‹ Les chants de l'Église latineChapitre 8 sur 78 · II. — Restitution des chants fleuris · texte numérisé non relu

II. — Restitution des chants fleuris

Nous arrivons au plain-chant fleuri, comprenant, comme nous l’avons vu, les répons, les introïts, les graduels, les traits, les alléluias, les offertoires et les communions .

Un air fleuri diffère souvent d’un manuscrit ou d’une édition à une autre. Ces divergences avaient été depuis long-

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temps signalées, quand elles suscitèrent les travaux de la commission de Reims et de Cambrai. Les choix faits par elle ont été judicieux et ont eu pour premier résultat de ramener les chants fleuris à des formes plus simples, plus anciennes et plus vraies, par l'élimination d’une quantité de notes surajoutées. Toutefois les rythmes du xm c siècle, adoptés par elle, demandent une étude spéciale : car tantôt ils coïncident avec ceux que fournit la méthode naturelle, tantôt ils s’en écartent et violent visiblement la prosodie. Tour les chants qui ne remontent qu'au moyen âge, ces violations n’ont rien d’étonnant; mais elles n’ont pas du être commises par les musiciens antérieurs à saint Grégoire, puisqu’ils parlaient la langue latine. En outre la note à queue et la note carrée ne semblent pas avoir eu une valeur constante : ainsi, la Dote à queue, associée à une autre qui la précède ou la suit, paraît avoir formé un groupe dont la signification nous échappe, mais peut être découverte par la méthode prosodique. Il faut donc compléter les données des livres par l’application de l’analyse.

Ce qui caractérise les chants fleuris, c’est la présence de fioritures oamélismes. Un mélisme est un groupe de notes montantes, ou descendantes, ou formant une sorte d'ondulation. Ce groupe s’intercale entre les notes essentielles d'un air et se lie avec elles par ses deux extrémités de manière à faire partie intégrante du chant. Aux deux points d'attache on remarque assez souvent une altération de la note essentielle, qui s’abrège pour faire corps avec le mélisme ; mais les autres notes du thème restent sans changement.

Il faut distinguer les mélismes ou fioritures des notes d’agrément. Celles-ci ne comptent pas dans la mesure; et, si

elles sont très nombreuses (comme celles du Sctlam dans le Désert , de Félicien David), elles suspendent le battement de la mesure pendant la durée de leur exécution. Les notes du méiisme comptent dans la mesure ; elles peuvent avoir des durées différentes et donner lieu à des temps ou à des parties de temps ; elles peuvent être assez nombreuses pour s’étendre sur plus d’une mesure. Mais elles sont toujours intercalées et ne terminent jamais un air. C’est en cela que les mélismes diffèrent des neumes ; on peut s’en assurer en lisant un graduel quelconque; on y verra que la phrase musicale est finie avant le neume et que celui-ci commence sur la dernière note de la phrase ou même après cette note. Le neume n’intéresse pas la structure de l’air ; c’est une addition à l’air, addition qui serait avantageusement exécutée par un instrument. Il en est de même du mot alléluia ajouté à un grand nombre d’antiennes.

L’usage des mélismes a passé des chants d’église dans les chants profanes et la musique moderne. L’andante sur la grenouille dans YIsraël de Haendel, le duo n° 22 du même ; les airs 12, 19, 36, 39, 57, etc., de la Passion de S. Bach; le Requiem de Mozart, sur les mots dona eis f en oflrent des exemples très développés. Des compositeurs encore plus modernes en ont également fait usage. Rossini, Meyerbeer, en ont mis dans leurs opéras. Il y en a un célèbre dans l’air Chant de nos montagnes du Chalet . On peut dire que le mélisme a pour ainsi dire passé dans les mœurs de la musique depuis les premiers siècles de l’ère chrétienne et qu’il ne l’a plus quittée. Les modernes en ont usé et abusé, pour faire valoir la flexibilité de voix des chanteurs et des cantatrices. Les auteurs du plain-chant ont fait de même, et c’est

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vraisemblablement contre l’abus du mélisme que fut dirigée la réforme tentée par le pape Gélase à la tin du cinquième siècle.

Les raélismes du plain-chant fleuri reviennent toujours les mêmes. Il y en a une trentaine dont voici les principaux :

Es - ca.

Mag- na.

San- cto.

Iluncmun- dum. De-

Mul-

ti. Ha- ben- tem. Do-

mi-num.

Do- mi- nus.

Do- mi- ne. Do- mi-no.

Ve-

nit.

Nu-

bi- bus.

Me-

Ad-o- ra -

te.

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