TE SOUVIENT-IL
Te souvient-il du kiosque où les lilas fleurissent, Où les brises d'Avril sous la vigne frémissent, Où le bonheur habite, où le souci s'endort ?
Je t'y vois seule assise — et nous causons encor, Tes grands yeux confiants au tranquille sourire Epanouis sur moi, qu'ont-ils donc à me dire ?
T'en souvient-il encor?
C'est là que je voudrais, sous l'ombre accoutumée, T'écouter en silence, ô toi, ma bien-aimée !
PAR MONTS ET PAR VAUX. las
Te souvient-il du bois où Theureux merle chante, Où cause le ruisseau qui sous le thym serpente? Par-dessus tu t'élance, et tu prends ton essor!... Chante, chante, ô ruisseau, gai ruisseau chante encor. Les sapins odorants où mille voix résonnent Soutiennent le ciel bleu de leurs vertes colonnes.
T'en souvient-il encor?
C'est là que je voudrais, sous la fraîche ramée. Boire Teau de cristal dans ta main bien-aimée!
Sais-tu le chemin creux de la vieille ruine Et le sentier qui tourne autour de la colline? Le pâtre dans la tour fait son feu de bois mort Et sous sa brume en paix le village s'endort. Dans les murs délabrés la harpe éolienne.
Exhale en longs soupirs sa plainte aérienne.
T'en souvient-il encor?
C'est là que je voudrais, sous la nuit étoilée, Lire en ton cœur vibrant, ma triste bien-aimée !
Te souvient-il de l'âpre escalier sur la roche?
Le lugubre hibou se lève à notre approche.
La forêt s'assombrit — un silence de mort. —
Nous cherchons notre route au son mourant d'un cor.
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Tes beaux yeux inquiets ne voient pas de lumière. Nous voilà donc perdus et seuls sur cette terre.
T'en souvient-il encor?
C'est là que je voudrais, sur ta bouche embaumée, Cueillir ton âme aimante, 6 ma sœur bien-aimée !
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