‹ Les chants de la vie ardenteChapitre 2 sur 140 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

Et puis il mVst loisible de dire que j'ai travaillé en effet pour qu'il le soit.

Toutefois, que Ton ne s'attende pas à retrouver dans ces poèmes les abandons et les éclats que j'avais laissés autrefois à mes essais du début. Depuis quEglé a paru, j'ai été amené à penser qu'en France, du moins, l'observation presque absolue des anciennes lois de la métrique est indispensable aux beautés du vers.

Je ne nie pas, il est vrai, qu'on ne voie de fort grands poètes s'écarter de Fart de Ronsard, de Vigny, de Victor Hugo et de tant d'autres et que, par exemple, Emile Verhaeren ne le cède en rien à ses devanciers quoiqu'il n'admette point leurs règles. Je suis convaincu toutefois qu'il nous sera très difficile d'en anéantir complètement la tradition. D'ailleurs, je ne sais pas pourquoi on voudrait s'en détacher, car il y a dans l'art classique, des obligations si vives qu'à elles seules elles supposent déjà, pour être complètement remplies, une forte méthode intérieure de laquelle dépend toute espèce de perfection. Les exigences de la rime, du rythme et des alternances je les trouve la plupart du temps d'une extrême utilité parce que la recherche qu'elles imposent ne va

IV PREFACE

pas en somme sans une discipline qui à mon sens a du prix. Je m'imagine qu'il est plus beau d'exprimer, en leur attribuant une forme déterminée d'avance par des principes implacables, toutes les sensations les plus dévorantes, que de se soumettre au hasard de leurs mouvements. Voilà pourquoi j'ai pratiqué dans cet ouvrage les règles qui pendant si longtemps ont régi l'école française.

Je n'ignore pas qu'il n'est point d'art qui souffre aussi peu que la poésie la moindre impureté de style, les négligences du langage ou les fléchissements du rythme. Aussi ai-je cherché à n'en pas laisser dans les vers que je publie. Mais il m'a semblé néanmoins qu'un poème réellement beau devait unir une pensée forte à l'expression la plus savante et la plus pure.

Ai-je réussi à composer, comme j'en avais l'ambition, des strophes d'une harmonie intacte et lumineuse ? C'est au temps qu'il appartiendra de répondre à cette question. Les poètes ne doivent rien demander au moment. Heureux celui dont l'œuvre obscure se propage à travers les âmes

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sans que Ton s'en aperçoive et d'une manière invisible : lorsqu'il arrive à régner c'est avec une force qu'on ne détruit plus.

Quoi qu'il en soit, j'offre au public ces Chants que j'ai conscience d'avoir perfectionnés avec une patience sans faiblesse et sans défaut. Ainsi je me suis acquitté de mon labeur le plus honnêtement possible. Je ne demande qu'à être compté comme un franc et probe ouvrier qui essaie de faire sa tâche.

Saint-Georges ue Bûuhélier.

Décembre 19U1.

LE LIVRE EROTIQUE

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