‹ Les chants de l'armée françaiseChapitre 6 sur 22 · DU FRANC ARCHER · texte numérisé non relu

DU FRANC ARCHER

Le franc archer belles armes avoit, L'espéc ctoit d'une broche tortue, Sa dague étoit d*une cuiller rompue, D*un pot cassé faisoit son morion.

Viragon, vignelte suz vignon.

(1) Leroux de Lincy, Rec. de chants hist. fr,^ p. 36'2 et suiv. pièces qui lui sont attribuées, un monologue satirique également

(2) On trouve à la suite des Œuvres de ce poète, parmi les consacré au franc archer.

Le franc archer un fort bel arc avoit Le franc archer à son repas avoit

De bois pourry, la corde renouée ; ou lard grUlé, du lait clair pour polage,

Sa flesche éloit de papier empennée, Le plus souvent de l'eau pour son breuvage,

Le bout brûlé servoit de vireion, A son dessert mangeoit un champignon. Viragon, vignette suz vignon. Viragon, vignette suz vignon.

Le franc archer un corselet avoit Le franc archer de belle taille étoit,

De beau fer blanc, les brassars faits de corne. Bossu, manchot, les jambes contrefaites.

Ainsi armé se regarde et reiorne : Borgne et morveux, et jamais sans lunettes.

Sangry, dit-il, me voilà beau garçon. ^yani toujours les mules au talon. Viragon, vignette suz vignon. Viragon, vignette suz vignon.

Le franc archer un beau chappeau avoit. Le franc archer, prends et vaillant esioit;

De bourre étoit bien fillée et déliée i\ assailloit fort volontiers les mouches :

Sa chemise sur Tespaule nonée : Suz, disoit-il, il faut que je vous touches ;

Toujours le vent lui souffle au crouppion. Mais une gueppe lui donna reguillon. Viragon, vignette suz vignon. Viragon, vignette suz vignon.

Le franc archer belles bottes avoit Le franc archer revint en sa maison,

De paille étoit, de vert ozier liées. Bien empesché de retrouver sa rue.

Chausses avoit de drappeau dessirées. Droit sur un pied faisant la grue,

Une lardoire lui servoit d*esperon. Roide de froid étoit comme un glaçon. Viragon, vignette suz vignon. Viragon, vignette suz vignon.

Le franc archer une jument avoit I.e franc archer tant sa femme chercha,

De poil fauveau, tant maigre et harassée, Qu*ii la trouva logée au presby taire, |

Sa selle étoit de paille rembourrée ; Couchée étoit (1). . .... .

Après suivoit son petit poulichon.

Viragon, vignette suz vignon. Viragon, vignette suz vignon.

Le franc archer chez son hôte arriva :

— Vertu, morgoy, jerniegoy, je te tue.

— Tout beau, monsieur, nos oysons sont en mue.

Il l'appaisa d'une soupe à Foignon.

Viragon, vignette suz vignon. . Viragon, vignette suz vignon.

Le franc archer de Paris se disoit Fils d*un marchand des bateaux capitaine, Lui corporiau, son oncle porte-enseigne Et son cousin étoit porte-bedon.

Viragon, vignette suz vignon.

Les chansons familières de soldats des xv® et xvr siècles semblent avoir donné le ton à la muse française dans la production des œuvres comiques, satiriques et grivoises, qui, depuis ce temps jusqu'à nos jours, ont enrichi ou plutôt encombré son répertoire. C'est à cette source, par exemple, que doit avoir été puisé le fameux couplet sur Henri lY que j'ai déjà cité, et qui, d'après l'opinion générale, date du règne de ce prince (2). Il faut peut-être encore assigner la mémei)rigine à VHomme armé {lome armé)j chanson déjà connue au xv* siècle, et dont la vogue fut universelle dans le xvi* (3),

(I ) Je supprime id quelques vers et tout le couplet suivant, qui me semblent trop libres pour être rapportés.

(2) C'est sur le modèle de ce couplet, que Collé fit le reste de la chanson : Vive Henri QvMtre^ qui se chante sur le vieil air de danse des Tricoteis ou du Pas de Henri Qiiatre , et qui parut d'abord dans une comédie de Fauteur intitulée : La partie de chasse. Les couplets modernes ne sont qu'une paraphrase de celui qu'on fait remonter au temps du monarque. Os n'en partagent pas, à beaucoup près, la popularité. Cependant on s'est encore

plu assez souvent à chanter celui qui commence par ces mots : J' aimons les filles et f aimons le bon vin, ..

(3) Elle a servi de base à un grand nombre de compositions de Dulay, Busnois, Brumel, Pippelare, Josquin des Prez, TUictor, Morales, Palestrina, etc., et même à des œuvres de musique religieuse. La plupart des maîtres de cette époque ont écrit sur ce thème au moins chacun une messe, conformément h l'habitude singulière qu'on avait alors d'établir un contre-point sur une mélodie populaire, le sens des paroles en fût-il des plus mon-

Plusieurs historiens (1) ont voulu qu'elle ne fût autre chose que la chanson de Roland, mai9 ils se sont trompés, ou plutôt ils ont été induits en erreur par le titre qu'elle porte. Ce n'est pas, à vrai dire, une chanson de guerre; c'est une production dans le genre badin et grivois qu'on a rapprochée avec raison de cet air jadis si répanda: Gucrwâdter, que tu m'affliges. Tinctor, dans son Proporlionales musicesy nous en a conservé les quatre premiers vers, lesquels semblent ne laisser aucun doute sur la nature de cette chanson. Les voici :

Lomé, lome, lome armé Et Robinet lu m'as

La mort donnée

Quand tu t*en vas, etc.

Enfin, deux curieuses parodies de coqoplaintes chevaleresques et guerrières sont évidemment sorties de la même veine poétique. L'une est la facétieuse nénie de M. de la Palice, dont il a été déjà question plus haut ; l'autre est la romance populaire intitulée : Le convoi du duc de GuisCy qui pa« raît avoir servi de modèle à la célèbre chanson du xviii* siècle, Malbrongh s'efi va-t^en guerre, dont plusieurs strophes lui sont empruntées mot pour mot. Elle commence ainsi :

Qui veut ouïr chanson? {bis)

C'est du grand duc de Guise,

Et bon, bon, bon, bon,

Di, dan, di, dan, bon.

C'est du grand duc de Guise.

N, B. Ceci se parle :

Qui est mort et enterré.

Qui est mort et enterré, (bis) Aux quatre coins du poële.

Et bon, bon, bon, bon, Di, dan, di, dan, bon.

Quatre gentilhom's y avoir.

Quatre gentilhom's y avoit, {bis) Dontl*un portoit son casque.

Et bon, bon, bon, bon, Di, dan, di, dan, bon, Et Tautre ses pistolets.

Et l'autre ses pistolets, {bis)

Et l'autre son épée.

Et bon, bon, bon, bon, Di, dan, di, dan, bon.

Qui tant d'hug'nots a tués (2).

L'élément burlesque et satirique domine^ en général^ dans toutes les compositions des xv' et \vi* siècles qui avaient trait aux affaires du temps, et surtout aux guerres de partis. Rarement, — mémo dans les sujets les plus sérieux et les plus importants, — l'inspiration atteint aux cimes élevées cil Thorizon poétique s'agrandit et s'éclaire. Nous ne trouvons nulle part*, excepté dans les hymnes empruntées au culte et répétées au milieu des camps, les accents pompeux et solennels qui ont du retentissement jusque dans les siècles qui suivent. On eut beau former de nombreux recueils des impromptu plus ou moins piquants qui se chantaient alors en tous lieux (3), rien de tout

dains. De là un bizarre mélange dti sacré et du profane, qui marque d*an cachet particulier les productions de ce temps, et que nous avons de la peine h nous expliquer aujourd'hui, bien que noas en ayons d'autres exemples dans les noêls et jusque dans les cantiques que chantent encore dans nos églises certaines confréries. Ces derniers ont souvent pour timbres des airs de vaudevilles, dont les textes originaux ne sont rien moins qu'édifiants.

(1) Burney, entre autres, dans son histoire de la musique {History ofmusic, vol. II, p. /i93).

(2) Leroux de Lincy, Rec, de chants hist. fr., 2* sér., p. 287.

(3) Plusieurs de ces recueils ont été imprimés avec ou sans musique; d'autres sont restés manuscrits. Il existe un nombre assez considérable des premiers et des seconds à la BibHothèque

impériale ; entre autres, le Recueil manuscrit formé par Pierre de TEstoile, et celui qui contient plusieurs chansons de Françeb V\ l\ existe aussi une notable quantité de pièces détachées imprimées sur des feuilles volantes. Tous ces documents sont de la plus grande rareté, et ceux qui s'occupent de travaux historiques y attachent un grand prix. ]SI. Leroux de Lincy a indiqué avec soin, à la suite de son ouvrage sur les chants historiques français, les litres des recueils qui lui ont fourni les matériaux de sa coMection ; je vais en transcrire quelques-uns au hasard pour donner une idée de ce genre de publication : — La fleur des chansons^ Les grans chansons nouvelles qui sont au nombre cent et dix, où est comprinse la chanson du roy, la chanson de Pavie, la cha»^ son que le roy fit en Espaigne, la chanson de Romme, la chanson

cela n'est resté populaire, sinon une ou deux chansons du Béarnais. Henri IV passe, en effet, pour raaleur des paroles de la romance Ctiarmante Gabrielle, dont le maître de chapelle du Caurroy fit la musique ; plusieurs lui attribuent, en outre, une autre poésie légère, très naïve et très gracieuse, ViefiSy Aurore^ mais dont Tauthenticité laisse néanmoins des doutes. François I**, monté sur le trAoe de France longtemps avant lui, l'a précédé aussi dans l'art de rimer sur Tamour et sur la ^guerre. Ces de«x vers qu'il a laissés tomber de sa plume :

Souvent feame vaiîe.

Est bien fol qui 8*y fie,

ne sont pas les seuls qu'il ait tracés, et on lui doit un assez grand nombre de poésies erotiques. Enfin, comme les braves soldats qui combattaient sous ses ordres, il a composé plusieurs poèmes relatifs à la bataille de Pavîe, On peut citer, entre autres, une épître en vers qu'il écrivit pour une de ses maîtresses, et dans laquelle il raconte comment il fut fait prisonnier à la suite de ce désastre. Il fit aussi sur le même sujet, pendant son séjour en Espagne, une chanson très mélancolique, mais d'ua style quelque peu obscur et quintessencié. On y trouve, cependant, exprimées avec autant de clarté <iuede noblesse les deux pensées suivantes, auxquelles on ne refusera pas d'être très poétiques et très chevaleresques :

Guear résolu, d*auire chose n*a cure Que de l'honoeur.

Le corps vaincu, le cueur reste vaincueur.

Ce fut en présence de ce roi si valeureux et de toute sa cour, que fut exécutée, après la bataille <le Marignan, une composition extrêmement originale du célèbre Jannequin. Cette composition, intitulée la Guerre (1), eut une grande célébrité pendant le xvi« siècle. Accueillie partout avec enthousiasme, elle avait, assure-ton, la vertu de réveiller chez les auditeurs le sentiment de la bravoure ^t celui de l'orgueil national (2). Noël du Fail, qui écrivait dans la seconde moitié du xvi* siècle, en rend témoignage en ces termes dans les Contes et discours d'Eutrapel: « Comme, par exemple, quand Ton chantoit la chanson de la GuerrCy faite par Jannequin, devant ce grand roi François, pour la

des Brunettes et Te remu tu, et phuieurs autres nouvelles chan- la dix-sepUème pièce de ce recueil. De chaque côté de ces mots :

sons, lesquelles trouveras par la table en suyvant. i vol. petit la Guerre, sont figurés deux petiu canons. in-S* goth. — Recueil des plus belles chansons de ce temps,

mises en trois parties, dont la première contient les chansons mu- (2) On lit dans un recueil manuscrit d'anecdotes secrètes et

sicales et d'amours; la seconde et tierce parties contiennent les amoureuses de la cour de France, depuis 1200 jusqu'en 1600, que

chansons rustiques et de la guerre, avtec la Déploration de Vénus, mademoiselle de Limeuil, filfe d'honneur de Catherine de Médicis,

Lyon, par Jean d'Ogerolles, 1559, fai-iô. -* La fleur des chan- voulant mourir avec courage, se fit répéter, pendant son agonie,

sons nouvelles, traittans partie de l'amour, partie de la guerre, la Défaicte des Suisses, « Quand l'heure de sa fin fut venue, elle

selon les occurences du temps présent, composée sur chants mo- fit appeler son valet Julien... Gelui-cy, entre autres talens, jouoit

dernes fort récréatifs. Lyon, 15S6. — Le rosier des chansons parfaitement du violon : u Julien, luy dit-elle alors, prenez votre

nouvelles, tant de l'amour que de la guerre, contenant la plus- » violon et sonnés moy toujours, jusqu'à ce que vous me voyiez

part des heureuses victoires obtenues en Auvergne et ailleurs. » morte, car je m'y en vais, la Deffaite des Suisses. Et quand vous

Lyon, 1580, ln-16. — Ainsi, comme on le voit, les chansons » serez sur le mol: Tout e5« perdu, «(probablement ces mots du texte

d'amour étaient toujours mêlées aux chansons de guerre. Que original: £«campetou(e /redore, dont mademoiselle de Limeuil ren-

céla peînt bien le caractère français 1 dalt le sens en français « sonnez-le par quatre ou cinq fois le plus

(I) CNi îa Bataille ou défaite des Suisses, comme eHe est » piteusement que vous pourrez. » Ce que fit Julien, et elle-même

désignée «Rieurs. Celte chanson se trouve dans plusieurs luy aidoit de la voix ; et quand ce vint Tout est perdu, elle réitéra édMim des œuvres de Jannequhi imprimées sous différents Utres, par deux fois, et, se retournant de l'autre coustés du chevet, elle dit

\ Le difficile des chansons, premier livre conte- à ses compagnes : Tout est perdu à ce coup. Et à bon escient, car

«nt ffngt-deux ciiansons nouvelles à quatre parties, en quatre elle décéda h l'instant. » La même anecdote a été racontée par

iifres de la facture et composition de maistre Clément Jenneqdn. Brantôme. Cette mademoiselle de Limeuil était la sœur de la belle

Lyon, Jacques Moderne, petit ia-lC oblong, sans date. Elle forme de Limeuil, qui fut la maltiresse du prince de Gondé.

victoire qu'il avoit eue sur les Suisses ^ il n'y avoit celuy qui ne regardast si son espée lenoit an

fourreau, et qui ne se haussast sur les orteils pour se rendre plus brâgard et de la riche taille (1). 3>

Le texte de celte chanson n'a pourtant d'autre roérite que d^offrir un tableau assez animé de la

défeite des Suisses, au moyen d'un assemblage bizarre d'onomatopées, joint à une imitation plaisante

du langage des vaincus. On le peut considérer comme un des plus anciens modèles de ces chansons

comiques baragouinées qui plaisent tant aujourd'hui, et dont la Leçon de valse du petit Françoisj par

Âmédée de Beauplan, est un des exemples les plus récents et les plus heureux dans le style militaire

et grivois. Voici les paroles de la chanson de la Guerre :

Pon, pon, pon, pon, pon, pon, Masse, masse, ducque, ducque, lala, iala, Lalala, lalala, lalala, lalala.

£scoutez, escoutez Tous, gentils Gallois, La victoire du noble roy Françoys, Du noble roy Françoys; Et orrez (si bien escoutez)

Des coups ruez De tous coslez, de tous costez , Des coups ruez de tous costez.

Soufflez, jouez, soufflez tousjours, Tornez, virez, faicles voz tours, Phifrez, soufflez, frapez tabours, Soufflez, jouez, fra|:és tousjours, Tornez, virez, faicles voz toui-s, Phifrez, soufflez, frapez tabours. Soufflez, jouez, soufflez tousjours.

Tonnez, tonnez, bruyez, tonnez, .

Gros courtault et faulcons, Pour resjouyr les compaignons, Pour resjouyr les compaignons, Les com, les com, les compaignons.

Von, von, von, von, Von, von, von, von, Paripatoc, von, von, von, von, von, von, Paripatoc, von, von, von, von, von, von.

Farira, rira, rara, laie, Farira» rira, lala, lala, laie.

Tarira, rira, lala, lala, laie, Lalala, lalala, lalala, lalale,

Au fan feyne Frerelelan, fanfan, feine Frerelan, fan.

Frère le lan fan feine fan (2) I

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