‹ Les chansons populaires recueillies dans la Suisse romande (volume 2)Chapitre 82 sur 128 · Les époux de la Dôle · texte numérisé non relu

Les époux de la Dôle

< Romance nationnalle > 1. 2.

Près de [ce] feu qui nous console Voici que le mois d'aoilt remmènne

Des longs ennuits de cet hyver, Le jour au filles et garçons,

De la complainte de la Dole, Quittant les hameaux de la plaines

0 ma mère, enseignez-moi l'air. Vont voir les troupeaux sur les monts.

— Ma fille pour te satisfaire, A l'autel, foi s'étoient promise

Je vai me rendre à tes souhaits, Ce matin-là, Lise et Benoit,

La voix plaintive de ta mère Et n'avoient plus, Benoit et Lise,

Vaut bien le bruit de nos rouets. Que même cœur et même toit.

* La notice du Conservateur s'arrête ici. — ' cf. Conservateur Suisse, I (1813) p. 378, et notre Appendice, p. 216.

Sur vin roc voisin de la niio.

D'où tout le pays se iK'ut voir.

Au haut de la Dole chonue La noce s"cn fut sur le soir. Là, chacun dance et scrccomiiagnc Du reffrein cent fois répété :

Honneur à la verte montafrne Ov'i nos troupeaux passent l'été !

Amour ne se jilait il'ordiuaire Dans la foule ni dans le bruit ; Vers un recoin plus solitaire Benoit sa Lise avoit conduit.

Là, sous la joubarbe fleurie.

Assis tout au bord du rocher, Berse par tendre rêverie Leurs cœurs émus vont s'épancher.

Regardant en Bas vers la plaine Où serpente main clair ruisseau, Benoit dans la vapeur lointaine Croit réconoitre le hameau.

C'est là, dit-il, ma douce amie.

Qu'en mutuel attachement Ensemble coulerons la vie, Et vieillirons en nous aimant.

Lors se levant, Lise attristée:

Ne puis, dit-elle, me calmer; D'une crainte suis tourmentée.

Si Benoit cessoit de m'aimer.

De ce penser qui m'importune, 0 doux ami, faut me guérir.

Si m'attendoit telle infortune, AujourduiJvaudroit mieux mourir.

Chagrin de sa peine cruelle, Benoit pour la mieux rassurer.

Se penche en soupirant vers elle, Et dans ses bras veut la serrer.

Lise chancelle, son pied glice.

Et Benoit qui la se'couroit.

Du roc en bas la précijiite, Tombe avec elle et disparoit.

Bientôt, dans une même bic're, En pleurant on confond leurs os, Et sur le mur de cimetii^re, Sous leurs noms on grave ces mots :

Cigit le couple dont la noce Et le trèspas vit un seul jour . . . Il dorment dans la même fosse, Ceux qu'avnit unis même amour.

Au pied de ce rocher sauvage Par la douleur seul habité, Les jeunes gens de leur vilage Vont les Tamenter chaque été.

Et le passereau solitaire Qui tous (les) ans vient y nicher, Semble, par son chant funéraire, A l'échoi leur mort répréeher.

Pour être limage fidèle De leur très pas, de leur amour.

Le rosier pourpre et l'immortelle Y w'aquirent le même jour.

Un vieux berger de la vallée Sur la place une croix dressa.

Et d'une main de pleurs mouillée, En souvenir il y traça :

0 jeunes gens, point l'on ne passe Sans versé l'arme [larmes] en cet [endroit, Où le roc garde encore la trace Du sang de Lise et de Benoit . . .

Pensez-y bien, las, dans ce monde.

Jour de bonheur ne dure assez.

Il passe, et vient la nuit profonde, Dieu face grâce aux très passez . . .

Pourquoi ce soupir, ô ma mère, Sur le sort de ces deux époux ?

Vie humaine a tant de misère (ilu'ainsi mourir me seroit doux.

— Ma fille, peux-tu, je te prie, Désirer partir avant moi?

Ah! pour ta mère aime la vie; Tes enfants l'aimerons pour toi.

• Nntifp sur la romanrr inTTodcntc :

La Dole est la mnntasnp la plus occidentale rtu pays fie Vaud ; elle est une des plus hautes de la chaîne du Jura qui séiiare la Suisse de la Franche- Comté. Sur son sommet éloigné de Genève d'environ six lieues, il y a une esplanade j^azonnéo et couverte des plus belles fleurs, dou loeil embrasse tout le lac Lémen, ses deux bords et les Alpes de Savoie, du Vallais, de l'Oberland et de la Gruyère. C'est là que les deux premiers dimanches du mois d'Août, montent en partie de plaisir une foule de jeunes paysans et paysannes des Baillages de Nyon et de Boitmont *. On y chante, on y dance, on y mange une crème épaisse et aromatique, embaumée de parfums des simples les plus rares. Une tradition assez bien établie, porto qu'une noce d'un village voisin vint, il y a plus de deux siècles à cette fête annuelle, avec les époux mariés du même jour, que la jeune femme marche imprudemment trop au bord du rocher, fit un faux pas, et que ' son mari qui voulut la retenir, tomba avec elle dans un précipice d'une hauteur cffraiante. On prétend encore reconnoitre à quelques traces rougeàtres le roc ou mêlèrent leur sang en expirant. Instruit par un vieux berger de la Dole de leur tragique histoire, l'auteur de cette Romance s'écria sur le lieu même dans un attendrissement poétique: [Fmiunati anibo! Si quid mea carmina possunt Nulla aies unguam memori vos eximet net-o.»]

Cliansonnier anonyme communiqué par M. J. Amigdet, à Gi-yon (Vaud) '* [lionmont].

133. Fernand et Claire ou Les trois anneaux. « Romance Nationale ' »

« Eclaircissements nécessaires sur la Romance suivante.

L'histoire qui fait le fond de cette Romance est arrivée il y a plus de 500 ans chez les Grisons. Au commencement du dernier siècle fXVII'"], un officier espagnol, faisant la guerre en Valtolline, en recueillit la tradition^ et en fit le sujet d'une romance castillane que Monsieur Bouchard^ cite comme un modèle de naïveté dans son Essai sur la Poésie rythmique. Monsieur F ré r on, rendant compte de cet ouvrage dans ses Feuilles, de 1764, rapporte cinq nn six couplets de la même romance, qui ont donné l'idée du ton et de la manière dont ce sujet pouvoit être traité en François. C'est par une marche aussi singulière que cette Romance Nationale est revenue d'Espagne en Suisse. Elle est en grande partie dialoguée et les interlocuteurs sont : Claire, le Cheral/er, Fernand, mari de Claire, la mère de Claire et VArgentier.»

Nous possédons de cette romance trois versions, toutes trois des Alpes vaudoises :

A : Chansonnier anonyme, à M. J. Amiguet, Gryon (Vaud), «Les trois anneaux».

'cf. Conservateur Suisse I (1813) p. .191, et notre Appendice, p. 216. ^ Ce thème est inconnu à la littérature et à la tradition grisonnes. (JI. I'eider Lansel), — L'honorable Doyen n'en est pas à une mystification près! ^ l'original donne : Bouchaud.

B: Chansonnier anonyme, à M. Ami Roch, La Combettaz (Vaud), <iLes trois anneaux».

C : Chansonnier de M. Arthur Pilet, Flendruz (Vaud), «Chanson de Claire-». Mélodie.

A, précédée des Eclaircissemenls ci-dessus, présente, comme aussi C, une coupe irrégulière: des strophes départagées et ramenées à r2b, 10a, 10b, avec rime (a) à la césure de l'alexandrin : voyez le texte sous la mélodie. A donne trois demistrophes de plus que B et qu'on ne trouve pas non plus dans le Conservateur; sa leçon, quoique meilleure que celle de C, où les pseudo-archaïsmes sont modernisés ou défigm'és, est moins bonne que celle de B qui présente d'ailleurs la coupe correcte de l'original. — Aux fins de faciliter la comparaison entre celui-ci et nos versions, nous faisons suivre ici le texte du Conservateur, avec, en note, les principales variantes de nos versions. On y verra avec quelle faciUté un texte, même reproduit par écrit, se déforme dans la tradition.

• Chanson de Claire»

3on - jour, la bel - le CUii-re, est - il i - ci Fer-naiid!

Preux che - va - lier, et par - ti pour la guer - re II y a trois

^^^g^=Eé^^ÉEi

mois, re - vien - dra Dieu sait quand, Chantée par Arthur Pilet, Flendruz.

— Bon jour,' la belle Claire!

Est-il ici, Fernanrt?

— Preux chevalier, est- parti jiour la fruorro, Trois mois passé, reviendra ne' sait quand.

— Fernand sera volage, Quelque autre il aimera.

— De son amour il m'a laissé pour .sage' Ce nouveau-né iju'à son retour verra.

' A, B. C : Bonjour.

2 A: l'est.

'A: Dieu.

*B: j'ai de son cœui', du sou amour pour gage.

l'iTiicz-nioi, belle Claire,

Pour votre serviteur.

Preux chevalier, Fernand seul doit me plaire

Il a ma main, mes sermons ot mon coMir.

D'aimer on peut se taire ;

Vers vous viendrai de nuit.

J'ai deux témoins sans qui rien ne puis faire :

Dieu qui nous' voit, et mon cœur qui me suit.

J'en mourrai, belle Claire,

Si me tenez rigueur.

Preux chevalier, vaut mieux' être sous terre,

Qu'être dessus, le remdrds dans le cœur.

Dites-moi donc, cruelle.

D'amour puis-je guérir?

Je n"en sais rien, de cela ne me mêle ;

Mais il vaut mieux en guérir qu'en mourir.'

Belle Claire, une grâce

Voudrois vous demander:

Si mon devoir ni mon pouvoir ne passe,'

Preux chevalier, je veux vous l'accorder.

Prêtez-moi, vous supplie.

Vos trois anneaux dorés."

Prêter ne peux; jamais pendant ma vie

De mes trois doigts ils ne seront tirés.'"

— Je vous jure, la belle, Que les rendrois demain.

— Fernand m'a dit : Je te crois infidèle

Si mes anneaux quittent jamais ta main.

— Adieu, cruelle Claire, Rien ne puis-je obtenir?

— Quand vous voudrez chose que puisse faire, Preux chevalier, vers moi faut revenir.

'A : me.

' A : mieux vaut.

'C: Vous le voulez, cruelle, eh! bien, je m'en vais mourir. — Oui, chevalier, vaut mieux être sous terre, D'être dessus, des remords dans son cœur. ' C : Si mon pouvoir et mon devoir le portent. ° C : en or.

'" C : ils ne sortiront pas.

* Cette demi-strophe manque à C.

fi.

Le chevalier colère Sort, la fureur au sein.

De se venger de la fidèle Claire Aurait-il donc le barbare dessein? *Plus dur qu'il ne fut tendre Le monstre n'aime plus;

Chez l'argentier tout d'abord" s'en va prendre Trois anneaux d'or pour punir ce refus.

[ — Il s'en va de la sorte Heurter chez l'argentier.

L'argentier ouvre et referme sa porte :

— Que vous faut-il, parlez, lieau chevalier?

— Pareils à ceux de Claire Trois anneaux me fondrez ;

— Beau chevalier, pourroi bien vous les faire, Moule et creuset chez moi vous trouverez.

— Cher argentier, bien vite Ces anneaux me fauilroit.

— Beau chevalier, si payez tout de suite, Demain matin l'ouvrage sera fait.]

Le lendemain, '- se jette Sur son puissant cheval ; Les trois anneaux portant dans sa pochette : 0 chevalier! tu vas faire du mal!" Le premier qu'il avise,** C'est le brave Fernand, Qui retournoit, après la ville ]irisc, A son chàtel, voir la mère et l'enfant.

Tous deux quittent la [selle,] Causant " en bons amis :

— M'apportes-tu quelque douce nouvelle, Franc chevalier,'" de Claire et de mon fils?

— Ta Claire est toujours belle.

Le beau garçon va bien.

— Mais, dis-moi vrai: Claire est-elle fidèle?

— Vois ces anneaux," ne t'apprennent-ils rien?

'C: Chez le bijoutier tout droit il..

^C : il en trouve et . . .

'C: Dis, chevalier, tu penses à faire mal.

* C : qu'il rencontre.

' C : parlent.

*C : Fernand lui dit.

'C : Ces trois.

* cette demi-strophe uuuiquc à A. — '** [ ] se trouve dans A seulement.

Sur s<iii coursier sVlancc

Le inalhi'iircux Fcrnand,

Haïssant son casiiue et braiiilissaiit sa lance :

Meurs, ou me tue, ô chevalier niécliaiit !

Se bat à toute outrance

L'un et l'autre guerrier;

Enfin Fernand, par trofi juste vengeance,

l'ercc le cœur du félon" chevalier.

Galoiiant ventre à terre,

.\rrive le jaloux.

0, levez-vous, Claire, ma fille Claire,

Je vois venir mon gendre et votre cponx.

Dites-moi donc, ma mère,

Revient-il en chantant?

Non, chère fille, il semble être en colère "

Et point n'a l'air d'un homme bien content.

Ma mère, il faut m'apprendre

A calmer son courroux

Dans son berceau le nouveau-né vais prendre °

En le voyant, comme agneau sera doux.-'

Quel nom veux-tu qu'il porte ?

Mon fils, voihà le tien !

De le nommer. Madame, ]icu m'iui|iorte

N'est pas à moi, bâtards ne me sont rien !

Vers Claire en " sa chambrette

Fernand court furieux.

En le voyant, Claire en son col--'"» se jette;

Mais le cruel la prend par les cheveux.

Dans sa cour il la traîne,

L'attache à son coursier.

Et sans mot dire en sa rage inhumaine.

Au galop part le jaloux chevalier.-'

'» C : filou.

"A: en grand colère; C: il a l'air en colère.

-"A, C: Dans son berceau vai (va) prendre le nouveau-né

"C: Ses beaux yeux doux calmeront son courroux.

S2bi8 j^ . ■£„ gon col ; C : à son cou.

^' f ' : Part au galop vers filou chevalier

Claire qui se décliire

Pousse de tristes cris;

Mais le bourreau se plait" dans son martyre,

Et, sans pitié, voit ses membres meurtris.

Tout le long de la route.

De son sang innocent

Chaque rocher, chaque buisson dégoûte,^'

Et de cheveux la dépouille en passant.

Mais trompant la colère

De ce barbare époux,'"

Le lien rompt, et pour maudire Claire,

De son cheval saute en bas le jaloux.

— De quoi suis-je coupable.

Au nom de Dieu, Fernand?

— Les trois anneaux, épouse détestable.

Qu'aux doigts portois,-' où sont-ils maintenant?

— Dieu soit béni!'" J'espère De" mourir sans regrets.

Si tu veux voir les trois anneaux de Claire, Tire mon gand,'" car l'ôter ne pourrois^' Il le t!re et près d'elle'^ Par terre tombe en pleurs.

— Relève-toi, ta Claire fut fidèle :

Je te le prouve et contente je meurs.

Lors, de sa longue lance, Fernand veut se percer.

— Arrête donc,'' tu vois mon innocence. Tu dois, Fernand, vivre pour l'annoncer.

" C : se perd.

'^: A, B, C: dégoutte.

^° C : Pour venger sa colère, ce misérable époux.

" C : que tu portais.

*'A : bénin; C : loué!

'"A, C : j'espère mourir.

'"A, B, C: gant.

■'" C : Car pour moi, je ne peux.

" C : Fernand se traîne auprès d'elle.

''A ajoute: Fernand.

Dieu grâce va me faire;

No me manque [iliis rien...

Plus rien qu'iui drap pour y eoudre " île Claire

Le corps lirisé, car son ame est à bien.''

De ma propre furie, 0 mort, viens me sauver !

Non, tu vivras! Claire en mourant t'en prie, Pour notre enfant il faut te conserver. S'il demande sa mère, Que lui dirois-je? hélas!

Tu lui diras . . . -qu'elle s'appcloit f'iaire . . . Qu'elle t'aimoit ... et mourut dans tes bras . . .

134 Adélaïde et Ferdinand.

(Les trois anneaux)

Êi^^^ii^^^^^i

1. Ja-dis [vers l'an-ti-que Neus-tri - e], A - dé - la - ïde et

^EE}-m^=f=^^mr^P=t-=t^^^^^^^

Fer - di-iiaud, P,i-yaiit à leur cbè-re pa - tri - e Le tri - but

^|^^^SgÊËgij5+r-g=^

d'un a - mour cens - tant. Fer - di . nand, hé - ros in - tré-

pi - de. Se re - po - sait sur [ses] lau - riers Et sur le

seiu d'A - dé - la - ïde [Con-tait tous ses ex - ploits guer - riers].

"B: coucher; C: en revêtir.

'^C: donne cette strophe comme dernière:

Rends heureux ma mère ; ne me manque plus rien Qu'un linge blanc pour en revêtir Claire Son corps sanglant, car son âme est en bien.

Jadis ferlant trique et nostrie

[vers l'antique Ncustrie] Adélaïde et Ferdinand, Pavawt à leur chère i^atrie [payaient] Le tribut d'un amour constant.

Fer[di]nand, héros intrépide. Se reposait sur (des) [ses] lauriers.

Et sur le sein d'Adélaïde Comptait ses espoirs guerriers.

[Contait tous ses exploits guerriers]

Pour gage d'une foi constante Dans le temple heureux de l'hymen, Ferdinand donne à son amante Son cœur, son amour et sa main.

Pour prix de sa fidèle flamme, Trois anneaux dépose à l'instant Au doigt do son aimable femme, Signe de son amour constant !

Le chaste sein d'Adélaïde Met au monde un fils, un guenier Ferdinand veut être son guide ; En soldat il veut l'élever.

Enfant d'un héros plein de gloire Sera lui-même un héros.

Comme les guerriers do la gloire Il grandira sous les drapeaux.

Bientôt Mars fait prendre les armes Ferdinand s'arrache des bras De son épouse toute en larmes Et de son fils trop jeune, hélas!

— Adieu, dit-il, ma tendre amie.

Faut-il que je vole aux combats !

Si le sort termine ma vie, Que mon nom serve ici-bas.

[Mon nom se conserve]

11 part pour commander Tarmée, Tout plein de gloire et de chagrin. Adélaïde abandonnée.

Porte un second fruit de lliymen.

Un ami cruel et perfide, Que dis-je! un traître, un sc('lérat, Ose-t-il (bien) à Adélaïde Proposer . . . Dieu ! quel attentat !

— L'amour me consumme et m'en-

[flamme, Ah! daignez exaucer mes vœux!

Oui, je n'ai qu'un cœur et qu'une âme Et vous les enchaîne tous deux.

Ces anneaux que votre main porte. Que je les presse sur mon cœur!

Vous voyez où l'amour m'emporte.

Ah! consentez à mon ardeur.

Est-ce toi, Charles, répond-elle, A quoi donc vous exposez-vous?

A Ferdinand je suis fidèle.

Le connaissez-vous, mon époux V Votre flamme est bien criminelle, (Sors-toi) [sortez] d'ici, vil suborneur ! Vous me soupçonnez infidèle ?

Fuyez, vous m'êtes en horreur !

Le méchant Charles, plein de rage, Médite un projet bien affreux :

— Que la fureur me dédommage.

Que je les rende malheureux !

Aussitôt trois anneaux semblables Le traître fait faire en secret; De perdre deux époux aimables.

Ce monstre affreux forme le projet.

I! part, [et] jiuis au champ de gloire Il vole trouver Ferdinand.

Bientôt le fils de la victoire Embrasse et presse le méchant,

— Comment se porte Adélaïde "?

Et mon fils ? Quoi ! tu me dis rien "?

— Ta femme, hélas! dit le perfide. Fait ton malheur avec le sien.

— Vois-tu, ces anneaux sont le gage De ma victoire sur son cœur.

Et de ton épouse si sage

■Ven suis Tépoux et le vainqueur.

— Sa hardiesse sera punie, [Ta] Dit le furieux Ferdiiuind,

Et d'une main hardie

Sitôt lui plonge un fer tranchant.

Lc(s) guorrier(s) dont la jalousie [que | Ajjite iiarmi l'heureux sort, Monte à eheval |ileiii île furie.

Ne se connaissant plus alors, \'ers ses terres il s'achemine ; N'est plus à lui, |o| fatal sort.

JjC Ion ilu chemin il rumine Carnage, sang, horreur et mort.

Il part et court vers sa femme; [arrive] Elle vient de donner le jour Un fruit d'une sincère flamme |Au| (^ui couronne le tendre amour. |leur| Il prend dans sa fureur entière fyc [lanvrc petit innocent, Le précipite avec colère, Sous ses pieds l'écrase à l'instant.

— Arrête ! cric Adélaïde, Quoi, tu massacres ton enfant! Mais dans sa fureur homicide Il ne demande que du sang.

— Femme, dit-il, trop infidèle, Viens recevoir ton châtiment!

La mort, la mort la plus cruelle Oui, va te réduire au néant!

Il ne reconnaissait plus son maître. L'horreur de ce spectacle affreux, Kt tout le sang qu'il voit paraître L'arrête et lui ferme les yeux.

Ferilinand près de sa victime Ava^ice-t-elle, respire eiicor.

[Avance, elle respire . . .] [crime':'

— Elle, [Hélas!] dit-elle, quel est mon Que je le sache avant ma mort ?

— Ton crime ! Oses-tu bien, perfide. Le demander à ton époux V

Ces trois anneaux, Adélaïde, Voilà trois témoins contre vous !

— Ciel ! dit-elle, je suis contente ; (Reconnaissez vos vrais anneaux) Regardez, je meurs innocente ;

Pour moi, c'est mon plus grand bonheur.

Ah! je suis encor votre femme; Mon cher époux, ôtez mon gant.

Vous avez douté de ma flamme, On vous a trompé, Ferdinand, Regardez à mes doigts ce gage.

Reconnaissez vos vrais anneaux.

Hélas ! je vois Vaffreuseima,ge [heureuse] Du paisible éternel repos.

Du lit il arrache sa femme

Et dans la cour la traîne, hélas !

— Tu vas périr, dit-il, infâme.

Viens, viens recevoir le tréiias.

Au comble de l'imperfidie [la perfidie!]

Son épouse, par les cheveux

L'a attachée avec furie

Après un cheval vigoureux.

Sur ce coursier monte lui-même.

Au grand galop le fait courir.

Et dans son désespoir extrême, La traîne avec rage et plaisir.

La malheureuse Adélaïde Marque le chemin de son sang.

Et le coursier, quoique intrépide Frémit et s'arrête à l'instant.

— Tu es morte, épouse si sage ; Non, je ne te servirai [survivrai] pas. Grand Dieu! quel triste assemblage!

Ah ! pour moi quel affreux trépas !

Adieu, ma très chère victime, Je suis ton époux et ton bourreau.

Tu ne vis plus, voilà mon crime; Je vais te rejoindre au tombeau.

D'un faux ami voilà l'ouvrage !

(Dm) [le] trop féroce Ferdinand Prend son é|)ée avec courage, Se la plonge, hélas! dans le flanc.

Il meurt auprès de sa victime Troublé ([es remords déchirants, C'est ainsi que cet homicide Termine ses derniers moments !

Chansonnier Loois Revaz, aux Marécottcs s. Salvan (Valais).

Cf. DoNCiEUx: Les anneaux de Murianson, p. 215 (voir surtout p. 229).

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