AVANT-PROPOS
Dans mon Manuel général de musique militaire^ publié il y a quelques années, j'entrepris non* seulement de résumer les travaux d*une commission dont j'avais eu Tbonneur de foire partie en qualité de secrétaire rapporteur, mais encore d'appeler l'attention du public et celle de Tautorité compétente sur toutes les améliorations d*ensemble et de détail que la musique militaire réclamait à celle époque en France. Depuis lors, la plupart de ces améliorations ont été réalisées. Tout récemment encore, le gouvernement, dans son active sollicitude pour tout ce qui touche aux intérêts de Tarmée, a pris deux mesures de la plus baute importance. L'une de ces mesures concerne les musiciens de régiments, qu'elle met en possession d'avantages honorifiques et pécuniaires qui auront pour effet d'excilerleur émulation et d'augmenter leur zèle; l'autre est relative à la composition même des musiques, qu^elle modifie de la manière la plus heureuse en substituant à un système d'organi^ salion reconnu vicieux, parce qu'il manquait de puissance et d'homogénéité, une combinaison rationnelle qui n'admet que des instruments d'une justesse parfoite, d'un timbre magnifique et d'une sonorité merveilleuse. On sait que ces nouveaux instruments, dont nos plus grands matlre^ ont reconnu et proclamé la supériorité, sont le produit des inventions et des perfectionnements remarquables d'Adolphe Sax, de cet artiste de génie pour qui la science de l'acoustique n'a point do secrets. Avec de tels auxiliaires, avec la pensée éclairée qui la dirige et Texcellente impulsion qui lui est donnée, la musique militaire en France a décidément acquis, au point de vue de l'art, une valeur et une importance qu'elle n'avait jamais eues jusqu'ici. Les moyens dont elle dispose ne sont même plus bornés aux seuls éléments de la partie instrumentale : la création des écoles de chant régimentaires, sur les bases de la méthode de J.-B. Wilhem, l'ont dotée d'une partie vocale qui prend chaque jour plus d'extension et qui lui ouvre des voies nouvelles. Déjà nos chœurs de soldats essaient de rivaliser avec les sociétés orphéoniques, et il leur arrive souvent de leur prêter leur concours dans de grandes fêtes musicales, où ils se font applaudir à côté d'elles. En constatant plusieurs fois ces heureux résultats, je fus conduit néanmoins à manifester mon étonnement de ce ^tie l'armée ne possédait pas encore un seul recueil de chants militaires composés exprès pour elle. C'était là une lacune qu'il me paraissait urgent de combler. En conséquence, je formai le vœu qu'on sentit bientôt la nécessité d'opposer aux productions insignifiantes ou triviales répandues dans les régiments des œuvres d'un caractère sérieux et d'une certaine valeur artistique. Personne n'ayant