‹ Les chants de la montagneChapitre 13 sur 60 · CONSOLATION · texte numérisé non relu

CONSOLATION

(a un musicien )

La fleur aspire au ciel , oh ! les fleurs sont sacrées ! I^ur calice est trempé des larmes de Tazur , £t quand leur encens monte aux plaines éthérées Il semble s'envoler vers un séjour plus pur.

L'amant dans son délire en couvre sa maitresse ; Le peuple les répand sur les pas du vainqueur ; Sur le tombeau désert que la foule délaisse Vient un dernier ami pour semer ime fleur.

Oui , nous les prodiguons à la beauté suprême, A ce qui nous remplit de joie et de splendeur, A ce qui nous grandit et nous fait dire : j'aime ! A la grâce divine, à la force du cœur.

Le croyant les dépose en gerbes odorantes

Aux pieds sanglants du Christ, dans la paix du saint lieu.

Qu'elles tombent aussi fraîches et consolantes

Pour Tartiste pensif qui travaille pour Dieu.

Ainsi dans ta retraite oà régne la tristesse Nous t'apportons des fleurs à toi, songeur aimé ; Nous voulons en bénir ton austère jeunesse, Ajouter à ta gloire un parfum d'amitié.

Sois Pinspiré fervent de la musique sainte !

La Muse au sein de feu t'a pfessé dans ses bras. Frémissante d'amour ; et de sa douce étreinte T'a fait un mal divin dont on ne guériç pas.

Tu souflfreSj tu pâlis, tu doutes de toi-même, - Comme un coursier blessé ton courage s'abat.

Et tu sens défaillir en toi la voix suprême Qui lorsque tout se tait nous rappelle au combat.

Tu te dis: O travail, solitude profonde!

Aucun rayon ne luit sur mes jours ignorés ; Et peut-être bientôt m*en irai-je du monde Emportant dans ma nuit les chants que j'ai rêvés.

Amants de l'Harmonie, il vous faut le martyre! La misère, l'insulte, et la honte, et l'oubli Ne sont pas trop de maux pour celui qui respire ' L'air pur de l'Idéal d'un cœur inassouvi.

Va, que le feu sacré te creuse et t'inquiète , Si tu veux être grand il te faudra souffrir ; Nous venons te le dire et te faire une fête Du destin qui te voue au consumant désir!

Ne la connais-tu pas cette fête éternelle Que l'artiste en souffrant donne au monde joyeux? Ces pleurs mélodieux dont son âme ruisselle Pour les pauvres humains sont un baume des cieux.

La musique ici-bas est la consolatrice

Qui ferme leur blessure à des milliers de cœurs;

Ose donc te mêler à ce grand sacrifice,

Et si tu dois tomber ce sera sous des fleurs.

Si même tu devais ne lutter qu'en silence Et dans Pisolement sentir ton front blêmir , Si tes veilles d'artiste étaient sans espéraaoeL, Garde ta foi , ta force et ru dans Tavenir.

C'est là qu'il est pour toi des sœurs et des amantes En qui tes chants ailés un jour retentiront , Que ton souffle de terre emportera brûlantes , Et si tu meurs , sois fier, car elles t'aimeront I

IDEALISME

Que le présent est vide et combien peu je l'aime î Ses brillantes couleurs pour moi sont ^aas aœ*ait ; Car pour Tardent soagpar le paradis lui-même Wi faTaix deranc lui bientôt se flétrirait.

L'avenir, l'inconnu, quel foyer de lumière, Quelle aurore éternelle à notre œil ébloui!

Le présent c'est le jour , superbe , épanoui , Mais ses flèches de feu détruisent le mystère.

Le passé se revêc comme iin soleil couchant

De flocons orangés, de fleurs violacées ,

De nuages éclos sous le ciel éclatant

Qui sur leurs ailes d'or balancent nos pensées.

Splendeurs du souvenir, qui ne vous connaît pas?

Et voilà les seuls dieux qui dirigent nos pas.

Nous sommes ces grands fous qu'un vain espoir enivre;

Nous gaspillons la vie en songes superflus ;

Nous ne savons chanter, aimer, souflFrir et vivre

Que pour ce qui va naître et pour ce qui n'est plus.

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