A UN JUSTE
Toi qui sens battre une âme fière Dans un cœur mâle et fort,
Marche en avant ta vie entière, Ferme jusqu'à la mort.
Sache accomplir tout en silence
Sans lâche vanité,
Et que la claire conscience
Soit ta divinité.
Prodigue aux autres l'allégresse
Dont déborde ton cœur; Mds sois muet dans ta tristesse,
Dévore ta douleur.
Va, laisse l'amère souffrance
Te mûrir, te bronzer, Et n'attends pas la récompense
Pour croire et pour oser.
Laisse la fortune incertaine
Courir vers les heureux.
Chasse toute espérance vaine,
O cœur, sois courageux !
Et lorsque la foule blasphème
Les sentiments sacrés, Laisse-les brûler en toi-même,
Plus purs, plus adorés.
Car ils sont la source infinie
De puissance et de foi ; Et si le monde entier les nie,
Ne sont-ils pas en toi ?
ii8 LES CHANTS DE LA MONTAGNE.
Ils brûleront dans d'autres âmes, Quand tu ne seras plus.
Nourris, attise encor leurs flammes, Point de pleurs superflus.
Achève donc tout en silence.
Songe à PEternité, Car dans ta solitude immense
T'aime la Vérité.