L'Amant assassin de sa maîtresse
Comme je l'ai déjà dit, le sujet de la femme, de la fiancée ou de l'amante tuée par le mari ou le galant, est des plus populaires et se rencontre un peu partout en Europe. Les altérations, les contaminations, les confusions qui en résidtent rendent malaisée la tâche de distinguer nettement ces chansons les unes des autres et de découvrir, à travers toutes les variantes, la version originale.
Voici quelle est la donnée de la chanson : Une femme nommée Françoise, Enf/énie ou Jeannette se plaint de ce que son mari ou son amant Ta abandonnée; sa mère lui annonce le retour de l'époux, qui en effet frappe à la porte; la belle lui ouvre et l'embrasse, mais le mari l'emmène au jardin, la tue et lui prend le cœur qu'il va porter à sa mère; celle-ci lui donne de l'argent pour qu'il puisse s'enfuir. Ai'rivé sur la montagne, il entend sonner les cloches; il se met a genoux et demande pardon à Dieu, mais Dieu refuse de lui pardonner*).
Cette chanson se retrouve chez Nigra (Canti pop. del Piemonte, No. 29, p. 177: La moylie uccisa), avec les mêmes développements. La belle y est appelée Doua Francéiza, Dame Française, corruption facilement explicable de Donna Francesca, Dame Françoise.
E. Rolland (L 304) a une version toute différente: Un jeune page revient de voir sa belle ; il est reçu avec de vifs reproches par sa mère, qui s'emporte jusqu'à lui dire: «Je donnerais bien cent pistoles pour avoù- son cœur ici». Pour complaire à sa mère, le page retoui-ne chez sa mie, la fait descendre au jardin et la tue; puis il lui «tire le cœm- du ventre» et va le porter à sa mère. Mais la justice l'arrête et le condamne à mort: „ ,.^ -, c ^
Petit page, u faut mourir.
Etre fricaseé à l'huile, Et sa mère avec lui.
Je n'ai rien retrouvé d'analogue en Suisse. — On remarquera que certains détails de ce récit ont été utilisés par Richepin dans la chanson de La Gin.
Les couplets, dans nos versions, paraissent être des tercets, dont le premier vers, octosyllabique, féminin, ne rime pas; le second vers (6 syllabes) et le troisième (8 syllabes), masculins, sont assonances.
Les mélodies que j'ai notées n'ont pas beaucoup d'originalité et sont même quelconques. Celle de A semble une
') Cf. Tiersot, Alp. frç., p. 153. — Smith, Bomania, X, 196.
altération de Taii': Combien j'ai douce souvenance^j. Je donne la mélodie des trois premières stroi^hes de C, la seconde ajant quatre vers au lieu de trois, la troisième 33' ant des vers d'autres quantités. J'ai retrouvé quatre versions: une à St-Blaise, Neuchâtel (A); une auxVerrettes, près Douvaine, Haute-Savoie (B), communiquée par M. Henri Mercier, à Genève ; deux du Val d' Anniviers (C et D). Toutes sont passablement altérées et incomplètes.
Adafiio