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L'AIGLON DES ALPES

Parfois le jeuHe aî^oa des Alpes s'i

Hors de l'atre natale. Il s'essaye joyeux

Et plane sur le gouffre. — Un vaste et sourd

Soudain, son d'une goi^e ; il tonne aux pics neigeux,

Sur la' cime des ptna se roule un noir nuage,

Et dans ses flancs couve l'orage.

Il éclate ; l'oiseau veut rejoindre son nid.

Comme un dragon de feu, la nuée a henni.

Elle rampe, elle monte et rugit menaçante, L'aiglon clierciie sa voie à travers la tourmente.

i84 LES CHANTS DE LA MONTAGNE.

Cesc en vain, La tempête est plus forte que lui, L'ouragan se déchaîne et la foudre reluit.

L'oiseau part, frissonnant sous le vent qui le chasse, Comme plume flottante, emporté dans l'espace. Il voit fuir dans l'abîme, en confus tourbillons. Pics sans nombre, chalets, lacs sauvages, vallons. Comme un songe, a passé l'océan des montagnes ; Voici la plaine... au loin des landes, des campagnes. L'aiglon battu des vents, navire sans agrès.

Se sent fléchir^ s'abat et tombe en un marais.

Il reste foudroyé, muet, la nuit entière.

Au point du jour, l'oiseau levant sa tête altière, Regarde autour de lui, veut s'élancer encor... Mais les roseaux touffus arrêtent son essor.

Hélas! l'aile est froissée et se soulève à peine, Le roi des monts s'éveille en forçat de la plaine. Les corbeaux envieux qui croisent dans les airs. Chouettes et hiboux qui hantent ces déserts, Font cercle sur son front, le narguent et le raillent ; De leurs becs insolents, peu s'en faut, ils l'assaillent. Alors, l'aiglon blessé, se dresse frémissant ; Un coup d'aile ! et l'essaim s'enfuit en croassant. Longtemps il va, traînant son mal en solitaire ;

SUR LA MONTAGNE. iBs

Il mange sa douleur, dévore sa colère ;

Au bord de soa marais, sous les brouillards rampants,

Farouche, il se nourrit de vers et de serpents.

Un morne désespoir recouvre ses prunelles,

Et quand sous le ciel gris, filent les hirondelles.

Vers le Sud lumineux naviguant par milliers.

L'aiglon pleure en silence et rêve des glaciers.

Mais un jour de printemps, il écoute. •• il respire... Il emplit ses poumons d'une effluve d*air pur. Le soleil flamboyant le soulève et l'attire.

Il se sent le cœur large et regarde l'azur ! — L'azur tendre et foncé scintille sans limite. Le courage est rentré comme un fleuve, en son cœur. O triomphe ! il s'échappe à grand vol de son gîte, 11 s'élève en bruissant, franchit Vàit en vainqueur ; Sous les flots du soleil fait briller son plumage : Comme il monte et se berce au-dessus des forêts. Dans le gouffre étKéré, comme il s'immerge et nage ! Adieu, plaine — à ses pieds, comme un faible nuage, Chouettes et corbeaux tournoient sur leurs marais. Où va-t-il? Loin là-bas, aux cimes de lumière Où vit le pâtre gai sur l'alpage fragrant.

Où parmi les vieux rocs dort tranquille son aire,

i86 LES CHANTS DE LA MONTAGNE.

OÙ mugit l'avalanche et chante le torrent.

Les Alpes! les voilà dans leur blancheur splendide, Un voile rose au front, vierges de majesté.

Comme il sent sa jeunesse ! et d'un vol plus rapide Les rejoint frissonnant de vaste volupté ; Il embrasse de l'œil pics, abîmes, prairie.

Et le cœur tout gonflé de plaisir et d'effroi, L'aile ouverte au grand ciel, en sa libre patrie S'élance T Aigle-Roi.

Ainsi, mon chant captif, sauvage mélodie

Qui tressaille en mon cœur, Prends ton vol ! et retourne à ta fière patrie, A ta verte montagne, aux sommets de splendeur !

La forêt maternelle.

Là-bas, s'ouvre à ta voix ;

Dans son antre t'appelle

Ton amante immortelle :

La libre Muse des grands bois.

Oui, sois libre comme elle, ô mon chant d'allégresse, Sur son sein, sur sa lèvre, il te faut t'assouvir. Vierge et vive est la source, il est temps de partir ! Rechante en ta forêt ton hymne de Jeunesse

Et d'éternel Désir !

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