pressait de te rendre à ses charmes. Tu méprisais sa grâce et sa rigueur.

Je ris de tes alarmes

Je me moque <à mon tour d'un insolent moqueur, moqueur. D'un insolent moqueur.

Le Moribond.

Hélas, uu jour de trêve Serait bientôt passé, ne le refuse pas. Laisse-moi repentir avant que tu m'enlèves, J'ai du regret d'avoir pris mes ébats. ■ Hélas, un jour de trêve

Me peut faire gagner le Ciel à mon trépas, trépas Le Ciel à mon trépas.

La Mort.

Je suis impitoyable!

Tu devais en tout temps faire ce que tu dis. Qui ne fait ce qu'il peut dans le temps favorable, Met au hasard sa part du Paradis.

Je suis impitoyable!

Tu ne jouiras plus des plaisirs de jadis, jadis, Des plaisirs de jadis!

Le Moribond.

Ah! ah! que tu me presses!

Laisse-moi recevoir les derniers sacrements. Je prétends ra'acquitter de mes justes promesses Par le meilleur de tous les testaments. Ah! ah! que tu me presses!

Veux-tu pas m'accorder encore quelques moments, moments, Encore quelques moments?

La Mort.

Le temps que tu demandes Et que tu n'as perdu que par respect humain, Tu l'avais par emprunt, il faut que tu le rendes Même aujourd'hui, sans attendre demain.

Le temps que tu demandes

N'est pas en mon pouvoir, non plus que dans ta main, ta main. Non plus que dans ta main.

Le Moribond.

Du moins, dis-moi, de grâce.

Où doit-on me loger au sortir de ce lieu? Aurai-je dans le ciel ou dans l'enfer ma place, Quand j'aurai dit au monde mon adieu?

Du moins, dis-moi, de grâce,

Serai-je pour jamais ou proche ou loin de Dieu, de Dieu, Ou proche ou loin de Dieu?

La Mort.

Avant que l'heure, sonne, Tu auras le séjour de ton Éternité.

Cependant sois certain que ton juge ne donne Que justement ce qu'où a mérité.

Avant que l'heure souue, Tu verras ou l'Enfer ou la Sainte Cité, Cité, Ou la Sainte Cité.

Le Moribond.

Je n'ai plus rien à dire!

Je ne veux point savoir quel doit être mon sort. Tel que Dieu le voudra, tel mon cœur le désire, Dussé-je bien faire naucrage au port.

Je n'ai plus rien à dire,

Je souscrit de bon cœur à mon arrêt de mort, de mort, A mon arrêt de mort.

Chansonnier Marie Debons, Savièze (Valais).

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