‹ Les chants de l'Église latineChapitre 3 sur 78 · LES · texte numérisé non relu

LES

CLASSIFICATION DES CHANTS

Les trailés de musique ecclésiastique rangent les chants de l’Église sous trois chefs : le chant orlhophône, le plainchant et le chant musical.

I. Le chant est dit ortiiopiione lorsque toutes les notes d’un air s’écrivent sur la même ligne, de sorte que l’air entier se compose d’une seule note, répétée à chaque syllabe du verset pendant toute la durée du morceau. Cette manière de chanter est désignée en latin par les mots recto tono, qui ont le même sens que le mot grec « orthophône ». C'est moins un chant qu’une sorte de récit, dans lequel toutes les notes ont la même durée. Cette égalité entraîne avec elle deux défauts majeurs, la suppression de l’accent tonique dans les mots, et celle de la quantité des syllabes; un morceau prononcé sur une note toujours la même est à peu près inintelligible.

Les offices n’offrent qu’un assez petit nombre de morceaux soumis à cette simplicité psalmodique. On peut citer le chant Cum invocarem, qui se débite sur le sol d’un bout à l’autre,

sans aucune inflexion de la voix. Néanmoins, à Paris, il se débile sur l 'ut et les trois dernières notes sont la si si. Les Capitules et les Oremus sont généralement dans ce cas; mais dans beaucoup d’églises on allonge la dernière et plus souvent l’avant-dernière syllabe, comme pour annoncer la fin du morceau.

On peut penser que ce récit monotone fut seul en usage dans l’Église d’Alexandrie. C’est du moins ce qu’il est permis de conclure d’un passage de saint Augustin ( Conf.,x , 33), où il est dit que dans cette ville on récitait plutôt qu’on ne chantait.

Les Versets sont orthopliônes, mais distinguent deux durées dans les syllabes, la longue et la brève. En outre, il y a deux sortes de versets, les grands et les petits. Dans ceux-ci la voix, en atteignant la dernière syllabe, descend d’une tierce mineure, sans note intermédiaire. A celte classe peuvent se rattacher l ’Adjutorium nostrum qui se débite sur le sol et tombe sur le mi; — le De profundis de l'office des morts ,ut continu tombant sur le la; — YAttollite portas du dimanche des Rameaux qui est un fa perpétuel tombant sur le ré. Les paroles de ce dernier chant sont tirées du psaume 23. Dans les grands versets, cette finale mineure est remplacée par un neume : ce mol, tiré du grec pneuma, souffle, désigne aujourd’hui une vocalise sans paroles, qui termine une phrase chantée. On a prétendu que cette vocalise s’exécute surl’edu Kyrie et sur l’a de l’Alléluia exclusivement; c’est une erreur; le neume se rencontre aussi bien sur toute autre syllabe, ou plutôt il est dépourvu de toute syllabe parlée et pourrait être exécuté par un instrument. Les Latins le nommaient jubilum, c’est-à-dire expression de la joie; mais ce mot est impropre,

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car il y a des neumes à la suile de morceaux exprimant la tristesse ; on en trouvera dans l’oftice des morts. Peut-être le mot jubilum, en musique, signifiait-il ad libitum.

Les leçons ou lectures appartiennent au style orthophône; mais à la fin la voix tombe sur la quinte descendante. 11 faut ajouter que plusieurs leçons, par exemple celles des Lamentations de Jérémie, le samedi saint, échappent à cette règle et offrent une sorte de chant à la manière des psaumes. Au contraire, l’épître et l’évangile se disent recto tono et n’admettent une inflexion de la voix qu’avant les points d’interrogation ou d’exclamation et à l’annonce.

Les Psaumes se chantent sur une seule note, plus ou moins élevée dans le gamme, note qui constitue la teneur du chant. Chaque verset de psaume se compose de deux hémistiches, dont la fin admet une inflexion de la voix; l’inflexion du premier hémistiche est appelée médiation, parce qu’elle se trouve au milieu du verset; celle du second est la terminaison , parce qu’elle se trouve à la fin. La terminaison est indiquée en tête de chaque psaume par des notes placées sur les letlres e u o u a e, ou sur les lettres i iuia o. Ces lettres, où l’on a voulu voir une sorte de mystère, sont simplement les voyelles des mots seculorum amen et Spiritui sancto, pris pour types des terminaisons.

Outre ces deux inflexions de la voix, les psaumes sont soumis, mais non toujours ni partout, à ïintonation . Celleci, qui porte ordinairement sur le premier hémistiche en totalité ou en partie, est exécutée par l’officiant; elle se termine par une ou deux notes longues placées avant la dernière note de la phrase musicale et figurées par des carrés doubles. Ces notes longues, intercalées, donnent aux intonations une

grande monotonie ; elles ont le défaut de constituer une véritable finale dès la première phrase du morceau et de tronquer l’air au moment meme où il commence. On peut se convaincre, avec un peu d’attention, que ces longues ne faisaient pas partie du chant quand il fut composé et qu’elles ont été intercalées dans la suite des temps, quand on a partagé le chant entre le prêtre et le chœur ou entre les chantres et les fidèles. Les théoriciens ont appelé diaptose ou chute la finale contenant une seule longue eipériéïèse ou circonvolution la finale qui en contient deux.

Tel est l’usage le plus ordinairement suivi par les catholiques dans les psalmodies. Mais cet usage n’est point universel; beaucoup d’églises ont des psalmodies qui leur sont propres. J’ai constaté de nombreuses dissidences sur ce point; je n’en citerai qu’une seule, comme exemple. Dans la vieille église de Saint-Waast-la-Hougue, j’ai entendu chanter à deux chœurs le psaume In exitu Isi'ael et le Magnificat; les fidèles, partagés en deux groupes par l’allée du milieu, chantaient alternativement sur les deux modes que voici :

1 er Chœur.

Dc-po-su-it po-ten-tes de se-de et ex-al-

ta-vit bu-mi - les.

2 e Chœur.

su- ri -en-tes

im-pie - vit bo - nis

CLASSIFICATION DES CHANTS. 5

j 0 ^0 II

b?ta F prtrf fr.

EH

et di- vi- tes di-mi - sit

i- na-nes,

-— p-Il-

i - na - nés.

Un même psaume peut d’ailleurs êlre exécuté sur plusieurs teneurs et avec des indexions différentes aux finales. Tous les livres de plain-chant en offrent de nombreux exemples.

Enfin les chants des psaumes ont subi des variations dans le cours du temps et ne sont plus absolument les mêmes aujourd’hui qu’au xiii' siècle. Des changements analogues et souvent plus profonds se remarquent dans toutes les parties de la musique ecclésiastique, quoique la notation moderne eut dû, semble-t-il, l’en préserver, en fixant les airs une fois pour toutes.Dans l’orthophonie pure,il n’y a pas de changement possible; mais du moment où la voix peut se promener sur les degrés de l’échelle musicale,il n’y a pas de puissance au monde qui soit capable d'empêcher les peuples de suivre leurs inspirations.

Dans la liturgie certaines places sontassignées aux psaumes, aux cantiques analogues aux psaumes ou à des versets.

Ainsi, dans l’usage moderne, l’introït est suivi d’un verset de psaume. En ce cas, le chant du verset s’accommode souvent à celui du morceau auquel il est joint et en est pour ainsi dire un complément. De là, dans le chant orthophône un élément de variété, d’où l’on a su quelquefois tirer de beaux effets. Citons pour exemple le verset de psaume Exsurgat Deus , qui fait suite au bel introït de l’Ascension. Le chant de ce verset n’est plus la monotone psalmodie ordinaire ; il a du mouvement, une sorte de rythme et de mesure, et son ensemble respire un véritable enthousiasme. C’est le passage de la psalmodie à la musique.

Le genre orthophône parait fort ancien dans la musique!

religieuse. La musique de plusieurs psaumes fut composée par l’Égyptien Népos au 111 e siècle après Jésus-Christ. On chantait des psalmodies dans la primitive Église. On en chantait dans les réunions desEsséniens et des Thérapeutes. A la cène, Jésus a chanté en hébreu le psaume In exitu Israël , selon T usage de Jérusalem. Les psaumes qui nous sont parvenus comme l’œuvre ou sous le nom de David étaient psalmodiés par les Juifs longtemps avant l’ère chrétienne. Il faut donc voir dans ces chants plus ou moins uniformes, adoptés par les chrétiens, un écho lointain de la musique orientale et particulièrement de la musique sacrée des Sémites. Toutefois, en devenant grecs, puis latins, ces chants ont subi l’influence des peuples occidentaux, dont la manière de penser était si différente de celle des Juifs. Beaucoup de psaumes sont devenus peu à peu mélodiques; tel est le Super flumina,\ei qu’il est chanté dans plusieurs églises de la Normandie.

Su-per flu-mi- na Ba-by- lo-nis

flen- tes se - di- mus.

— 1- .iL ii!

dum re- cor-da - re- mur Si - on.

On pourrait citer une foule d’exemples analogues pris dans les livres de chant de tous les diocèses catholiques.

L’Église latine et les autres Églises chrétiennes firent plus. Elles puisèrent dans les psaumes, comme dans les autres livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, des textes pour des chants tout à fait étrangers aux Sémites et même à la grande Asie. Ce sont ces airs, composés sur des modes grecs

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ou sur des gammes dérivées des modes grecs, qui forment la deuxième catégorie des chants ecclésiastiques, celle que l’on désigne particulièrement par les mots plain-chant.

II. Le plain-chant proprement dit comprend la plupart des morceaux chantés dans les différents offices. Ces morceaux peuvent être répartis en cinq catégories : les antiennes, les répons, les introït, les graduels et les offertoires.

1° Les antiennes sont ordinairement courtes et servent comme d’introduction au chant d’un p;aume ou d’un cantique • tel que le Magnificat.

2° Le répons se chante aux premières Vêpres avant l’hymne, à Complies après l’hymne, etc. On distingue les grands et les petits répons. Le grand répons est composé du répons et de son verset ; le verset est suivi d'un ou de plusieurs mots pris dans le corps du répons et nommé réclame; l’ensemble est suivi du Gloria Patri, après lequel on dit encore une réclame. Voyez, pour exemple, le répons Angélus Domini à Matines du dimanche de Pâques. — Le petit répons est bref, tiré d’un seul psaume ; il n’a pas de verset et il se rapproche beaucoup de l’orthophônie.

'i° Il introït se chante au commencement de la messe; il est suivi d’un verset de psaume, après lequel on répète encore l’introït. Autrefois l’introït se chantait pendant que les fidèles, réunis d’abord devant la porte de l’église, y entraient et s’y rangeaient. Le chant avait le caractère d’une marche, caractère qu’il a encore presque toujours. Après cette marche on chantait un psaume entier, puis le Gloria Patri.

4° Le graduel aussi est une marche. Son nom vient du latin gradus et peut signifier les degrés du pupitre de l’épître

sur lesquels ou l’exécutait. Mais, comme de tels degrés n’existent pas toujours, le mot gradus (en grec exprime plus probablement la marche pompeuse du clergé allant de l’épître à l’ambon ou au jubé pour la lecture de l’évangile. Comme le répons, le graduel se compose de deux parties, le graduel proprement dit et le verset. Mais il en diflère en ce que chaque partie est suivie d’un neume. Après l’intonation, qui se termine par une diaptose ou par une périélèse, le chœur chante la suite delà première partie, le verset et le neume final. Mais nous soupçonnons que ce dernier était exécuté par les instruments, ainsi que le neume du milieu, comme cela se pratique si souvent dans la musique moderne. Quoi qu’il en soit, en temps de tristesse, le graduel entier était exécuté par un seul chantre et avec lenteur ; ce mouvement ralenti était exprimé parie mot tractirn , en traînant.

C’est pourquoi le trait est une sorte de graduel qui se rencontre seulement dans certains offices et dont le caractère est généralement plaintif; on en trouvera des exemples dans les offices de la semaine sainte. Il est quelquefois très développé; ainsi, le trait qui suit le graduel de la messe des Rameaux n’a pas moins de trente-cinq ou quarante lignes de musique et neuf cent quatre-vingt-onze notes, en comptant les doubles pour une.

En temps ordinaire le trait est remplacé par XAlléluia. Cette pièce se compose de deux fois alléluia, puis d’un neume, d’un verset et le plus souvent d’un troisième alléluia ou d’un neume. C’est un petit morceau dont l’exécution présente une certaine variété; carie premier alléluia est dit par les chantres adjuteurs, le second par le chœur ainsi que le neume; les chantres disent le verset, dont le chœur prend le dernier

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mot et y ajoute le neume alleluiatique de la lïu. L’alleluia est donc un chant alterné ; celui de la sépulture des Petits-Enfants en est un parfait modèle. Voyez cet exemple ci-après.

5° L 'offertoire, avec la communion , forme la cinquième catégorie du plain-chant. Le mot offertoire rappelle que ce chant s’exécutait pendant l’offrande des fidèles. Il se compose ordinairement de deux parties, séparées par un repos, sans finales longues intercalées, sans neumes, mais avec une intonation au commencement.

La commmion est une antienne qui se chantait pendant la communion du peuple. Elle commence par une intonation et, comme l’offertoire, elle est partagée en deux par un repos. Elle n’a point de neumes ; l’avant-dernière note de chaque partie est le plus souvent allongée pour annoncer la fin. Les communions sont en général plus courtes que les offertoires, les offertoires plus courts que les graduels et que les trails.

0° Comme compris dans le plain-chant, on peut grouper en une sixième catégorie les morceaux que voici :

Le Kyrie qui, après l’introït, est chanté par deux chœurs alternants;

Le Gloria in excelsis, qui est chanté de môme ;

Le Credo , chanté par les deux chœurs réunis, à l’unisson ;

Le Sanctus, précédé de la Préface ; le premier Sanctus est chanté par les choristes; le reste est chanté par tout le chœur.

h'Agnus Dei, répété trois fois et exécuté de la même manière que le Sanctus.

L'Itemissa est, chanté par le prêtre, auquel le chœur répond, sur le même ton, Deo gratias.

Cette sixième catégorie est composée de chants appelés

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chants communs,parce qu’ils se retrouvent généralement dans tous les offices. Mais leur rapprochement est assez artificiel ; car chacun de ces chants a son histoire particulière et tels d’entre eux sont séparés par un intervalle d’un millier d’années. De plus les uns sont en grec (le Kyrie et le Trisagion); les autres sont latins et peuvent même appartenir exclusivement aux églises latines. Les airs sur lesquels on les chante n’ont pas non plus le même caractère ni la même origine. Cette remarque faite, nous admettons que, faute de mieux, on réunisse ces six morceaux dans une même catégorie. Peut-être conviendrait-il d’y ajouter VAlléluia , chant spécial dont l’origine et l’histoire offrent un intérêt particulier.

III. — Le CHANT MUSICAL (c’est le nom qu’on lui donne dans les traités) comprend les hymnes et les proses. On distingue dans les écoles le chant scandé et le chant mesuré; mais celte distinction est superficielle et illusoire.

En effet, les hymnes sont de deux sortes : celles qui reproduisent une strophe antique et celles qui procèdent par vers égaux ou également alternés. Or les auteurs latins n avaient pris dans la poésie lyrique des Grecs que les strophes composées de vers et soumises à la mesure; ils avaient déclaré inimitable la strophe libre et diversement rythmée de Pindare. Les hymnes ou strophes alcaïques ou saphiques ne sont donc pas seulement scandées; elles sont mesurées, encore bien que l’écriture musicale dans laquelle elles nous ont été transmises ne marque pas la mesure. Les hymnes de la seconde espèce ont leurs vers de six, de sept, de huit syllabes, plus ou moins, partagées en pieds. En outre, dans

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celles qui remontent à des époques où la langue latine était encore vivante, on voit que les auteurs ont ordinairement tenu compte de-l’accent et de la quantité. Ces hymnes sont donc soumises à la mesure; mais le rythme strophique y est moins marqué que dans les premières. Les hymnes d'époque barbare ont été faites à l’imitation des anciennes, mais souvent avec maladresse.

Les proses sont en effet de la prose, souvent d’une latinité médiocre, car on n’y a tenu compte le plus souvent ni de la quantité des syllabes, ni de l’accent, ni des règles de la versification, c’est-à-dire des trois éléments essentiels de la poésie latine et de la musique appliquée à des paroles. On peut s’assurer, en ouvrant un livre de chant ecclésiastique, que toutes les proses fourmillent de ces barbarismes, les plus modernes comme les plus anciennes. Ainsi la prose de saint Vincent de Paul, canonisé en 1737, contient des fautes comme celles-ci : templa $ 1 , sinu 1 $, pectus il, mentem finxit%m, etc., quantités de fantaisie, qui sont ail rebours de la vérité. Ces fautes contraires au génie de la langue latine, sont dues précisément à ce que dans les proses les pieds sont très fortement marqués.

Ils ne le sont pourtant pas toujours autant. Ainsi l’air du Lauda Sion, prose du Saint-Sacrement, procède par notes égales; on peut le chanter en marchant, dans la procession; il se compose alors de mesures à deux temps. Cet air, faussement attribué à Thomas d’Aquin, mort en 1274, est réellement d’Adam de Saint-Victor, qui vivait un siècle plus tôt; il avait été fait pour le Laudes crucis . L’égalité des notes dans le Lauda Sion allonge les syllabes brèves ou abrège les syllabes longues et, par conséquent, défigure la langue

latine; le latin de celte prose est au reste du latin scolastique et non littéraire.

On doit en dire autant d’une autre prose également célèbre, le Dies iræ. Ce chant, composé par Thomas de Cclano qui mourut en 1225, ne fut admis dans la liturgie qu’au xiv” siècle. Il procède par notes égales, et non suivant la prosodie ; il ne peut pas être scandé, mais il peut être soumis à une mesure à deux temps ou à un battement régulier, dans lequel chaque syllabe ou plutôt chaque note est frappée; c’est encore une mesure, mais réduite à son plus simple élément. Le Dies iræ doit sa popularité à la circonstance où on l’exécute, aux pensées tragiques qu’il exprime et au mode hypodorien dans lequel il est composé.

Le Stabat Mater, comme on le chante aujourd’hui, a les mêmes caractères, les mêmes qualités et les mêmes défauts que le Dies iræ. On n’y tient compte d’aucune loi prosodique; léchant est d’un rythme uniforme et la mesure n’y est marquée que par un battement régulier. C’est une psalmodie dans le mode majeur, mode peu propre à exprimer les sentiments douloureux nés de la situation. Mais le tableau de la Mère au .pied de la croix a quelque chose de grand et de simple qui se retrouve dans la cantilène du Stabat. C’est ce qui a fait la fortune de cette prose*.

Dans les temps modernes, les musiciens travaillant pour l’Église lui ont fourni une abondance de chants nouveaux

* Il n’est pas impossible de soumettre le Stabat à la mesure à trois temps, généralement suivie dans les proses. Son auteur a dû le concevoir de la sorte, car, dans un manuscrit du xm‘ siècle, les temps forts, et par conséquent les accents, y sont indiqués par des notes doubles. Ce fait est fort important pour l'histoire.

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dont nous n’avons pas à parler ici. On en a composé dans toutes les catégories précédemment énumérées. Celles qui se sont le moins accrues ont été la catégorie des antiennes et celles des autres espèces du plain-chant proprement dit. Mais on s’est exercé sur chacun des chants communs, même Vite missa est . On a fait des messes entières, les unes en une sorte de plain-chant abâtardi, comme les cinq messes de Dumont; les autres en musique moderne, avec toutes les modulations et les ressources de l’harmonie. On a composé aussi des chants spéciaux, tels que le Borate cœli et VAttende, r Adeste fideles , le Parce Domine , le Cor Jesu sacra tissimum , des morceaux qualifiés antiennes et qui sont plutôt des cantiques, tels que Y Ave verum , Y O sacrum convivium , YInviolata , Y O salutaris. Je ne parle que des morceaux qui font désormais partie des offices et non des magnifiques compositions d’Allegri, de Palestrina, de Marcello et d’autres grands musiciens, dont les œuvres ne font point partie des offices et ne sont exécutées dans les églises que occasionnellement. A plus forte raison n’ai-je rien à dire des airs de romance, d’opéra ou de chansons vulgaires, appliqués à des paroles religieuses, plus ou moins banales; ce dernier fait montre dans quel oubli du génie de l'Église étaient tombés les compositeursMe musique religieuse avant ces dernières années.

IV. — Composition des offices. Les espèces de chants qui viennent d’ètre énumérées sont réparties dans les offices qui composent le rite annuel de l’Église latine. Voici, en général, quelle est la composition d’un office :

I re ‘Vêpres. — 5 antiennes avec psaumes, 1 capitule non

chanté, 1 répons, 1 hymne, 1 magnificat, 1 complies avec antienne.

La messe. — 1 introït, avec verset, 1 collecte non chantée, 1 lecture (épîtrej, 1 graduel, 1 alléluia, 1 évangile, 1 offertoire, 1 communion, 1 post-communion non chantée.

IpD es v £p reSï — 5 antiennes avec psaumes, 1 capitule non chanté, 1 hymne, 1 magnificat, 1 antienne, 1 complies.

A ces morceaux il faut ajouter le Gloria, le Credo, l’Agnus Dei, la Préface, le Sanctus et un certain nombre de parties récitées, qu’il est inutile d’énumérer ici.

Parmi les nombreux offices, on n’en trouvera pas un seul dont toutes les parties soient contemporaines. Les plus anciens contiennent des chants modernes;, les plus modernes contiennent des chants anciens. Plusieurs, tels que l’office du Saint-Sacrement et celui de la Trinité, ont un caractère d’unité plus apparent que la plupart desaulrcs ; il en est de môme d’offices très modernes, comme ceux de saint Vincent de Paul, de saint François-Xavier, et d’autres saints récemment canonisés. Mais ceux-là même sont en majeure partie composés de fragments plus anciens, réunis par une sorte de ciment moderne.

En général les offices ne sont pas venus en usage tout formés comme ces derniers. Ils ont été d’abord très courts et composés d’un petit nombre d’éléments, entre lesquels d’autres pièces ont été successivement intercalées. Ce travail d’intercalation s’est continué pour chaque office jusqu’au jour où il s’est trouvé établi dans sa plénitude suivant un type admis. Ainsi la fête de la Transfiguration est spécifiée dans les Actes du deuxième concile de Nicée, au iv e siècle. Elle est remémorée dans le 94 e discours de saint Léon au milieu

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du v e , dans Jean de Damas au vm e . La plupart des parties chantées sont dans les plus anciens antiphonaircs. Mais l’oftice spécial ne fut établi qu’au milieu du xv° siècle, par Calixte III. De même les parties de plain-chant dans la fête de l 'Immaculée Conception de la Sainte Vierge sont généralement anciennes ; plusieurs d’entre elles peuvent remonter aux premiers temps de l’ère chrétienne. Mais l’oftice a été composé au xiv* siècle par Gerson et confirmé dans le siècle suivant par le concile de Bêle. L’offlcc de Saint-Joseph est du même auteur, quoique ce saint fût honoré longtemps auparavant. L’usage des litanies simples paraît fort ancien ; car il est signalé dans saint Chrysostome, saint Cyprien et saint Augustin. Mais c’est saint Grégoire qui, sur la fin du vi e siècle, a institué la Litanie septi/orme, devenue enfin les Rotations. Voici l’indication, de l’établissement ou de la première apparition probable de quelques fêtes :

I er siècle.

— Commémoration des morts.

II e —

Noël.

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