EN FORET
Ils régnent fiers et grands dans la montagne austère Les vieux sapins géants qui croissent en forêt; Marche et pénétre au cœur de leur noir sanctuaire Et l'arbre sombre et fort te dira son secret.
Là sous le dais d'un ciel splendide et pacifique
Se prolongent sans fin leurs verts arceaux ombreux,
Le soleil joue en paix dans leur couronne antique
Et frappe en flèches d'or leurs fûts blancs, vigoureux.
Salut, rois invaincus des hauteurs virginales ! Oui, la jeunesse en vous circule par torrents, Vous aimez vous sentir frissonner aux grands hâles Quand sous vos rameaux verts fermente le printemps.
Non, vous ne croissez pas dans les ravins vulgaires, Dans les riches vallons, sur les gazons soyeux ; Dans le désert sauvage, où pleurent les bruyères, Vos faîtes vont humer l'azur foncé des cieux,
Vous couronnez ces monts de votre mâle souche Et point de pics si hauts, de rocs assez ingrats. Où debout sur l'abîme et sous un ciel farouche A tous les quatre vents vous n'ouvriez vos bras.
Et lorsque L'un de vous, seul, roidi sur sa roche Tombe aux coups de l'orage, il tombe le front haut^ Il tombe comme un preux sans peur et sans reproche Et des gerbes de fleurs lui font un gai tombeau»
Comme un roi dans sa pourpre il dort couché dans l'herbe, Il dort calme et puissant de son dernier sommeil j Il a dans sa forêt poussé libre et superbe, Il a vécu cent ans d'air vierge et de soleil.