Arthur et Lucie
Cette complainte, en style romunce, datant probablement de la première moitié du siècle dernier, est une des chansons dont nous possédons, grâce à l'infatigable Rossat, le plus grand nombre de versions. Elle illustre, de façon frappante et de la manière la plus complète, le processus de déformation, de désagrégation et de condensation successives d'un texte dans la tradition orale : la réduction des huitains en quatrains, la chute de strophes et le télescopage d'autres; l'altération de bachelier eu batelier, de maîtresse en négresse (d'où nouveau titre !), d'Arthur en Argus, de duègne traîtresse en cruelle tristesse, etc., la substitution de la mère au tuteur, de la chanibrette (cuisine) au cachot, sont les traits les plus remarquables de ce travail inconscient des chanteurs. La présence de deux versions différentes dans le même chansonnier (cf. D et G; C, c et J, fl) en est un autre, non moins t3'pique. L'extrême versatilité et variété mélodique (on trouve 5 types différents) est également remarquable.
Nous avons groupé ces versions en 10 types: A-K, que nous doimons in-cxlenso avec les mélodies respectives. Les
variantes de cliaque type sont désignées par (i), h) [on en trouve les traits les plus saillants en note] ; les versions que RossAT signale sans les relever, par une *.
A: a) Chansonnier J. Amiguet, à Gryon (Vaud).
Mélodie /, chantée par J. Amiguet et P. Delacrétaz,
Gryon.
h) Chansonnier Arthur Pilet (1861), à Flendruz (Vaud).
Mélodie II, chantée par Jean Wehren, à Rougemont
(Vaud).
B: a) Chansonnier Louis-Auguste Saugy (1835), à Rougemont (Vaud).
h) Chansonnier Mathilde Lièvre, à Courtemaîche (Berne). Mélodie III, chantée par Henriette Vauclair (1846), Vendlincourt (Berne).
C : a) [Chansonnier Marie Rossé (1893)], à Aile (Berne). Mélodie I V, chantée par la même (de son père, 1848). /)) Chansonnier Julie Oeuvray (1888), à Coeuve (Berne) ; texte = aj. Mélodie V, chantée par la même.
c) = a) Mélodie VI, chantée par Elisa Membrez (1893), à Courroux (Berne).
d) = a) Mélodie T//, chantée par Catherine Joliat (1853), à Courtételle (Berne).
* e) Chansonnier Marianne Cha vanne, à Coeuve (Berne) *fj Chansonnier 1901, Joseph Ribeaud, à Coeuve (Berne).
* g) Chansonnier 1908, Berthe Cobtat, à Châtillon. [?]
* h) Chansonnier anonyme, Porrentruy (Berne), communiqué par Mme Fenk.
D : Chansonnier Lydia Chappot-Lugon (1886), à Trient (Valais).
Mélodie VIII, chantée par la même.
E : Chansonnier 1909, Lucine Hennemann, à Séprais (Berne). F : Chansonnier Eugénie Salamin, à Grimentz (Valais).
Mélodie IX, chantée par la même, par Jean-Baptiste
Salamin (1844), Grimentz, par Symphorien Florey, à
St-Jean-d'Anniviers (Valais).
G : Chansonnier Lydia Chappot-Lugon (1886), à Trient (Valais). Cf. D.
H: a) Chansonnier Caroline Guillet, à Marly (Fribourg). Mélodie X, chantée par Céline Guillet, Marly.
h) [Chansonnier] Henri Audergon, à Belfaux (Fribourg).
c) Chansonnier Mme Paul Delessert, à Moille-Margot, Savlgny (Vaud).
d) Chansonnier Marie Briquet, à Peilloney (Haute Savoie). Communiqué par M. Henri Mercier, Genève.
e) 1 str. Mélodie XJ, chantée par Louis Angeloz, 1893, à Cormazens (Fribourg), et par Mlles Ropraz, à Belfaux (Friboui'g).
*/)= a) Chansonnier Joseph Gross, 1891, à Arconciel
(Fribourg).
J : «^ Chansonnier Marianne Membrez (1893), à Courroux
(Berne).
Mélodie XII, chantée par Elisa Membrez (1893), Courroux.
[Cf. Ce).]
h) Chansonnier Antoinette Walter (1890), à Courrendlin
(Berne).
Mélodie XIII, chantée par la même.
c) Chansonnier Julia Voirol, Les Genevez (Berne).
Communiqué par Mme Fenk, Porrentruy.
K: Chansonnier Léa Jolidon (1887), à Montfaucon (Berne).
(V.'irinntc de : Quand tout rciinit à l'espérance = il/o Kormandie).
^b^^^^^g^g^ËÊË-^-^^^-^
Au liord d'il - ne nier é - eu - man - te, Ja - dis vi-
vait dans lin cliâ - tel U - ne jeu - ne fille in - no - ceii-
jEsa^fe^
te. Fiés d'un tu - tenr dur et cru - el. 11 vou - lait
^g=^fe^Eg^^ÈEp^^
à sa des - ti - né - e
De cette en - fant u-
nir le sort; Pour elle, a - vant son hy - nié - né-
oftt VOll - lu
Au bord <i"uiR' iiic]' écuiiianti'.
Jadis vivait dans un cliâtel Une jeune fille innocente, Près d'un tuteur dur et cruel.
Il voulait de sa [à sa] destinée De cet enfant unir le sort Pour elle, avant son hyménée - Elle eût voulu subir la mort.
Lisard, enflammé de colère, Bannit Arthur de sa maison ; Et Lucy, triste et solitaire Fut mise au fond d'un noir donjon.
Quand le jour commençait de [naître, Les yeux attachés sur les flots, Auprès d'une étroite fenêtre Elle poussait mille sanglots.
A peine à sa quinzième année, Lucy brillait comme une fleur ; Et cette belle infortunée Avait déjà donné son cœur.
Que pouvait sa flamme amoureuse Contre des murs et des verrous?
Mais las! . . . quand on est amou- [reuse, Le bien d'aimer devient si doux.
Un soir que la pauvre captive Pleurait, songeant à son amour, Une voix touchante et plaintive S'élève du pied de la tour.
Elle entend la voix qui l'appelle, Regarde à travers les barreaux, Et dans une faible nacelle Voit son amant au bord des eaux.
Arthur n'avait point de richesses, Il était simple bachelier.
Dans le logis de sa maîtresse.
Il vint s'oiïrir comme écuyer.
Sous ce titre il voyait sans cesse Le doux objet qu'il adorait, Mais une duègne traîtresse Conte au jaloux leur feu secret.
Adieu, dit-il, ma douce amie, Qu'il te souvienne un jour de moi ; Adieu, je renonce à la vie.
Ne pouvant plus vivre pour toi.
Je vais contre les Infidèles Trouver la mort dans les combats, Quand tu recevras la nouvelle, Donne des pleurs à mon trépas.
Variantes : str. 1,
Btr. 5,
Château.
Contre son cœur unir le sort Mais, Hélas! pauvre malheureuse Elle aimait mieux subir la mort.
Lucie, en sa quinzième année Brillait déjà comme une fleur Mais cette jeune infortunée
V. 7 : Mais, lorsque l'on est malheureuse Le mal d'aimer devient plus doux.