‹ Les chants de l'Église latineChapitre 6 sur 78 · II- lu- mi - na o-cu-los me-os, ne unquamob · texte numérisé non relu

II- lu- mi - na o-cu-los me-os, ne unquamob

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dôr- mi - am in mor-to!

L’analyse précédente porte sur un morceau simple et court, dont la musique est presque syllabique. La môme méthode peut s’appliquer à tout le plain-chant, môme à des morceaux composés longtemps après l’époque du pape Grégoire I er . 11 faut seulement s’assurer d’abord, ce qui est très facile, que ces morceaux sont bien du plain-chant proprement dit et non des psalmodies comme le Dies iræ; car on ferait une œuvre parfaitement ridicule, si l’on soumettait à la mesure, au rythme, à la prosodie, c’est-à-dire aux lois de la musique savante, des cantilènes où l’on n’a tenu compte ni de la quantité ni de l’accent. Le Te Deum, quoique plus ancien, parait avoir été composé de cette manière. La plupart des Credo et des Gloria in excelsis rentrent dans cette môme classe et n’admettent guère la prosodie; quelques-uns pourtant semblent y pouvoir être ramenés; par exemple le Gloria des dimanches et semi-doubles, qui est à deux chœurs,

chantant alternativement en — et en -. Le Salve Regina de

Hermann Contractus (Vcringhen) est en plain-chant, quoiqu’il ait été composé en 1040, au moins 440 ans après la réforme grégorienne. Chanté avec des notes égales, comme il

l’est le plus souvent, il ressemble à tous les autres chants d’église; ramené au rythme que son auteur lui avait certainement donné, c’est un morceau de musique plein d’entrain et d’originalité.

IL Nous devons dire comment la méthode prosodique permet de reconstituer avec probabilité, sinon toujours avec certitude, des morceaux plus compliqués que l’ Illumina.

En règle générale, la première inspection d’une pièce quelconque, telle qu’un graduel, montre des groupes de notes affectées à certaines syllabes. En bonne prosodie, une syllabe répond à un temps ou, si elle est plus ou moins brève, à une portion de temps. On est ainsi porté à croire que les groupes représentent des temps complets, si la syllabe est longue ou si elle a la valeur d’une longue à cause de l’accent. Un groupe de deux notes devra être figuré par deux croches, un groupe de quatre notes par quatre doubles-croches. Les groupes de trois notes, s’ils forment en quelque sorte la teneur du morceau par leur fréquence, indiqueront une mesure à trois temps ou une mesure de 6[8. Mais ces suppositions ne deviendront probables et ne feront place à la certitude, que si les lois prosodiques de la quantité et de l’accent sont observées. On doit essayer une première distribution des notes d’après l’hypothèse fournie par leur groupement dans les livres. Si cet essai produit des violations de la prosodie, il faut en faire un autre. En effet deux notes sur une même syllabe peuvent être égales ou inégales, telles que ou ou ; de même pour un groupe de trois ou de quatre notes.

On devra donc se guider avant tout sur les chutes, c’est-àdire sur les syllabes accentuées et importantes, qui marquent les temps forts. On tracera des barres de mesure avant ces

RESTITUTION DES CHANTS

syllabes et l’on aura ainsi une première division de tout, le morceau. Prenons pour exemple la phrase du Cantique des cantiques : sicut lilium inter spinas, sic arnica mea inter filias. Elle devra être ainsi partagée par la seule vertu des accents : sicut lilium inter spinas, sica mica méa inter filias. On voit que, tous les mots étant courts et la plupart dissyllabiques, la division en mesures est facile. La phrase suivante est moins simple: chorus angelorum te suscipiat; elle est coupée ainsi par l’accent : chûrus ange lôrum tésus cipiat. Par cette analyse on a, en quelque sorte, la charpente de la mélodie.

Les syllabes très brèves, terminant presque toujours un temps, donneront un indice complémentaire et confirmatif de cette première division.

Les subdivisions seront fournies par les groupes de notes; et l’on reconnaîtra très vite si le morceau était à 2 ou à 3 temps, en 2[4 ou en 6(8, ou dans toute autre mesure. Le rythme, qui est la distribution des longues et des brèves dans les temps des mesures et qui, lui aussi, est basé sur 1 accentuation, ne tardera pas à se montrer. Dès lors la valeur relative de toutes les notes du morceau et leur distribution dans les mesures seront fixées. On exécutera, soit avec la voix, soit avec un instrument, et l’oreille rectifiera les erreurs de détail qui auraient pu se glisser inaperçues, mais seulement celles-là.

Telle est la méthode, applicable à tout le plain-chant, c’està-dire à tous les airs compris dans la seconde catégorie.

On est aidé dans son emploi par une circonstance particulière. Certains morceaux sont des marches; par conséquent ils ne sont pas à trois temps et leur mouvement doit être tel, que les temps marquent le pas d’une personne qui s’avance.

Tels sont les graduels: ils s’exécutaient pendant la marche solennelle et cadencée du clergé allant de l’épître au jubé ou à l’ambon pour la lecture de l’évangile. Tels sont aussi les introït, ou du moins beaucoup d’entre eux, qui s’exécutaient durant l’entrée des lidèles. Plusieurs autres morceaux sont aussi des marches et doivent présenter les caractères essentiels d’une marche. C’est certainement une facilité de plus pour la restitution de l’ancienne musique. Je dois pourtant dire que les introït et plus encore les graduels sont parmi les morceaux dont la restitution est la moins aisée, à cause du grand nombre de notes dont ils sont chargés. Ces notes, à moins d’ètre d’une rapidité que les voix ordinaires ce comportent pas, devront être partagées en groupes et réparties dans plusieurs mesures.

C’est cette accumulation de notes sur une syllabe qui avait jusqu'à présent fait obstacle à la restitution des anciens airs. On ne savait ni quelle valeur donner à chacune d’elles, ni comment les distribuer entre les mesures. La commission de Reims et de Cambrai prouva que ces séries de notes étaient partagées en groupes ; mais elle ne pouvait remonter au delà du xm e siècle. Les douze cents ans écoulés restaient dans l'obscurité. L’application d’une méthode régulière permet de percer ces ténèbres; dans les pages qui suivent on va les voir se dissiper entièrement.

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