‹ Les chants de la vie ardenteChapitre 122 sur 140 · LE SOUPÇON · texte numérisé non relu

LE SOUPÇON

De quel obscur désir ton être est-il meurtri ? Quel amour te consume et te ronge en silence ? Pourquoi demeures-tu, tragique et sans un cri, M' opposant la froideur de ton indifférence ? Aimes-tu? Dis-moi qui ? Nomme-le, ce héros Dont la beauté secrète a conquis ta pensée. Ne dissimule pas sous ton visage faux L'horreur que je t'inspire et qui te tient brisée ! Ah ! par quel sortilège et quelle volupté A-t-il su t'enchanter, toi dont l'âme est amère ! Décris-moi les raisons qui te le font aimer : Est-il plus beau que moi ? Dépeins-moi ta chimère ! Montre-le, ce rival que je ne connais point. Qui hante ton esprit d'une envie impudique, Qui t'embrase d'extase et qui n'est jamais loin ! Je le sens entre nous quoique rien ne l'indique, Et j'ai beau te saisir et te prendre en mes bras, T'attacher à mon corps, t'alanguir de caresses,

Je n'émeus point ton être et je ne l'emplis pas. Livre-moi ton secret, ô perfide maîtresse ! En vain je me lamente et je brûle d'amour, Je me meurs d'un désir que^je sais solitaire. Tu demeures glacée et tu gardes toujours L'insensibilité propre à ton noir mystère ! Quel est-il, quel est-il, quel est-il mon rival, Celui que tu choisis et dont tu fais ton maître ? Ne me dérobe plus ce secret si fatal : Je préfère mourir, mais je veux le connaître !....

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