APPARITION
Sur la bruyère en fleur la fière chasseresse S'avance lencement. Le chaud soleil caresse De ses baisers de feu ses noirs cheveux flocuncs, Donc la vague se lustre en reflets éclatants. Elle porte à son sein une rose sauvage, Et sur son pâle front repose le courage.
Bruyères et genêts, devant son pas altier, SUnclinent doucement ; un chevreuil familier.
D'un pied léger, la suit et bondit devant elle.
Soudain, elle s'arrête et grande, ardente, belle.
Regarde le vallon fragrant et printanier
Où l'on sent tout feuillir, tout vivre et bourdonner.
Comme son sein se gonfle et comme sa poitrine
Aspire longuement l'exhalaison divine
Des plantes, des forêts, de la montagne en fleur,
Et semble s'enivrer de la chaude senteur
Du sol luxuriant et des vivants atomes
Qui vaguent à travers les verdoyants royaumes !
La bruyère s'ondule ; un vent délicieux
EfHeure la superbe et frôle ses cheveux.
Alors son front se dresse et tout son corps frissonne.
Son œil sombre et changeant se dilate et rayonne ;
Et, jetant dans le vent la rose de son sein,
Elle semble vouloir, d'un élan souverain,
Embrasser ardemment ciel et terre en leur fête.
— A moi donc, s'écrie-t-elle, à moi, Voletempéce !
Et son cheval, docile à cet appel vibrant,
A travers Therbe haute accourt en hennissant,
Vigilant, plein d'orgueil sous la main qui le presse
Il écoute, il attend; mais sa belle maîtresse
De son bras caressant entoure son beau col,
Et pareille à l'oiseau qui va prendre son vol,
ipS LES CHANTS DE LA MONTAGNE.
Le sein haut, Toeil en feu, les narines gonflées,
Elle parcoure des yeux les monts et les vallées I
Et comme pour chercher de plus vastes destins,
Sonde l'océan bleu des horizons lointains.
Où vont-ils s'élancer par les bois ou la plaine }
Quel dieu parle en son âme, où quel rêve l'entraîne?
Mais un doux son s'élève, est-ce l'âme des bois
Sommeillant sous leur ombre et qui prend une voix?
Ou serait-ce le chant suave d'un génie
Qui plane dans les airs, mélodieux soupir.
D'un ineffable amour mystérieux désir ? —
Elle laisse pencher sa tête languissante
Et semble se suspendre à cette voix mourante.
Puis tout se taît. L'écho se perd au fond du val
Et vers le bois touffu rebondit le cheval.
Mais elle, Rasseyant sur la lande fleurie,
S'abîme en une mer de sombre rêverie.
Et son chevreuil pensif au long regard aimant
A ses pieds adorés se couche tristement.
FLORENCE DE MONTSELVE
FLORENCE
Etranger, que veux-tu? Qui es-tu, téméraire, Pour venir jusqu'à moi d'un regard si hardi?
Qui t*a dit de franchir la forêt séculaire Où rôde le chasseur maudit?
Dans le cercle écarté de ces monts je suis reine, Bûcherons et bergers ^ont mes libres vassaux;
Je binnls Técranger du tranquille domaine Oii seuls se posent les oiseaux.
La montagne est à moi ; ses esprits m'obélssent, J'ai sondé jusqu'au fond ses cavernes, ses bois; Sylphe ou vague démon, qui dans l'ombre se glissent, S'éveillent au son de ma voix.
Crains le souffle irrité que leur force me donne, Va, reprends ton chemin, fuis mon sombre manoir. Où crois-tu me braver ? Tremble alors et frissonne. De reconnaître mon pouvoir !
De quel droit viens-tu donc en cet âpre royaume. Me troubler dans mon rêve et fouiller dans mon cœur? D'où sors-tu tout à coup? Si tu n'es qu'un fantôme. Va-t'en spectre interrogateur !