CHATEAU PERDU
Oh! dis, serait-ce un songe Oà mon regard se plonge, Serait-ce un souvenir?
O château de ma mère, Montagne solitaire , Séjour de mon désir !
Haute était la montagne, Au loin sur la campagne
EN FLAINE. 59
Régnaient^ les fiéres tours, Et la forêt ombreuse Comme une mer houleuse Bruissait aux alentours.
Partout de vertes cimes , Partout de bleus abîmes Où grondait le torrent; Là-bas tout était libre, L'oiseau, la voix qui vibre Et le chasseur errant.
La vendangeuse blonde, La belle vagabonde.
Chantait aux profondeurs , La fillette légère Courait sur la bruyère La chevelure en fleurs.
Mille éclatants ramages Au fond des bois sauvages M'entraînaient le matin.
Par les taillis humides , Les frondaisons splendides, \'ers le riant lointain.
do LES CHANTS DE LA MONTAGNE.
Bouvreuil guidait ma course Jusqu'à la claire source Qui rêve au fond du val, Où Ton voit qui se penche La fée en robe blanche Sur le mouvant cristal.
A ses divins murmures, Au souffle des ramures J'ai sommeillé souvent.
O voix mystérieuse !...
La femme radieuse Murmurait : Chante, enfant !
Sous la forêt sévère.
Vers le manoir austère Je revenais songeur; Et mainte mélodie, Etrange et douce amie.
Me tressaillait au cœur.
Mais dans la salle sombre Près d'un pilier dans Tombrc
EN PLAINE 6x
Dormait la harpe d'or.
Ma mère, à la vesprée , Chantait. •• sa harpe aimée Vibrait d'amour alors !
£t sur les brunes landes, Héros, dieux et légendes Passaient aux feux du soir Rois, pâles fiancées Qu'emportaient les nuées Me disaient : Au revoir !
— Mais, las I morte est ma mère. .
Donjon, montagne altière,
Tout s'est évanoui.
J'en cherche en vain la trace,
La vision s'efface
A mon œil ébloui...
C'est dans la morne plaine Que mon désir se traîne, Que je languis pensif.
Aux horizons sublimes ,
Nagent les paies cimes, — Et moi je suis captif.
Oh ! dis, serait-ce un songe Où mon regard se plonge, Serait-ce un souvenir?
O château de ma mère.
Montagne solitaire, Séjour de mon désir !