‹ Les chants de l'armée françaiseChapitre 4 sur 22 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

répondu à cet appel, je me suis décidé à faire le premier pas, et j*ai conçu le plan de Touvrage que

je viens offrir à mon pays et à Farmée.

Cet ouvrage renferme vingt-trois morceaux de musique vocale composés pour Tusage spécial de chaque arme. En les écrivant, j'avais encore présent à la mémoire tout ce que j'ai dit sur la manière de traiter les chants destinés aux troupes dans le Manuel dont je parlais tout h l'heure. J'ai tâché de me conformer à ces principes. J'ai fait en sorte que, pour le choix des rhylhmes, pour le caractère des mélodies, ces morceaux fussent parfaitement appropriés à leur destination ; qu'ils se distinguassent en général par la clarté, la sitnpKcité, comqfie par une expression virile et martiale ; qu'ils offrissent des idées mélodiques franches, naturelles, bien caractérisées et propres à se graver aisément dans la mémoire, ainsi qu'une harmonie pleine, sonore et suffisamment colorée. L'expérience m'a depuis longtemps démontré que le choix des intervalles et la manière de les dislribuer dans les différentes parties sont de la plus haute importance tant pour la facilité do l'exécution que pour Téclat de la sonorité. J'ai donc tenté encore cette fois de mettre à profit les découvertes que des études suivies et une longue pratique m'ont permis de faire sur ce point. L*accueil flatteur qu'a reçu du public mon recueil de musique chorale intitulé les Chants de la i;te(l), le succès qu'ont obtenu dans plusieurs concerts des morceaux tirés de ce recueil, me donnent lieu d'espérer que le public voudra bien ici m'accorder de nouveau son suffrage.

Comme je serais très heureux de voir mes chœurs militaires se répandre dans l'armée, j'ai eu œin d'en écarter les difficultés d'exécution qui ne sauraient convenir qu'à des sociétés orphéoniques ayant le loisir de faire de longues études préparatoires et des répétitions fréquentes. Les Chants de l'armée française sont donc d'une facture plus simple et moins compliquée que les Chants de ia vie. Je n'ai point négligé pourtant de les mettre en rapport avec les progrès que la musique chorale a faits parmi nous, et qui permettent aujourd'hui aux compositeurs de hasarder quelque chose de moins insignifiant que de simples ponts-neufs, accompagnés d'un insipide et lourd placage d'accords en contre-point de note contre note, roulant invariablement des harmonies de la tonique à celle de la dominante.

Pour ce qui est du caractère de ces chants, j'ai désiré qu'il fût en harmonie avec les traits propres à notre nation et surtout au type si sympathique du soldat français. Outre la couleur |;éiiérale que j'ai tâché de répandre dans ce but sur l'ensemble de l'œuvre, j'ai introduit dans chaque chœur, au double point de vue de la mélodie et du rhythme, des nuances destinées à reproduire autant que possible la physionomie et l'allure en quelque sorte traditionnelle de l'arme en l'honneur delaqv^le il est conçu. Ceux qui veulent qu'on se préoccupe quelque peu des lois de l'esthétique musicale me sauront peut-être gré d'avoir recherché en ceci la vérité d'expression.

L'accompagnement de piano joint aux parties vocales des Chants de l'armée française est simplement destiné, comme celui que j'avais écrit pour les Chants de la vie, à soutenir les voix lorsqu'on étudie ces chœurs. En tout autre cas, il doit être supprimé. Je ferai remarquer qu'ici encore,, j'ai employé la clef de sol {"2" ligne) pour les parties de ténor, quoique cette notation soit inexacte» Tous les musiciens savent que les parties de ténor devraient proprement s'écrire eur la clef d'ut (V ligne) ; mais ils savent aussi que la répugnance qu'éprouvent les amateurs pour une étude appro-

(i] Les Chants D£ la vie, cycle ceoral, ou Recueil de vingt- DiifoQr et €•«, 185A, 1 vol. in-û* — Quelques-uns des morceaux

huit morceaux à quatre, à cinq, à six et à huit parties pour de ce recueil sont propres à être chantés dans des solennités mi-

tétiors et basses y avec accompagnement de piano, ad libitum, litaires. Cesonl: le Cri d'alarme (ïim)^ Chant de victoire {n'' iQ),

précédés de Red%erchês historiques et de considérations géné^ Sur la mort d'un guerrier (n* 18), et deux chants imitatifs sans

raies sur le chant en chceur pour voix d'hommes. Paris, Brandus» paroles, une marche et un pas redoublé (n** U6 et 27).

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fondie des principes généraux de la lecture musicale a introduit parmi nous l'usage dempioyer la

clef de sol (2* ligne) au lieu de la clefd'tit (4* ligne) à peu près^ans toutes les compositions qui ne

^ont pas écrites sous forme de grandes partitions dWdiesire. Il en résulte que le ténor chante sa

parlic une octave plus haut qu'elle n'est notée.

Les paroles des Chants de l armée française ont été robfel d'un soin particulier. Lorsque je iprofetai d'écrire pour chaque arme un ^hœur qui lui fiït spécialemerâ consacré, je désirai que le texte n'effleurât pas des sujets étrangers à l'expressioR de l'enthousiasme militaire et de tous les «entimeois vraiment patriotiques et guerriers. Aussi, quoique mes chœurs puissent passer pour des chansons de corps, ils sont conçus dans un tout autre esprit que les refrains femiliers de soldat qui pourraient avoir droit à la même qualification, mais qui, par des plaisanteries grivoises sur l'amour et le vin on par des sarcasmes de mauvais goût, tantôt à l'adresse des corps de troupes rivaux, tantôt à celle des nations étrangères, s'écarleut plus ou moins de la forme élevée et sérieuse qu'il convient de donner à la poésie guerrière. Il m'a donc parti suffisant que les soldats chantassent leur amour pour la patrie et les divers titres de gloire qu'ils ont acquis dans leurs armes respectives sur les champs de bataille. Il y a des noms et des dates qu'il suffit de citer pour réveiller parmi les troupes les passions les plus nobles et les plus généreuses, pour exciter leur instinct belliqueux et ranimer l'ardeur de leur patriotisme. Cependant la lâche du poëte qui a bien voulu se joindre à moi pour accomplir l'œuvre dont j'avais ainsi arrêté le plan devenait, par les rfestrictions mêmes que je signale, beaucoup plus difficile à exécuter, attendu qu'il fallait faire vibrer à peu près constamment la même corde, tout en évitant les redites et In monotonie. M. Francis Maillan a su résoudre ce problème avec un talent et une complaisance rares; je voudrais que ma faible voix pût ici convenablement l'en louer et l'en remercier. Cerles , le suffrage des juges les plus compétents ne lui manquera pas, et tout le monde appréciera le tact exquis, la convenance par* faite avec lesquels il a su renfermer ses nobles et poétiques inspirations dans les vraies limites du sujet.

Le texte de chaque chœur comporte de trois à cinq couplets, dont le premier, seul, est ajusté sur la mélodie. Gomme notre langue se prête difficilement à l'uniformité qu'exige la musique dans la valeur et le rapport symélrique des syllabes, il arrive presque toujours qu'on est obligé, dans les morceaux où plusieurs strophes ou couplels se chantent sur le même air, de modifier celui-ci dans ses valeurs rhylhmiques à chacune de ses répétitions sur de nouvelles paroles. En pareil cas, si la composition n'a qu'une ou deux parties, comme dans les romances et les nocturnes, on les grave de nouveau, mais, dans un ouvrage comme celui-ci, cette manière de procéder devenait impraticable. Il aurait Fallu, en effet, reproduire en notes, à chaque couplet, toutes les parties du chœur entier, ce qui eût grossi ce volume au delà de toute proportion. J'ai pensé que les chefs de musique sont tous assez bons musiciens et assez bien femiliarisés avec les lois de la prosodie française, — puisqu'il n'en est guère qui ne soient compositeurs eux-mêmes, — pour se charger du soin de faire subir à la musique gravée sur le premier couplet, les modifications nécessitées par le changement des paroles dans les couplets suivants. Cette tâche leur sera d'autant plus facile qu'elle ne s'étendra pas à tous les couplets sans exception, mais seulement à plusieurs d'entre eux ; car il y en a un certain nombre qui ne réclameront pas ce soin.

L'importance que j'ai toujours attachée à la musique militaire et au chant des troupes m'a engagé à placer en tête de ce recueil une étude de la poésie guerrière en France depuis l'origine de la monarchie jusqu'à nos jours. Cette étude n'est point une histoire achevée et complète ; c'est un simple Essai dont les matériaux toutefois ont été assez difficiles à réunir, et qui, je crois, à défaut d'autre mérite, a du moins celui d'être le premier travail spécial que l'on ait publié sur les chants

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militaires des Français. Je désire vivement que celle tentative provoque la publication d'un ouvrage

plus important sur la même matière, et surtout celle d'un recueil complet des cliants répandus

dans nos armées aux différentes époques, recueil qui manque jusqu*à présent à notre littérature

nationale.

On trouvera aussi en tête de chaque morceau des deux séries (1) un court préambule historique contenant un aperçu de l'origine, du mode d'organisation et de la destination spéciale de l'arme à laquelle ce morceau est destiné. Les détails donnés dans ce préambule ne seront peut-être pas lus sans intérêt par ceux qui sont moins familiarisés que nos officiers et nos soldats avec l'histoire de l'armée et de ses différents corps.

J'espère donc n'avoir rien négligé pour rendre mon ouvrage digne des suffrages que j'ambitionne. Je me suis surtout rappelé que le principal but du chant choral est d'améliorer le moral du soldat^ tout en lui offrant une innocente distraction et une douce jouissance. Ma récompense la plus flatteuse serait d'îtvoir produit une œuvre qui favorisât cette tendance salutaire, et qui, en même temps, aidât au progrès du chant choral dans les orphéons de l'armée.

(1) Excepté en tête du n** 6, le préambule du numéro précédent étant commun aux arlillears à cheval et aux artilleurs à pied.

SUR LES

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