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CHASSE INFERNALE

Nous avions un chasseur terrible, Le comte de la Tour des Ifs :

Francs cavaliers, troupe invincible, Nous coupions fourrés et massifs.

Gai comme l'oiseau sur la branche, J'étais son meilleur écuyer. Un jour — c'était un clair dimanche Nous poursuivions la biche blanche

iS<5 LES CHANTS DE LA MONTAGNE.

Dans un sauvage et noir hallier.

Soudain, sur un chemin qui monte, Paraît la fée aux cheveux d'or.

— Ah i retournons, criai-je au comte,

— Non ! moi j'en ris et je Faffronte !

Il dit, s'élance et tombe mort.

Il est mort, notre ami,

Hallali !

Aux rivages,

Aux feuillages^ Mon triste cor le dit.

Nos fanfares s'éteignent.

Et les chasseurs se plaignent

Dans la nuit.

Hallali ! Hallali !

Qu'entends-je ? Au fond de la vallée.

Dans les bruits vagues du torrent.

Dans la voix des brises mêlée A quelque angélus expirant.

Naissent des sons, rumeur légère Des cris de chasse et des accords.

Semblent sortir de la fougère.

Et dans les bois, avec mystère.

Plonge la fanfare des cors.

Le bruit lointain ondule et gronde,

Chaque cheval a son grelot,

La meute jappe vagabonde,

Les chasseurs, dans la nuit profonde.

Se précipitent au galop.

Ecoutez ! C'est l'ami,

Hallali !

Il se lève

Comme en rêve, Le chasseur endormi.

Le fantôme s'approche, La ravine et la roche

Retentit.

Hallali! Hallali!

A travers la noire ravine Siffle le gai troupeau d'enfer.

Oui-da ! La forêt s'illumine, Et déjà passe le grand cerf.

Ses cornes touchent les feuillages.

Il bondit entre les buissons,

i$8 LES CHANTS DE A MONTAGNE.

Derrière lui, sous les ombrages, Les cavaliers, démons sauvages, Rebondissent sur leurs arçons.

Suivons la troupe triomphale Dans les taillis, dans les massifs.

Ils passent comme la rafale !

Voici, sur sa folle cavale, Le comte de la Tour des Ifs !

A cheval ! c'est l'ami.

Hallali!

C'est la chasse

Qui repasse.

C'est le cor qui rugit.

Que chacun saute en croupe A cheval ! c'est la troupe

Qui s'enfuit, HaUali! Hallali!

En route, en route, il faut les suivre Par-dessus les chemins pierreux.

Vive la chasse qui m'enivre Et vive ses refrains joyeux.

Mais la cohorte flamboyante

Passe plus vite que le vent.

Limiers, piqueurs, meute hurlante, Font dans leur course haletante, Trembler les vitres d'un couvent.

Partis ! Perdus !.. serait-ce un songe ?

Mais toujours gronde la rumeur, Leur voh s'éloigne et se prolonge, Dieu sait a^ quel vallon se plonge La troupe avec le noir chasseur.

Adieu, mon bel ami^

Hallali!

Dans la plaine.

Hors d'haleine, La troupe s'engloutit.

Le cor dans la campagne Expire... et la montagne

Me redit :

Hallali ! Hallali !

SMILA

Smila, la divine chanceuse,

Erre au bord du torrent, Cueillant la pâle scabieuse

Près du flot murmurant.

Soudain son pied glisse — elle tombe

Dans le gouffre écumeux, Et le torrent devient sa tombe,

Le torrent orageux.

BALLADES. i6i

Il la soulève et roule et gronde,

Sous les sombres cyprès, Il l'emporte à la mer profonde,

A travers les forêts.

La mer gémit ; la mer sauvage

La berce avec douleur, Et dans la mousse, sur la plage,

La couche pâle fleur.

Et sur la mousse, un jour s'élève

Un triste et beau tilleul.

Le frère arrive sur la grève.

Le frère , sombre et seul.

S'assied devant la mer immense

Et pleure amèrement ; Le beau tilleul, à sa soufl*rance,

Soupire doucement.

— Bel arbre, si ton bois soupire

Avec tant de douceur , Je vais m'en tailler une lyre

Pour pleurer sur ma sœur. - Vite, il retourne à sa chaumière

Sa lyre dans ses bras :

— Ecoute ma lyre, ô ma mère,

Et puis tu guériras.

— Mon fils, quel est ce son étrange?

Ce son me fait frémir !

Est-ce ta lyre ou bien un ange

Qu'ainsi j'entends gémir?

.Oh! n'est-ce pas Smila qui chante

Dans toute sa douceur?

Je sens , je sens son âme aimante

Qui vibre dans mon cœur!

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