II. La recherche des matériaux
Sitôt notre Commission constitué^', soit dès l'été de 1907, je me suis mis à l'œuvre avec ardeur, et à partir de ce moment, j'ai consacré toutes mes vacances à parcourir les contrées de la Suisse romande, afin d'y rassembler les matériaux d'un recueil aussi complet que possible de nos chansons d'autrefois. Comme je demeure à Bâle et que je dispose d'assez peu de temps de liljre (dix à onze semaines par année), ces recherches ne laissent pas que d'être parfois difficiles ; pour qu'elles fussent plus fructueuses, il m'aurait fallu disposer de bien plus de loisirs. Souvent, en effet, j'ai été forcé de quitter une localité au moment où j'aurais fait les meilleures récoltes: mon devoir me rappelait à Bâle. Malgré ces inconvénients, j'ai pourtant lieu d'être satisfait du résultat de mes investigations.
Voici dans quel ordre j'ai procédé'):
En juillet et août 1907, je me suis d'abord rendu dans le Canton de Vaud, au Pays d'Enhaut (La Tine, Rossinière, Château d'Oex, Flendruz, Rougemont, l'Etivaz). Bien accueilli partout quoique notre œuvre ne fût pas encore connue (en ce moment je n'avais pas rédigé notre Appel), j'ai eu la Ijonne fortune de faire, pendant ce premier séjom' d'un mois, une très riche récolte d'environ 500 chansons. Ma plus belle trouvaille fut un magnifique chansonnier que me communiqua ^I. Arthur Pilet, aubergiste à Flendruz, et qui contient 127 chansons recueillies par sa mère, née en 1822. Ce cahier, calligraphié par un ancien instituteur, J. de Siebenthal, renferme de vieilles chansons du pays, dont M. Arthur Pilet m'a chanté la bonne moitié.
A Rossinière, j'ai rencontré de fort bons chanteurs: MM. Béat Morier, 1849, charretier, et son fils Emile, cordonnier, Alphonse Dubuis, Mmes Elise Dubuis, 1866, et Amélie Lavanchy-Reymond. — Aux Moulins de Château-d'Oex, MM. Henri Bornet, 1844, Aimé Mottier, 1848, et Mlle Louise Mottier, aux Rouges-Ten-es. — A Chàteau-d'Oex, MM. Ohvier Martin, 1836, et Ernest Breton. M. le préfet Aug. Cottier m'a remis deux anciens chansonniers, dont l'un de 1835, écrit par Louis- Auguste Saugy, de Rougemont. — Aux Granges, Mme Octavie
') Cea renseignements sont reproduits, pour la plupart, des rapports ciue j'ai adressés chaque année à l'Assemblée générale de la Société suisse des Traditions populaires.
Cottier-Favre, Mlle Clara Cottier, M. Ami Roch et sa mère. — A Rougemont, M. Jean Wehren, 1833, et Mme Paul Gétaz, au Laitalet. — A l'Etivaz, M. Jean de Ksenel, âgé de près de 80 ans, a eu la bonté de m'écrire plusieurs chansons avec les mélodies.
En automne 1907 et au larintemps 1908, j'ai parcom-u la contrée de Delémont et Moutier (Jura bernois). Connaissant bien des personnes qui m'avaient autrefois chanté des airs patois, j'ai pu facilement recueillir d'intéressants matériaux. Chanteurs: A Delémont, MM. Henri Vultier, charpentier, 1824, Sébastien Chételat, tailleur, 1859, Joseph Juillerat, 1837, des Cerniers de Rebévelier, feu Célestin Carabinier, 1838, feu Bénoni Kohler, cordonnier, 1820, et sa fille Marianne Conscience-Kohler, 1850; Sœm" Mercia, à la Crèche, Mme Mélanie Schmid-Bonanomi, Mlle Alice Joliat. Mme Laclef- . Vultier. — A Corban, M: François Barth, 1834. — A Belprahon, M. G. MôckU, instituteui', Mlle Lina Joray. — A Courrendlin. M. Oswald Fromaigeat, feu M. François Fromaigeat, ancien maire, Mme Kohler-Périnat, de Moutier. J'ai retrouvé en outre deux vieux chansonniers, l'un à Mlle Généreuse Bourquin, daté de 1830; l'autre écrit de 1830 à 1850 par M. Jacques Comte, tous deux à Delémont.
Dans l'été de 1908, j'ai passé cinq semaines à Salvan et aux ]\Iarécottes (Valais). M. Louis Coquoz, instituteur, m'a mis .en rajjport avec quelques personnes; mais j'ai eu beaucoup de peine à faii'e une récolte passable: les chansonniers contiennent beaucoup de choses modernes; j'ai pointant recueilli une cinquantaine de chansons, dont plusieurs déjà anciennes et de réelle valeur. Chanteurs: MM. Joseph-Louis Bochatay, 1854, et Louis Gay-Balmat, ancien garde-forestier, 1832. à Salvan; Louis Revaz, 1852, aux Granges sur Salvan; ^I. et ]Mme Louis Revaz. aux Marécottes.
L'automne de 1908 a été consacré à la contrée d'Evilard, Orvin, Lamboing et Diesse (Jura bernois), où j'ai fait de belles trouvailles. Feu M. le professeur Arnold Rossel, à Soleure, m'avait communiqué un chansonnier de 1835, écrit par Mme Cathon Racine, à Lamboing, et dont on devait connaître encore bien des mélodies clans le pays. MM. Aimé Dubois, 1859, juge à Lambomg, et Auguste Bourquin, 1847, bûcheron à Diesse, me les ont chantées presque toutes. Autres chanteurs: M. Adolphe Jeandrevin, 1841, ancien agent de police, et sa
i'eiiinie Floiise, 184^, Mines Sopliie Mottet-Mathey, Louise Aiifranc, 1846, et Caroline Aufranc, 1848, tous àOrvin; MM. Gustavo Villars, 1841, et Oscar Girard, à EvHarcl.
En avril 1900, je me suis rendu à Auvernier, Peseux, Corcelles, Cormondrèche, Serrières (Neuchâtel). Récolte peuim- })ortanie ; les gens seraient bien disposés, mais on ne chante plus rien il'ancien; c'est à peine si quelques vieillards ont de vagues souvenirs de chansons politiques (royalistes et républicaines) de 1830 à 1856. Chanteurs: Mme Aebi-Houriet, 1851, Mlle Antoinette Lagier, 1893, à Auvernier; MM. Emmanuel Cornu, 1825, et Matthey-Colin, Mme W. Steiger-Borle, à Corcelles; Mme Pétremand-Pilet, 1820, de la Côte-aux-Fées, à Cormondrèche; Mme et M. Paul Widmann, à Peseux: M. Albert Henry, ancien instituteur, Vauseyon.
Pendant l'été de 1909, j'ai visité la contrée de (iryon, Villars, Chésières (Vaud). Grâce à l'obligeance de personnes dévouées, MM. Jules Amiguet, buraliste postal, à Gryon, et François Isabel, instituteur, à Villars, j'ai pu recueilhr de belles choses. M. Amiguet a (lé[)ouillr pour nous de vieux chansonniers du pays et nous a fait présent de deux recueils, l'un de la fin du XVIII« siècle, avec 85 chansons, l'autre de 1849. à feu Abram Pittier, à Gryon. — M. F. Isabel a mis à ma disposition toute une collection de chants de la contrée notés })ar lui. Autres chanteurs: MM. Philippe Delacrétaz, Hôtel de la Poste, à Gr\'on, Louis Amiguet, chef de gare, à Chésières; Mme Louise Genêt, à (îryon.
En automne, j'ai parcouru les Franclies- Montagnes, Montfaucon, Saignelégier. Muriaux, Li« Emibois, Le Noirmont (.Jura bernois). J'y ai rencontré des chanteurs et collaborateurs à qui je dois beaucoup de i-econnaissance; tels sont MM. Aclùlle Rossé, instituteur, au Noirmont; Jules Sm'dez, institutem-, à Saignelégier; Arsène Joly, 1840, aux Emibois; Charles Joray, cantonnier, aux Enfers ; Paul Jeannottat, Montfaucon; Mme Vve Justin Gogniat, 1851, aux Emibois; Mlles Léa Jolidon, 1887, Montfaucon, Julia Voirol, Epiquerez, et Sœur Froidevaux, religieuse, aux Breuleux.
Au printemps de 1910, je suis allé à Vallorbe, Ballaigue, Orbe, Montcherand, Rances et Valleyres-sous-Rances (Vaud). Belle récolte. Chanteurs: A \'aUorbe, MM. Alix Leresche, administrateur -jjostal, Auguste Truand-Tétaz, 1850, François Grobéty. 1839. Auguste Matthey (dit Madelon), 1823, Henri
Reymond, 1852, chef de gart"; Mmes Caroline Leieschc-Jaquet, 1855, Byrde-Grobet, 1853, Julie Matthey, 1848. A Vallorbe j'ai noté deux ranz-des- vaches qui m'étaient inconnus; Montcherand et Valleyres m'ont fourni d'anciens chants de mai et du Bon- An'). — A la Frasse, M. Jérémie Jaquet, 183.3. — A Montcherand, M. Charles Clerc, 1836. — AValleyres, Mme Emma Chevalier, 1879. — A Orbe, M. Gustave Keymond, 1868; Mlle Chevillard, téléphoniste. — A Ballaigues, j'ai eu un chansonnier de 1848, de Mme Caroline Doy (commun, par sa fille, Mme Leresche-Jaquet, Vallorbe).
En été 1910, j'ai visité la contrée d'Aubonnc, Lavigny, St-Livres, Féchy; puis Céligny, Gland, Founex et Coppet (Vaud). Ma récolte a été plutôt maigre, car je n'ai entendu que des romances modernes. Chanteurs: MM. Jules Dind, instituteur, St-Livres: Daniel Bartré, à Aubonne; Mlle Julia Leuba, 1887, institutrice, Mmes Gaillard et Barbey, Jl. Henri Reymond, 1828, tous à Féchy; M. ^Vlichot, instituteur, et Mme Demoinsel-Christinet, à Crans. — M. Pesson, inspecteur scolaire, à Genève, en séjour à Céligny, m'a communiqué des chansons intéressantes, ainsi qu'un chansonnier de 1856, appartenant à M. Jean-Louis Fleurissant, 1827, au Petit-Saconnex (C-Jenève).
De Genève j'ai reçu aussi, par l'entremise de M. le professeur Henri Mercier, meml^re de notre Commission, toute une série de chants populaires genevois et savoj'ards, à lui remis par M. Maurice Thudichum, Mlle Peyrot, 1892, Mmes Améhe Mamet, à Verrettes (Savoie), et Marie Briquet, à Peillonex (Haute-Savoie.)
Ensuite, je me suis arrêté huit jours à VauUon ( Vaud), où j'ai eu plus de succès et où j'ai retrouvé un chansonnier de 1848, à Henri Maire. — Chanteurs: MM. Charles ilichot- Bignens, 1861, Reymond Guignard, Henri Goy, limeur.
En octobre, j'ai parcouru la contrée de Cornaux, Cressier, St-Blaise, ]\Iarin, La Coudre (Neuchàtel). J'y ai trouvé bien des chanteurs complaisants, grâce auxquels j'ai pu noter d'authentiques ah's du pays; ce sont MM. Edouard Favarger, 1840, à Cornaux (qui m'a remis un chansonnier de Charles- Auguste Juan, né vers 1800); Jules Richard, «le gros Jules», à Cornaux; Ferdinand Schorpp, ancien instituteur, à St-Blaise; M. et Mme Bûnzli, instituteur, à St-Blaise; Mme Cand-Matthey, des Ponts, à. Neuchâtel; M. Léopold Frey, à la Coudre.
') J'en ai publié dans le «Folk-Lore Suisse-, bulletin mensuel lic l.i Société suisse des Traditions popul.iiies, Ille année, ]), 26 et suiv.
Au uoiivel-an, j'ai passé quatre jours à 'Courroux, près Delémont (Jura), et j'ai eu la chance de recueillir de la bouche de toutes vieilles personnes, Mmes Joséphine Chappuis, 1839, Angélique Chappuis, 1849, et Zéline Monnerat, 1845, une quarantaine de chansons anciennes, provenant de leurs aïeules, et que je n'avais jamais entendues. A Courroux encore, Mlle Elisa Membrez, 1893, m'a chanté les airs du chansonnier de sa mère, Mme Marianne Membrez.
Au printemps de 1911, j'ai séjourné mie quinzaine à Boudry, Bôle, Bevaix, Cortaillod (Neuchâtel), et en ai rapporté, non sans peine; passablement de matériaux. Chanteurs: à Bevaix, Mmes Gygi-Comtesse, 1853, Steiner-Tinembart, Sophie Hauen. A Cortaillod, Mlle Françoise Aubert, 1831, et Fritz Thonnen, 1843. Mme Zutter-Everts, à Bevaix, excellente musicienne, m'a noté la mélodie de bien des chansons qu'elle a recueillies pour nous.
Pom' intéresser plus directement le public à notre œuvre, à tout le moins pour la lui rappeler, j'ai publié dans la Gazette de Lausanne en mars 1911, un article sur nos chansons populaires. Aussitôt j'ai reçu de divers côtés des envois de chansonniers et de musique . . . imprimée, hélas! mais dont j'ai pu toutefois tirer quelque jsarti.
Absent du pays pendant les vacances d'été 1911, je n'ai pu poursuivre mes recherches. Cependant M. le Dr G. Borel, médecin oculiste, à Neuchâtel, a eu la complaisance de me mettre en relations avec d'anciennes famUles de la ville, qui m'ont confié de vieux manuscrits du XVIIe et du XVIIIe siècles, dont quelques-uns sont précieux pour nous.
En automne 1911, je me suis rendu d'abord à Lausanne et aux environs (Pully, Renens,. etc.), afin d'y noter les mélodies de chansons qu'on m'avait communiquées. M. Jules Collioud, ancien instituteur, à Pully, et Mme Berthe Meinen, 1849, à Renens, ont écrit à notre intention des chansonniers dont ils m'ont donné la musique.
Ensuite j'ai refait une tournée dans le Jura bernois. J'ai trouvé en Mme Fenk-Mouche, institutrice secondaire, à Porrentruy, et Jlme Pheulpin, buraliste postale, à Miécovu't, deux coUîiboratrices dévouées auxcjuelles je suis redevable d'un nombre infini de chansons et de chansonniers. Dès le début de mes recherches — et déjà antérieurement, pour mes publications patoises, — elles n'ont cessé de faire toutes les
démarches pos*sibl(?s pour me procm'er les matériaux qui pouvaient m'intéresser, et elles ont, par leur zèle infatigable, contribué grandement à enrichir- notre collection. M. F. Fiidelance, professeur à Técole modèle de Porrentruy, mérite aussi notre \i\e reconnaissance. — Chanteurs: à Com'rendlin, Mlle Antoinette Walter, 1890. — A Courtételle, M. Joseph Membrez, tailleur et sa femme, 1838 et 1848, Mme Joséphine Membrez-Comte, 18.38, Eléonore Comte, 1840, Maria Membrez, Henriette Joliat, Catherine Joliat, 1853, Angéhne Comte-Membrez, 1880.
En avril 1912, j'ai consacré mes vacances à la Vallée du lac de Joux, au Sentier (\'^aud). J'y ai trouvé une aimable population, très musicienne, qui s'est ingéniée à me faciliter mes recherches. Une correspondante du Glossaire des Patois romands, Mme Bemey-Piguet, au Crêt-Orient, avisée de mon arrivée, a eu l'heureuse idée de faù-e une tournée auprès de toutes ses connaissances, afin de me préparer le terrain. MM. William Capt, receveur de l'Etat, et Piguet, professeur au Collège, ont aussi droit à tous mes remerciements pour leur aide intelligente. Chanteurs : au Sentier, MM. Louis Lecoultre, 1826, Eugène Piguet, 1844, David Meylau, 1845, Louis Golay, 1843, cantonnier. — A l'Orient, Mme Vve Alfred-Alphonse Piguet, 1835, et. son fils, M. Urbain Piguet, représentant de commerce; M. Louis Aubert, 1852, Derrière-la-Côte.
Dans l'été de 1912, j'ai passé trois semaines à Trient (Valais). Mme EmmaCretton, correspondante du Glossaire des patois, nous avait envoyé un manuscrit de 1794, écrit par Jean-Pi eiTe Gay, à la Bâtiaz, Martigny, en nous avisant qu'une vieille personne de près de 90 ans, Mme Delphine Gay, au Peuty, connaissait encore bien des airs de ce recueil; et en effet j'ai pu en noter un certain nombre. A Trient, j'ai trouvé beaucoup de bonne volonté, de dévouement et de complaisance, de sorte que j'ai fait là une de mes meillem-es récoltes. Chanteurs: Mmes Lydia Chappot-Lugon, 1888, Philomène Moret-Wouilloz, 1842; MUe Rosahe Lugon, de Trient, à Montreux; ]\IM. Maurice Lugon et Pacifique Gay, aux Jeurs.
En quittant le Valais, je me suis rendu au Val de Ruz (Xeuchâtel), et j'ai parcomni les localités de Cernier, Chésard. Dombresson, Savagnier, Fontaines, BoudevilUers et Valangin. Reçu partout avec la plus grande cordialité, j'ai fait une ample moisson de vieux airs du pays. Je dois des remercie-
ineiits particuliers à Mlle Rachel Marchaûd, à Dombresson, qui non seulement m'a chanté un nombre considérable de mélodies, mais encore m'a accompagné chez tous les vieux chanteurs de la contrée et m'a communiqué quantité de chansonniers manuscrits. Chanteurs : à Dombresson, Mme Marie Blandenier, 1836, M. Sandoz-Marchand. — A Savagnier, MM. Louis Goulet, père, 1844, et Fritz Girard -Willomnet, 1843. — A Boudevilliers, Mlle Cécile Guyot et ses sœm-s. A Fontaines, Mlle Lavoyer, 1843. — A Valaugin, M. et Mme Comtesse, pasteur, Mme Schupbach. — A Chaux-de-Fonds, M. Arnold Robert, Conseiller aux Etats.
En avril 1913, j'ai consacré une quinzaine à la Broyé, fribourgeoise ; j'ai visité Estavayer-le-Lac, Font, Lully, Cugy, Ménières, et j'ai été satisfait des importants matériaux que j'y ai rassemblés. A Estavayer, le souvenir ne s'est pas encore perdu de l'époque où la danse du rond de la Place de Moudon était en pleine vogue'). J'ai l'encontré une dévouée collaboratrice en Mme EUgass, qui m'a copié un important recueil d'empros, de formulettes et de rondes enfantines. Autres chanteurs: MM. Jules Rey, 1832, ancien instituteur, Ducommun, Joseph Currat, M. et Mme Dessibourg, instituteur; Mmes Ansennet, 1823, Marguerite Bussy, tous à Estavayer. — A Font, MM. Auguste Liardet, 1837, Liardet François, 1840, Laurent Can-ard, 1884, Antonin Brasey, 1886, et Mme Marie Brasey, 1834.
Le numéro d'avril de notre bulletin mensuel Le Folk-Lore Suisse ayant été mis à ma disposition, j'ai profité de l'occasion pour y pubher quelques chants du nouvel-an, de mai et de métiers, à titre de réclame. Les journaux de la Suisse romande auxquels ce numéro fut adressé, lui ont presque tous consacré quelques lignes bienveillantes, ce qui m'a valu plusieurs communications et adi'esses de chanteurs.
Pendant l'été de 1913, j'ai parcouru la contrée de Porrentruy. Aile, Miécourt, Charmoille, Vendlincourt. Ayant déjà recueilli, il y a vingt ans, des chansons patoises dans cette partie du Jura bernois, je savais d'avance à qui je pouvais m'adresser, et j'ai eu le plaisir de retrouver beaucoup de vieux airs du crû. Chanteurs; à Miécourt, Mmes Vve Pierre Froté, 1836, Alice Froté-Chaboudez, 1841, Joséphine Bron-Boéchat, 1853,
') Voir les Chants du Bond d'Estavayer, Fribourg, .). Labastiou 1894. Ces rondes se sont chantées jusqu'en 1864.
Caroline Froté, 1858, Joséphine Chaboudez, 1861, Louise Pétignat, 1862, Mlle Jane Pheulpin, et il. Charles Pheulpin, 1848. — A Aile, M. Ravel, pierriste et Mlle Marie Rossé. — AVendlincourt, Mmes Joséphine Boinay-Corbat, 1837,Victorine Christe, 1840, Victorme Barth, 1843. — A Boufol, Mlles Mathilde Ménétré et Hermine BaiUif. A Cœuve, Mlles Marianne Chavannne, 1836, Thérèse Ribeaud, 1837, ancienne institutrice, Julie Oeuvray, 1888 et M. Joseph Ribeaud, taillem'.
Après cela, j'ai passé quelques jours à Genève, à Lausanne et dans diverses localités du Pays deVaud, où des correspondants m'attendaient poui" me chanter les ah's de cahiers manuscrits qu'ils m'avaient confiés. Mme veuve Reber-Demartines, MM. Charles Pflilger et Ami Simond, à Lausanne, W. Nordhof, géomètre, à Aubonne, m'ont fourni de nombreuses et importantes communications. A Genève, Mme A. Colomb-Penard m'a remis une précieuse collection de vieilles chansons genevoises qu'elle a elle-même recueillies et notées de la bouche de ses deux aïeules, nées vers 1795.
Je me suis aussi rendu à Soleure, chez Mme Brack- Moginier, qui avait invité une vieille personne du Locle, Mme Zéline Savoye, née en 1830, à venir me chanter son répertoù'e. Mme Savoye a écrit pour nous et m'a chanté environ 80 chansons, tous vieux ah's neuchâtelois, dont plusieui's fort rares.
En août 1913, notre Commission a eu la douleur de perdre un de ses membres dévoués, M. Joseph Reichlen, artiste peintre à Fribourg. Ce départ nous a été d'autant plus pénible qi;e le défunt était un connaisseur remarquable du folklore de son cher pays fribourgeois, et qu'en particulier, il s'était signalé avantageusement par d'importantes publications de vieilles chansons de la Gruyère. Nous garderons un souvenir affectueux et ému à cet homme qui a tant contribué par son labeur assidu à augmenter le patrimoine des traditions populaires fribourgeoises.
L'assemblée générale de la Société suisse des Traditions populaires, en juin 1914, à Berne, l'a remplacé par M. EmUe Lauber-de Rougement, compositeur de musique, à Saint-Aubin (Neuchâtel;.
En juillet, j'ai recommencé mes travaux aux Ponts-de- Martel et à la Sagne (Neuchâtel). Secondé par des personnes obligeantes, j'ai pu faire une belle récolte. Un vieillard de
1827, M. l'iysse Tissot, aux Ponts, m'a confié un chansonnier qu'il a.vait commencé déjà en 1838, à l'âge de onze ans; ]'v ai retrouvé une riche collection de chants neuchâtelois. Chanteurs: aux Ponts, Mme Matthey- Tissot et sa fille, M. Alfi-ed Jeanneret - Nicolet , Mlle Louise - Cécilia Jacot, 1854, Mme Duvanel - Gœtschmann, 1882. — A la Sagne, l\. Edouard Peter.
Malheureusement la déclaration de guerre et la mobilisation sont venues m'interrompre au milieu de mes travaux.
En octobre 1914, j'ai passé une quinzaine dans la contrée de Penthalaz, Daillens, Penthaz et Bussigny (Vaud). J'y ai trouvé de bons- chanteurs qui ont encore conservé beaucoup d'anciennes mélodies traditionnelles. M. Louis TrolKet, à Daillens. a bien voulu me prêter le chansonnier de son père, feu Charles TroUiet, écrit en 1830. Chanteurs: MM. Louis Crottaz, 1841, ancien institutem-, Féhx Conod, 1859, Louis Trolliet-Conod, 1859, Mmes Léonie Pelet, Aline Dubrit-Pelet, 187'2, tous à Daillens. A Bussigny, Mme Schmidlin.
Au printemps de 1915, j'ai continué mes recherches à Lausanne et Clenève. Dans cette dernière ville, Mme Golomb- Penard, dont j'ai déjà parlé plus haut, a terminé la notation musicale de plus de cent cincjuante chansons genevoises, qui ont une haute valeur pour notre collection. Qu'elle me permette de lui adresser ici l'expression de notre profonde gi-atitude pour sa précieuse collaboration.
J'ai aussi étendu mes investigations à Montricher, dans le Jm-a Vaudois. A côté de bien du moderne, j'ai recueilh quelques jolies chansons locales. Chanteurs: M. Ami Buffet, 1857, Mmes Emma Béday-Payot, AméUe Béday, 1857, Alice Huiler, Marie Magnenat, 1848 et Suzette Bourgeois, 1837.
Après cela, je suis allé terminer ma notation de vieux airs à Miécourt, Charmoille, Bonfol, Cœuve, Vendlincourt et Aile (Jura).
Pendant mes vacances d'été, j'ai parcouru le Val de Bagnes et l'Entremont (Valais). Un collaborateur du Glossaire et membre de notre Société, M. Maurice Gabbud, à Lourtier, m'avait préparé le travail, et j'ai fait à Lourtier, Fregnoley, Champsec, Prarayer, Châble et Villette (Bagnes) une de mes plus fructueuses moissons. Chanteurs: à Lourtier, Mmes Adèle Fellay-Vaudan, 1851, Lucie Vaudan-Gadat, 1888, Mlles
Maret, et M. Pierre Troillet. — A Fregnoley, Mlles Marie Gahbud, Alice et Aline Bruchez. — A Champsec, MM. François Terretaz, 1836, Théodemir Gard, 1861, et Mlle Marie Gard. — A Prarayer, M. Maurice Nicollier, 1849, et sa fille. — A Châble, MM. Maurice Delamorclaz, 1849, Hercule Pélissier, 1844, Camille Nicollier, 1842, Melly, boulanger et Innocent Fellay, boulanger. — A Villette, MM. Edouard Filliez, Justin Pilliez, 1858, Eugène Michaud, 1844, Maret, à l'hôtel du Giétroz; Mmes Stéphanie Delarzes et Marie Maret, 1840.
Dans le Val d'Entremont, fhautems: à Orsières, M. Etienne Roserens. — A Boui-g-St- Pierre, MM. Jean-Baptiste Balleys, 1834, et son fils Clovis, 1877, Jean Genoud, 1848, et Mme Alexandi'ine ilax, 1857. — Au Grand St- Bernard, frère Louis Bagnoud.
A Sion, M. Barthélémy Mariéthoud, ls34, de Nendaz, m'a chanté sou intéressant répertoire.
En aoiit 1915, nous avons eu le vif regi-et d'enregistrer le décès d'un second membre de notre Commission, M. Jean Bonnard, professeur de philologie romane à l'Université de Lausanne. C'est une perte sensible pour nous, car sa compétence, sa haute culture, son esprit méthodique et précis nous eussent été d'un précieux concours. Nous conserverons la mémoù'e de ce savant modeste et dévoué, qui, pendant tant d^années, a été un membre assidu de notre Société suisse des Traditions populaires. — Pour le moment, notre Commission ne l'a pas encore remplacé.
En automne, je suis allé d'abord à Sierre, où je devais rencontrer toute une série de ressortissants du Val d'Anniviers, dont M. Gabbud m'avait préalablement envoyé les chansonniers. Ce sont : MM. Jean-Baptiste Salamin, 1874, Chrétien Rouvinez, Mlles Eugénie Salamin, Angélique Salamin. et Mélanie Vouardoux, de Grimentz. — MM. Eugène Crettaz, Joseph Epiney, Symphorien Florey, Mlles Béatrice Epiney, 1895. et Justine Florey, de St-Jean d'Anniviers. — MM. Benoît Zuâ!erey, père et fils, Alexandre Savioz, organiste, Mme Catherine Melly-Genoud, 1840, de Vissoie. — Mlle Philomène Salamin, de St-Luc.
J'ai terminé par une tournée au Val d'Hérens, à Evolène et Villaz. Mlles Marie Fauchère, 1890, à Evolène, Madeleine Forclaz, 1874, à ViUaz, et M. Joseph Chevrier, instituteur, à ]<^volène, m'ont remis de beaux matériaux.
En juillet 1916, je suis retourné à Sierre, noter une quantité d'airs du Val d'Anniviers, que Mlle Béatrice Epiney est venue me chanter.
Une première visite à Martigny, Fully et aux environs m'a procuré d'intéressants matériaux. Chanteurs: Mlle Ida Buthey et son frère, Bureau des Postes, Mme Christine Buthey, et M. François Saudan, 1846, tous à Fully; M. Jean-Pierre Bruchez, 1845, à Saxey. — M. Helmuth Gams, étudiant, à Zurich, m'a été fort utile dans mes recherches. Séjournant depuis plusieurs mois dans le pays pour des études scientifiques, il connaît tout le monde et a [m ainsi me procurer force vieux documents.
En rentrant, j'ai passé àYvonand, Rovray, Arissoules ( \'aud). Un membre de notre Société, M. Octave Chambaz, à Rovray, s'est aimablement mis à ma disposition pour recueillir de vieilles chansons du pays et m'indiquer les chanteurs de la contrée. A Cliampvent, M. le pasteur .Jomini, bon musicien, m'a écrit les mélodies d'une vingtaine de chansons.
Enfin cet automne, j'ai fait nouveau un séjour à Fully, où j'ai noté les airs des chansonniers qu'on m'avait confiés. Chanteurs: Mlle Blanche Valloton, 1899, M. Baptiste Grange, 1845, sacristain à Fully, etValentin Bruchez, 1854, àBuitonnaz.
J'ai terminé ma tournée par Jussy (Genève), où j'ai fait une première enquête qui paraît vouloù- donner de bons résultats, grâce à l'obligeance de MM. Jules Micheli, maire, Terrier, 1841, ancien sergent de carabiniers, Marc Pittard, député, tous à Jussy, et M. Pierre Danel, à Essert, commune de Meynier. — Je dois également à M. le Dr Jean Roux, de Genève, à Bàle, plus de cinquante chansons genevoises.
Voilà, succintement rapportées, les enquêtes que j'ai conduites jusqu'à présent dans la Suisse romande. Certes, je ne me fais aucune illusion: le champ à explorer est encore vaste et il reste beaucoup à faire. Cependant, étant donné le nombre considérable de chansons que j'ai réunies (environ cinq mille, avec quatre mille mélodies), il m'a semblé que je pouvais répondre aux sollicitations qu'on m'adressait avec insistance de plusieurs côtés, et je me suis décidé à faire paraître déjà cette année le premier volume des Chansons populaires recueillies dans la Suisse romande.
Mes recherches n'en continueront pas moins dans les localités où je n'ai pu me rendre jusqu'ici. S'il arrivait donc
Rossât, r.es Cliansons popnIaireB I.
que, parmi les lecteurs, il se trouvât des personnes connaissant de l'une ou l'autre chanson des versions plus exactes, mieux développées et plus conformes à l'original que celles que j'aurai moi-même publiées, je leur serais reconnaissant de bien vouloir me communiquer ces textes, si possible avec la mélodie. Ces matériaux poun'ont éventuellement faire l'objet d'un volume supplémentaire.