LE ROI D'ARMOR
Assis sur son trône de pierre , Ah ! dites s'il rêve ou s'il dort ;
Dans son grand château solitaire Bien sombre est le vieux roi d'Armor.
i Où sont mes compagnons de gloire ?
Dans l'océan vaste et houleux.
Où ma jeunesse? où la victoire ?
Noyés, noyés dans les flots bleus.
i6+ LES CHANTS DE LA MONTAGNE.
« Lourde à ma têce est ma couronne , Mon glaive rouillé veut dormir.
Mon peuple déjà m'abandonne, Je suis seul et ne puis mourir.
i Solitude amère et profonde, Est-ce le matin ou le soir ?
J'entends bien l'océan qui gronde, Mes yeux ne peuvent plus le voir.
« Que dit la vague infatigable >
Je suis aveugle , je suis vieux.
La nuit , la nuit sombre , implacable ,
Descend pour toujours sur mes yeux. »
Mais qui donc sur son front se penche ?
C'est la fille du roid'Armor ; Loïse, aux grands yeux de pervenche, Loïse, prend sa harpe d'or.
])loins douce frémirait la brise Dans lé feuillage au foiid du val, Le chant sort du cœur de Loïse Comme une source de cristal.
BALLADES. i6$
Le roi , sur son trône de pierre , Ah ! dîces s'il rêve ou s'il dort , Son front, pensif soudain s'éclaire, Et sourit le vieux roi d'Armor.
« Quel est ce chant plein d'allégresse?
Quelle est la plage que je vois ?
O mer sauvage , ô ma jeunesse !
Voici les héros d'autrefois.
« Ils sont tous là sur mon navire , Ces braves qui ne tremblent pas.
Mugis , ô vague , je respire Et la tempête et les combats.
i Pour une reine fiére et belle.
En mer ! à la vie , à la mort !
En mer ! Tocéan nous appelle...
O chante, chante, chante encor!
« Ta voix, ô fille, est ma lumière, Mon printemps de gloire et d'amour, Je vois resplendir ciel et terre ,.
Je vois ! la nuit cède, il fait jour! •