‹ Les chansons populaires recueillies dans la Suisse romandeChapitre 78 sur 128 · La Mort de l'Amante · texte numérisé non relu

La Mort de l'Amante

Cette chanson n'est pas très répandue en France et je ne la retrouve que dans Tiersot {Alp. frç. p. 115), qui a relevé quatre versions de «ce rare morceau». J'ai eu plus de chance et je puis donner ici huit leçons recueillies à Neuchâtel (A), dans le Jm-a bernois (B C D E F) et en Valais (G H)'). En voici le thème: Un amant se lève «plus matin que la lime» et s'habille de rose pour aller voir sa mie. Chemin faisant, il rencontre un messager qui lui annonce que la belle va mourir (A B C D). Sans ajouter foi à cette nouvelle (A), il va frapper à la porte (D E F G H), mais la bien-aimée lui répond qu'elle est au ht, en danger de mourir. D'après A, elle fait placer à son chevet une chaise et un cierge «pour mieu-x voir son cher ami>. Mais d'après E F G H, on fait chercher le médecin à Londres, ou à Rome. A minuit, au moment de rendre l'âme, la bien-aimée «sort sa main blanche de son lit, pour dire adieu à son ami». Désolation de l'amant, qui réclame des habits de deuil (A B D). Sa mère (A B C D) ou le médecin (EGH) essayent de le consoler en lui disant «qu'il en trouvera bien d'autres». Dans F c'est même la jeune fille qui le lui dit,' mais il veut rester fidèle à l'aimée. Nos versions G et H ont une strophe touchante, où l'amant s'écrie: Pour y voir mourir une fille, il faut avoir du courage, Pour voir mourir celle que j'aime tant Depuis l'âge de quatorze ans!

Notre version A vient de Neuchâtel, mais y a été importée autrefois par ime vieille personne du Canton de Vaud. A B C D ont seules le récit dramatique ancien. EFGH ont déjà une teinte de satire à la dernière strophe. Quand le médecin parle à l'amant de «fiUes de riches marchands», il répond:

') Elle est connue aussi à Fribourg (voir ci-dessous p. 107).

Les filles (le riches marchands font rrn|i les glorieuses; Elles portent toutes de beaux rubans blancs, Une grande bourse, rien dedans.

F a même une malencontreuse strophe ajoutée après coup par un poète rustique :

Les tîUes d'un petit paysan sont cent fois plus jolies; Elles portent coiffures, dentelles et rubans, Dans leur bourse il y a de l'argent.

La version E, en patois du Jura, est fort connue dans tout le Pays de Porrentruy. La version G est très altérée, avec une interversion des couplets. La mélodie demande la répétition du second hémistiche (6 syllabes) du premier vers de chaque strophe.

Schéma rythmique: tercets dont le P' vers de 12 syllabes (6 + 6) dans A B C;D ou de 14 (8-|-6) dans EFGH, est féminin et ne rime pas; le second vers de 10 syllabes est suivi d'un vers de 8 syllabes, avec lequel il rime.

Par une anomalie déjà relevée, les mélodies sont plutôt

vives et gaies, malgré le sentiment funèbre des paroles. Nos

aù's A B E se rapprochent de la seconde mélodie notée par

Tiersot.

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