DE LA FORMATION DES SOCIÉTÉS DE CHANT CHORAL POUR VOIX D'HOMMES
Le goût du chant en chœur dont les anciens comme les modernes ont donné d'incontestables preuves, l'importance que cette espèce de chant avait acquise dès les premiers temps au point de vue religieux, l'application qui en était faite en quelque sorte chaque jour aux cérémonies du culte, enfin le besoin de tout perfectionner dans les arts, qui est une conséquence naturelle de l'instinct de civilisation, firent naître de bonne heure des institutions ayant spécialement pour objet la culture du chant choral et la formation régulière de chœurs d'hommes. Ces institutions eurent presque toutes, dans les commencements, un caractère sacerdotal. Les prêtres entre eux fondaient des écoles où ils venaient puiser tous les genres de talents et de connaissances dont ils avaient besoin pour exercer convenablement leurs fonctions.
Indépendamment de ces sociétés artistico-religieuses qui ont laissé de nombreuses traces dans l'histoire des Egyptiens, des Grecs et des Latins, et dont l'institution des Druides, ailleurs, peut encore fournir un exemple, il existait presque aussi anciennement et aussi généralement des confréries d'artistes ou de citoyens qui, sous la direction du sacerdoce et à son instigation, étudiaient et cultivaient les arts dont les religions empruntent le secours pour embellir leurs rites et pour orner les édifices construits en leur honneur. Parmi les confréries de ce genre existant en Grèce, il y en avait une spécialement chargée de la composition des hymnes et de l'exécution des danses en chœur autour des victimes. Plus tard, nous en rencontrons une autre à Athènes qui avait pour but la formation des chœurs scéniqucs mêlés de danses et de chant. Cette institution, qui s'appelait choragie, rentrait pour les citoyens d'Athènes dans les conditions d'un devoir religieux et national, car la tragédie et la comédie, sorties des anciens chœurs cycliques et des mystères, conservaient un caractère sacré aux yeux de la foule, et n'étaient pas moins en vénération que le culte même d'où elles tiraient leur origine. Aussi, quand venaient les Panathénées, les Éleusinies, les Dionysies et les autres fêtes qui demandaient des représentations scéniques, l'usage voulait que l'on formât, dans chaque tribu, un chœur composé de citoyens, dont la direction et les frais de costumes et autres dépenses (1) tombaient h la charge du chorége. Celui-ci n'était ordinairement lui-même qu'un simple particulier choisi à l'avance parmi les plus riches habi-
(1) Dans l'origine, les citoyens aimaient a faire partie des chœurs et peuple se faisait payer pour chanter, ayant à cela le triple plaisir de
se montraient sans doute fort désintéressés; dans la suite, ils paraissent s'amuser, de s'enrichir et d'appauvrir les riches. (Xenoph., De republ.
avoir exigé et reçu un salaire en argent. Xénophon parle des riches que ath., cap. i, § 13. — Magnin, Les origines du théâtre mod., t. I,
ruinaient les dépenses des chœurs et du service maritime, tandis que le p, 124.)
tants de la tribu (1). Le chorége s'occupait à réunir les éléments de l'ensemble choral et a faire exercer les chorcutes danseurs ou chanteurs. Cette charge était onéreuse et obligeait à des sacrifices d'argent assez considérables pour qu'on en vînt à ranger la chorégie parmi les accidents funestes qui amènent inévitablement la perte des plus belles fortunes (2).
Des sociétés du même genre, fondées pour les besoins du culte, ont existé à peu près chez tous les peuples où la musique se trouvait intimement liée aux cérémonies religieuses. On a déjà vu que les Israélites possédaient une école de prophètes (3) instituée par Samuel, et dans laquelle le chant, la musique et la poésie étaient enseignés {h). Au temps de David, il y avait des lévites remplissant des fonctions analogues à celles de nos maîtres de chapelle. Sous leurs ordres étaient placés vingt-quatre sous-chefs commandant à quatre mille chanteurs et instrumentistes. Une des branches de l'institution des druides, les bardes, qui veillaient à la conservation du dépôt des chants sacrés et des traditions poétiques et musicales, formaient eux-mêmes un collège de poêles chanteurs partagé en trois classes : les bardes aspirants, les simples bardes et les chefs des bardes. Les premiers, les bardes aspirants, constituaient diverses catégories et subissaient pendant plusieurs années des épreuves devant un chef des bardes qui, selon le plus ou moins de génie poétique et musical des candidats, prononçait leur admission ou les déclarait exclus pour toujours.
Dès les premiers temps du christianisme, au sein môme du clergé, il se forma un orare de chanteurs ecclésiastiques admettant aussi plusieurs grades (5). Plus tard, il y eut une école de chant spécialement destinée à fournir le personnel ordinaire des chœurs religieux pour les processions et pour les autres solennités et cérémonies de l'Église. Ce personnel eut pareillement sa hiérarchie (6). Il en fut de même de celui qui fut formé dans d'autres écoles de chant plus complètement et plus régulièrement organisées que la précédente en divers lieux du monde chrétien (7).
Mais, à côté de ces institutions purement sacerdotales, ne tardèrent pas à s'établir de toute part, en dehors de l'Église, des sociétés libres de chanteurs dont les membres appartenaient le plus souvent à la bourgeoisie ou bien à la classe ouvrière, quelquefois aussi au clergé. Ces sociétés cultivaient le chant comme un accompagnement obligé de certaines pratiques de dévotion. Si les pèlerins qui psalmodiaient des cantiques et s'arrêtaient dans les rues pour raconter les épisodes de leur voyage à Jérusalem, mêlant à leurs chants et à leurs récits certaines fables auxquelles le peuple donnait le nom de visions (8), ne nous offrent pas encore le type d'une véritable société de chant choral, peutêtre trouverons-nous ce type à peu près formé dans l'association des laudisti ou chanteurs de psaumes de Florence. Cette confrérie, dont l'origine remonte, à ce que l'on croit, au xivc siècle, si elle n'est même plus ancienne, se composait de simples amateurs, bourgeois, marchands et artisans qui, mus par des sentiments de piété, et probablement aussi par l'amour du chant en chœur, allaient en grande procession, vêtus de blanc et tenant des cierges allumés, par les rues de la ville de Florence. De temps en temps, ils s'arrêtaient devant les églises ou chapelles pour exécuter des hymnes et des psaumes en l'honneur de Dieu, de la Vierge et des Saints. Cette institution ou compagnia subsistait encore vers la fin du xviuc siècle, et Burney nous apprend qu'il entendit plusieurs fois dans les rues ces pieux chanteurs redire ensemble leurs cantiques ou laudi sinrituali, qui étaient à trois parties (9). « C'est de cette manière,
(1) Liban., Argum. in Mid. — Anonyra., in ejusd. Argum.
(2) On lit dans une des comédies d'Antiphane intitulée le Soldat : <t Vous êtes dans une grande illusion si vous croyez posséder quelque chose d'assuré dans la vie. Un impôt vous enlève toutes vos épargnes, ou bien un procès inopiné les dissipe ; nommé stratège, vous êtes abîmé de dettes; chorége, il ne vous reste que des haillons, pour avoir fourni au chœur des habits couverts d'or. » [Athen., lib. III.)
(3) Chez les Israélistes, le nom de musicien fut synonyme de prophète et de sage.
(Il) Les prophéties étaient toujours proclamées unies à la musique.
(5) Dans les constitutions apostoliques, iib. III, cap. u, on voit que l'ordre des chanteurs ou chantres faisait partie des ordres mineurs du clergé.
(6) Onuph., De interpret. vocum ecclesiast,
(7) U.,ibid.
(8) o Ceux qui revenaient de Jérusalem et de la Terre sainte, de Saint- » Jacques de Compostelle, de la Sainte-Baume de Provence, de Sainte- » Reine, du mont Saint- Michel, de Notre-Dame du Puy, et de quelques
» autres lieux de piété, composaient des cantiques sur leurs voyages, y » mêlaient le récit de la mort du (ils de Dieu ou du jugement dernier » d'une manière grossière, mais que le chant et la simplicité de ces » temps-là semblaient rendre pathétique, chantaient les miracles des » saints, leur martyre, et certaines fables a qui la créance du peuple » donnait le nom de visions et d'apparitions. » (Le père Ménestrier, Des représentations en musique anciennes et modernes, p. 152 153.)
(9) » Le lendemain de mon arrivée à Florence, entre les six et les » sept heures du matin, ils passèrent devant l'auberge où j'étais logé, en » grande procession, habillés d'un uniforme à peu près blanc, portant » à la main des cierges allumés. Us s'arrêtèrent près du dôme ou de la » grande église exprès pour chanter un hymne assez gai, en trois par- » lies, qu'ils exécutèrent très bien. » Un peu plus loin, Burney dit encore : o Je rencontrai dans les rues une compagnie delaudisti. Us avaient » été à Fiesola et marchaient en procession à leur petite église. J'eus la b curiosité de les suivre et me procurai un livret des paroles qu'ils al- » laient chantant. Us s'arrêtèrent à chaque église qui était sur leur route » pour chanter un couplet en trois parties, et lorsqu'ils arrivèrent à leur
» ajoute Burncy, que les dimanches et les fêtes, les marchands et les artisans se forment eux-mêmes en différentes » compagnies pour chanter dans les rues en allant à l'église, Ceux de la paroisse Saint-Benoît, à ce que dit Crescembini, » sont les plus fameux de l'Italie. Au grand jubilé du commencement de ce siècle (le xvnr), ils parcouraient les rues « de Rome, chantant d'une manière à charmer et à étonner tout le monde (1). » On peut donc considérer la société des laudisti comme une des plus anciennes sociétés chorales de chant religieux pour voix d'hommes qui aient existé, et sur lesquelles on ait des renseignements précis. - .
Quant aux sociétés chorales de chant profane, on ne peut pas dire, je crois, qu'elles naissent avec les réunions et les associations partielles de trouvères et de troubadours, ni même qu'elles s'apparentent avec celles des Minnesaenger allemands, car rien n'indique que l'objet principal de ces réunions et de ces associations, ou tout au moins de quelques unes d'entre elles, ait été la pratique du chant simultané. Il est même douteux que le principe des sociétés chorales pour voix d'hommes réside dans l'institution des Meistersaenger, que l'on prétend dater aussi du xive siècle, bien que quelques unes de leurs annales aient la prétention de reporter leur origine dans le xs. Les statuts et les règlements des artisans poètes devenus célèbres sous le nom qui précède, font bien voir que le chant comme la poésie était l'objet d'une extrême sollicitude de la part des maîtres; mais ces documents n'établissent point que ce fût du chant en chœur qu'il s'agissait. Ils se réfèrent, au contraire, à l'exécution de certaines cantilènes assez semblables à du plainchant, ou à des psalmodies hébraïques que les membres de l'association faisaient entendre tour à tour dans leurs exercices solennels, et qu'ils chantaient isolément, ou bien tout au plus, dans certains cas, deux à la fois. Au reste, d'après la forme des morceaux, il est facile déjuger qu'on les destinait à être chantés de la sorte et non pas en chœur. J'avoue néanmoins que les Meistersaenger ont dû puissamment contribuer à faire sentir le charme et l'utilité des réunions d'hommes consacrées aux nobles travaux de l'esprit et à la culture des beaux-arts. Us semblent avoir, les premiers, cherché à répandre le goût de l'étude en commun du chant et de la poésie, pour adoucir les mœurs et inspirer aux citoyens de toutes les classes des sentiments fraternels. Wagenseil (2), s'attachant à faire connaître le but moral de cette institution , dit positivement qu'elle tendait à détruire le principe d'antagonisme inhérent au partage des artisans en différentes corporations. Comme l'a fort bien démontré M. Jules Simon, dans un travail historique des plus remarquables, où le mérite du style égale celui des recherches (3), et qui, sous le titre modeste de Compte rendu, présente tout l'intérêt d'un savant Mémoire, les corporations, les confréries, les maîtrises et les jurandes du moyen âge, loin de rester fidèles à l'esprit de charité qui les avait inspirées, étaient pour la plupart dégénérées rapidement en instruments de privilège et de tyrannie ; les professions associées étaient autant de castes exclusives où les moins habiles n'obtenaient plus le droit de cité ; elles intervenaient dans toutes les affaires de la vie ; tout acte du compagnon ou de l'ouvrier était soumis à leurs contrats, et l'on ne voyait plus en elles que l'organisation de l'arbitraire et du monopole, qu'une consécration nouvelle des vieilles inégalités sociales. Ce fut au nom sacré des Muses secondées par les inspirations fécondes de la morale et de la religion évangéliques, que les maîtres-chanteurs s'adressèrent aux membres des corporations ouvrières et quelquefois à ceux des corporations rivales, les appelant à contracter au milieu d'eux une alliance fraternelle et indissoluble. Il y avait sans doute quelque chose de vraiment noble et touchant dans les mœurs de ces ouvriers-poètes qui, pour se débarrasser de leurs fatigues journalières et trouver une compensation à de prosaïques labeurs, s'abandonnaient à l'ivresse des plaisirs intellectuels, aimant mieux dérober quelques gouttes de nectar à la coupe des dieux que d'aller s'abreuver de cervoise dans quelque bouge immonde.
» propre église, dans laquelle j'entrai avec eux, il y avait une troupe » d'instruments pour les recevoir, et qui jouèrent quelques morceaux » de symphonie entre chaque stance. Ils chantèrent les vêpres en plain- » chant, assistés par leur chapelain. Tout se passa avec beaucoup de » décence; c'était un amusement très innocent. Quelques unes de ces » compagnies de laudisd établies à Florence y subsistent depuis près de a cinq cents ans. J'ai trouvé un manuscrit in-folio de audi Lspivituali, ,) avec des notes, dans la bibliothèque de Magliabecchi, composé par une » compagnie de frères de l'ordre des Umiliati, et que l'on chantait ù » l'église de tous les Saints, à Florence, en 1336. Le litre de ces hymnes « commence ainsi: Laudi da cantarsi da Fratclli délia venerabile com- » pagnia di S. M. Maddalcnadei Paiiiin S. Maria in Campidoglio, in » Firenze, 1770, vu. Hymnes écrites pour être chantées par les frères
» de la respectable confrérie de S. Magdelaine des Foux à S. Marie du » Capitale, Flor., 1770.» (Burney, De l'état présent delà musique en France et en Tt'aïie, dans les Pays-Bas, etc., ou Journal des voyages faits dans ces différents pays, trad. de l'anglais par Ch. Brack, Gênes. 182S, t. I, p. 199 et suiv., p. 213 et suiv.)
(1) Id., ibid.
(2) Johann Christof WagenseWs Buch von der Meister-singer goldseligen Kunst ; ap. Joh. Christoph. Wagenseil, De civiiate Norimbergensi commentatio. Altdorf, 1697, ouvrage du même.
(3) Voy. le Compte Rendu des travaux du comité de l'association dej artistes musiciens, par M. Jules Simon, dans V Annuaire de l'association des artistes musiciens, huitième année (1851).
Jaloux au plus haut point de l'importance et de la dignité de leur art, ils évitaient avec soin de rien faire qui pût le déflorer et l'avilir. Ils s'engageaient donc, par une clause expresse de leur règlement, à ne point répéter dans les rues, dans les tavernes, dans les lieux publics et mondains, les chants qu'ils avaient composés, de peur de les rendre communs et vulgaires. Dans les commencements, ils s'obligeaient, en outre, à ne traiter, pour ainsi dire, que des sujets de piété tirés de l'Ancien ou du Nouveau Testament ; enfin ils bannissaient de leurs élucubrations poétiques tout ce qui aurait pu porter atteinte aux bonnes mœurs, ou du moins détruire les sentiments de concorde que l'institution avait pour but de développer et d'entretenir. C'était par ce motif qu'ils s'interdisaient les chants satiriques et que, différant en cela des Minnesaenger, ils célébraient les charmes innocents de l'amitié plutôt que les dangereux plaisirs de l'amour. Il a existé pendant plusieurs siècles à Nuremberg, à Augsbourg, à Strasbourg, à Colmar, des sociétés de maîtreschanteurs qui s'honorent d'avoir compté parmi leurs membres un Hans Sachs. Celle de Strasbourg, qui s'est conservée jusqu'à une époque assez récente, fut particulièrement célèbre. On possède encore des documents fort curieux sur son organisation et sur les individus qui en faisaient partie dans les derniers temps.
D'après ce qu'on vient de dire , il est facile de voir que l'institution des Meistersaenger eut un caractère plus religieux encore que profane, du moins dans le principe ; je dis dans le principe, parce qu'à une certaine époque ce caractère se modifia sensiblement et finit par s'altérer tout à fait. Qu'elles fussent composées d'ecclésiastiques ou seulement de laïques , les premières sociétés de chant pour voix d'hommes furent généralement dans ce cas. On verra tout à l'heure ce qui réussit à y faire prédominer l'élément mondain. Jetons d'abord un coup d'oeil sur les ensembles de musique chorale qui prirent naissance dans les collèges et dans les universités.
Déjà les établissements pédagogiques fondés par le sacerdoce offrent très anciennement des exemples de l'enseignement du chant polyphone. Il eu était où l'on avait coutume, à différentes époques de l'année, pendant les repas, d'exéuter en chœur et de mettre en scène, d'une manière dramatique, certains psaumes, certains cantiques, certains épisodes tirés des livres saints. De petits drames complets avec chœurs furent même exécutés dans des monastères d'hommes et de femmes (1). Du reste, on enseignait dans la plupart de ces maisons religieuses le chant choral avec un soin particulier. Ainsi, dans un ancien statut deCiteaux, dont j'ai déjà parlé, saint Bernard indique la manière dont les moines devaient unir leurs voix, alterner et se répondre pour célébrer dignement les louanges du Seigneur. Les mêmes usages passèrent des cloîtres dans les universités. Le chant y fut enseigné aux étudiants et la musique mise au rang des sciences les plus importantes (2). En accomplissant les actes de dévotion journalière qui leur étaient prescrits , les élèves s'exerçaient à la pratique du chant simultané. Us avaient, pour leur usage spécial, des cantiques spirituels et des chansons morales composées par leurs professeurs, ou par ceux d'entre eux qui cultivaient avec le plus de succès la musique et la poésie. Il fut un temps où l'on eut l'idée d'en former des recueils ; chacun de ces recueils avait d'ordinaire les commodes dimensions d'un volume de poche , afin que les étudiants pussent les porter partout avec eux. Ce vade mecum qui contenait les prières du matin et du soir, le benedicite, les actions de grâce , etc., était placé le soir à leur chevet avec les autres ouvrages de piété à leur usage. Mais on conçoit aisément qu'une jeunesse vive et mutine, pétulante et goguenarde, ne puisse s'accommoder longtemps de la retenue qu'on lui impose. Ces chants universitaires, empreints d'une certaine morgue doctorale, d'une certaine gravité académique, finirent par ennuyer les écoliers. Comme à force de les redire ils en retenaient les formules par cœur, ils imaginèrent d'appliquer ces formules à la parodie mordante et spirituelle de tout ce qu'on leur faisait chanter de sérieux. Donnant bientôt pleine carrière à leur verve, ils composèrent des chansons satiriques et licencieuses sur toutes sortes de sujets (3). Bien plus, sous l'influence de l'esprit d'association, qui fut pour ainsi dire universel au moyen âge, ils formèrent des corporations joyeuses dont l'organisation burlesque parodiait aussi la hiérarchie, le cérémonial et les usages universitaires, réceptions officielles, épreuves, examens, admissions aux divers grades, banquets, etc. Chacune de ces corporations avait son code , son règlement, ses séances, ses insignes d'honneur et ses chants favoris (h). D'ordinaire le lieu de réunion était une
(!) Gerbert, Mart., De cantu et munca sacra, t. II, p. 82. — nière suivante : Astronomie, musique, géométrie, rhétorique, logique
Dr Alt, Theater und Kirche. Berlin, 1846, p. 459. ou dialectique, physique et grammaire.
(2) Elle faisait partie du quadrivium, avec l'arithmétique, l'astro- (3) Les moines eux-mêmes et les élèves des écoles qu'ils dirigeaient
nomie et la géométrie. La réunion de toutes les sciences comprises dans avaient donné les premiers l'exemple.
le quadrivium et dans le trivium, prenait le nom de clergie ou les sept (4) Tous ces usages sont encore en vigueur dans la plupart des uni-
arts libéraux. Vers le milieu du xni" siècle, on les classait de la ma- versilés allemandes; il s'en est même conservé quelques uns rarmi le»
brasserie ou une taverne. C'était là que les écoliers venaient boire, manger, faire des armes, se battre en duel et repéter en chœur des chansons à boire (1). Souvent à la suite de leurs folles orgies , ils se réunissaient par bandes et parcouraient la ville en chantant. Souvent aussi, à l'occasion de certaines fêtes, ils se livraient à un redoublement de bravades et d'excentricités, dansant la nuit dans les rues, donnant des sérénades aux jeunes filles , des charivaris aux vieilles gens, et entonnant à qui mieux mieux des chansons obscènes et impies. Ces petites saturnales , plusieurs fois interdites sans succès par l'autorité, exposaient les délinquants à de sévères remontrances , sinon à de fortes amendes et à des incarcérations temporaires ; quelquefois même elles occasionnaient leur renvoi des écoles. Alors ceux qui avaient été chassés rejoignaient les troupes faméliques de clercs , de moines et de prêtres errants auxquels on donnait autrefois le nom de gogliardi. Les gogliardi , moitié histrions et moitié chanteurs , fêtaient le dieu de la bonne chère et célébraient les délices de la vie matérielle. Leur influence dut se faire principalement sentir sur les chœurs de buveurs.
De là des compagnies d'une nouvelle espèce qui semblent avoir été la contre-partie des compagnies religieuses du genre de celle des laudisti dont j'ai parlé plus haut. Mais leurs chants convivales, loin d'être des psaumes de l'Église comme ceux qu'on exécutait autrefois dans les monastères et dans les collèges , consistaient en productions grivoises et erotiques, souvent calquées, il est vrai, sur quelque cantique pieux (2), mais fourmillant d'allusions païennes et d'équivoques licencieuses. Il se peut que l'on doive à la singulière transformation que je signale l'acception toute luronne du mot frère et du mot compagnon pris dans le sens de bon vivant et de joyeux buveur; et qu'il en soit résulté aussi l'expression à double entente familière et même un peu triviale d'entonner, de même que le nom de Liedertafel, table à chansons, par lequel les Allemands désignent aujourd'hui une société d'hommes réunis pour se donner le plaisir d'exécuter en chœur à plusieurs parties, pendant le repas, des morceaux de musique vocale sans accompagnement, bien qu'une société semblable n'ait pas pour unique mot d'ordre le fameux Trink de l'oracle de la dive bouteille.
S'il faut imputer en grande partie à l'intervention des étudiants les tendances mondaines du chant choral , et jusqu'à la formation dans un but profane de sociétés de chœurs d'hommes, ce serait une erreur de prétendre borner cette intervention à l'introduction de l'élément satirique et passionné, contrairement à l'esprit moral et religieux qui avait prédominé jusque-là dans l'espèce de musique dont il s'agit. Sans doute la jeunesse est parfois portée à la licence par la fougue de ses passions et par la puissance même de ses facultés , mais elle est douée d'instincts généreux : elle a une sincérité, une franchise, une noblesse d'âme et une richesse d'imagination, en somme, si je puis m' exprimer ainsi, une vitalité qui ne pouvait manquer de profiter au chant choral. Il y devait puiser la variété , le charme et l'intérêt qu'engendre la libre manifestation des sentiments naturels et caractéristiques de l'homme; sentiments que le rigorisme ecclésiastique ou le pédantisme académique se fussent toujours efforcés de retenir dans des limites de convention, d'où la production d'oeuvres sans caractère et sans originalité, d'une couleur fausse et monotone, d'une allure lourde et empruntée, pâles, mortes, manquant de cette chaleur féconde de l'âme qui est la seule vraie poésie.
D'ailleurs, les mœurs du moyen âge une fois adoucies et réfrénées par le progrès des lumières et l'action civalisatrice des réformateurs du xvie siècle, le peuple et les étudiants adoptèrent une ligne de conduite plus sage; ils renoncèrent à un grand nombre de leurs vices et de leurs excès. La religion évangélique eut soin de multiplier de tous côtés les écoles et les séminaires. Elle organisa sur de larges bases un système régulier d'enseignement pour la jeunesse studieuse. Elle prit surtout des mesures efficaces pour faire participer les classes pauvres aux bienfaits civilisateurs de l'instruction ; enfin, elle joignit étroitement à la culture des diverses branches des connaissances humaines celle de la musique, notamment la pratique du chant en chœur, regardant cet objet comme éminemment propre à seconder ses vues et à décider le succès des nouvelles doctrines. Luther faisait grand cas de ce mode de prosélytisme et recommandait d'y avoir recours.
Lui-même donna plus d'une fois l'exemple. Il voulait que la musique fût mêlée aux pratiques du culte comme aux
étudiants de la ville de Strasbourg. On peut consulter, sur les coutumes (2) Différentes versions d'une parodie bachique d'une hymne à la
bouffonnes et l'argot des étudiants, un curieux petit ouvrage intitulé Vierge ont été très en vogue pendant le moyen âge. On connaît aussi une
Burschicoscs Woertcrbucli, von J. Volmann. Schaffhouse, 1846, 2 vol. autre parodie bachique du psaume XCV, en allemand et en latin, pu-
in-1 2, ou Dictionnaire burchique (de Bursch, étudiant), par J. Volmann. bliée d'après un manuscrit du xve siècle par Lassberg, Liedersaal, t. II,
(1) L'une des branches les plus importantes et les plus complètes du p. 677-079. (Voy. Édelestand du Méril, Poésies populaires du moyen
répertoire lyrique des étudiants ; les Allemands les appellent Commers- âge, Paris, 1847, p. 204.) tieder.
SUa LE CHANT EN CHOEUR POUR VOIX. D'HOMMES. 13
différents actes de la vie privée. Le savant Mathesius nous apprend que, lorsqu'il était à table, entouré de ses amis et de ses disciples, il se plaisait à entonner avec eux des chants en chœur, non seulement d'austères chorals, mais de gracieux motets, ainsi que les compositions en vogue des Senfl, des Josquin et d'autres maîtres du temps. Mathesius ajoute qu'il lui arriva plus d'une fois d'assister à ces réunions où l'on remarquait également la présence de Philippe Mélanchlon. Tous les deux unissaient leurs voix à celle de Luther, non seulement pour répéter avec lui quelques pieux cantiques, mais aussi pour redire des vers de Virgile si doux aux lèvres même du chrétien. De gais propos alternaient avec ces chants (1). D'après de tels usages, on serait tenté de considérer les festins lyriques de Luther comme une sorte de Liedertafel dont l'illustre réformateur aurait été le président. Du reste, ces habitudes convivales furent celles de beaucoup de familles protestantes qui eurent à cœur de suivre ce grand modèle. Martin Luther faisait de l'étude de la musique dans les familles et chez les prêtres du nouveau culte comme une obligation de sa doctrine. Ne perdant aucune occasion de soutenir et de vanter à ce point de vue son art favori, il ramenait souvent la conversation sur cet objet. On lit dans les Tischreden : « Le 17 décembre 1538, le docteur Luther invita les chantres et les musi- » ciens à un souper où ils chantèrent de belles et douces antiennes, et le docteur dit avec admiration : Puisque le » Seigneur Dieu nous accorde des dons aussi précieux durant cette vie (qui n'est qu'un véritable cloaque), que sera-ce » donc dans la vie éternelle où tout sera disposé de la manière la plus parfaite et la plus accomplie ! J'ai toujours aimé » la musique, la connaissance de cet art est bonne et elle sert à toutes choses ; il nous faùt absolument encourager » cette étude dans les écoles. Un maître d'école doit être un habile musicien, autrement, je ne ferai nul cas de lui, et » nous ne devrions pas conférer à des jeunes gens le grade de prédicateur, si d'avance ils ne sont pas bien exercés et » instruits dans la connaissance de la musique. La musique est un don de Dieu et elle est alliée de près à la théo- » logie (2). » Les instructions de Luther ayant été religieusement suivies, la musique sacrée et surtout le chant d'ensemble n'eut bientôt pas de meilleurs soutiens que les jeunes élèves des écoles et des séminaires protestants. Aussi sera-ce dans la classe des pasteurs et des maîtres d'école que nous verrons tout à l'heure se former en Allemagne d'excellentes sociétés de chœurs d'hommes.
Eisenach fut une des premières villes où s'établit parmi les protestants l'usage de chanter dans les rues des chants figurés (figural-Gcsaengè) les jours de fêtes religieuses. D'abord il n'y eut que quatre élèves chanteurs qui parcoururent ainsi la ville ; mais comme ces processions chorales plurent beaucoup aux habitants et intéressèrent même les étrangers , comme les fils des premières maisons bourgeoises s'empressèrent de participer volontairement à ces ensembles, le nombre de chanteurs alla toujours en augmentant, et il y en eut bientôt environ une quarantaine. L'exemple donné par Eisenach fut suivi par d'autres villes allemandes. En même temps, une institution antérieure a la réforme, celle des Currente (3), enfants pauvres élevés aux frais du clergé ou des familles pieuses dans des écoles spéciales où ils apprenaient, sous la direction d'un maître appelé Caritôr, tout ce qu'il fallait savoir pour chanter au chœur, quelquefois aussi pour se préparer à la carrière des lettres et à celle de l'église; cette institution, dis-je, étant de catholique devenue protestante, contribua d'une manière remarquable à la propagation du chant à plusieurs parties dans toute l'Allemagne. On pense même généralement que ces écoliers ont facilité les progrès rapides de la doctrine de Luther en Saxe. Comme il n'y avait pas originairement de fondation régulière pour pourvoir à leur entretien, les familles qui favorisaient le mouvement de la réforme remplirent cet objet par des dons volontaires ; lorsque tout le peuple fut devenu protestant, ces charités s'accrurent et donnèrent à l'œuvre une grande importance.
Au nombre des obligations imposées aux jeunes chanteurs était celle de parcourir les différents quartiers de la ville, et de s'arrêter devant les portes des maisons pour chanter des psaumes ou des cantiques spirituels comme les laudisti de Florence. Ils devaient aussi, moyennant une légère rétribution, prêter leur concours aux fêles de famille et aux funérailles des gens riches. Ils étaient obligés en outre d'aller chanter dans les églises pendant le service divin. Ceux qui savaient les langues anciennes assez bien pour les enseigner, devenaient maîtres d'école dans différentes paroisses, et inculquaient à leurs élèves le goût de la musique d'ensemble qu'ils avaient pendant longtemps cultivée {h).
(1) On en a recueilli un certain nombre qui ont élé publiés sous le mission de courir de rue en rue en chantant des psaumes. On croit litre de Tischreden de Martin Luther. qu'ils furent régulièrement institués en 1450 par Scipion Damianus,
(2) Tischreden, trad. de M. Gustave Brunet. Paris, Gai nier fKres, évêque d'Asie.
1844, p. 211-212. (4) Dans la relation de son voyage en Allemagne, le docteur Burney
(3) Ou Currende, du latin currere, parce que ces écoliers avaient parle plusieurs fois des bandes d'écoliers chanteurs qu'il avait ren-
C'est ainsi qu'aujourd'hui les collèges et les séminaires protestants d'où sortent chaque année des instituteurs primaires, des ministres du saint Évangile et un grand nombre de jeunes gens qui embrassent la carrière des lettres ou celle des arts, sont encore de véritables pépinières de chant choral. Non seulement les élèves s'exercent assidûment à la pratique de ce genre de musique pendant toute la durée de leurs études, mais dès qu'ils ont quitté ces établissements, ils fondent de tous côtés des sociétés particulières pour exécuter en chœur des morceaux composés pour voix d'hommes. Cet usage a produit en Allemagne, comme nous le verrons bientôt, les sociétés de chant religieux, ou sociétés des maîtres d'école, qui exécutent des morceaux à plusieurs parties pour vojx d'hommes, d'ordinaire sans accompagnement
A partir du xvie siècle, il est souvent fait mention d'exercices et de solennités universitaires à la pompe desquels les étudiants et les professeurs contribuaient par des chants et des hymnes à plusieurs parties. L'usage des tragédies et des comédies d'école n'avait pas cessé, et l'on avait l'habitude d'exécuter, k la fin ou au commencement des actes, quelquefois même dans le courant de la pièce, des chœurs de musique vocale : c'était principalement pendant les fêles du carnaval ou à la Saint-Jean qu'avaient lieu dans les écoles ces représentations dramatiques (1). Celles que l'on donnait pendant le carnaval étaient connues en Allemagne sous le nom de Fastnachtspiele.
Des hommes célèbres comme savants et comme musiciens ne dédaignaient pas de composer les morceaux de musique que l'on devait y faire entendre. Walliser, qui est un des plus renommés en ce genre, en écrivit un grand nombre pour les ouvrages scéniques représentés sur le théâtre de l'Académie de Strasbourg (2).
Chacune des principales circonstances de la vie d'étudiant était à cette époque célébrée par des chants en chœur. Pendant le service divin, les jeunes gens mêlaient les doux accords de leurs voix aux sons majestueux de l'orgue; ils exécutaient des chorals d'une harmonie riche et suave. Quand venait la fête de leurs parents, de leurs camarades et de leurs professeurs, ils chantaient des hymnes joyeux et se réunissaient pour donner des sérénades aux flambeaux ; aux enterrements, ils exécutaient des chants funèbres. Dans leurs réunions de plaisir et banquets solennels appelés Commcrs-Kreism, ils répétaient les anciens refrains traditionnels ou bien ils en improvisaient de nouveaux. Variant les accents de leur muse, ils faisaient alterner les chants sérieux et enthousiastes, et les chansons bouffonnes et comiques où le latin se mêle facétieusement a la langue vulgaire. Que de fois les échos paisibles et rêveurs de la poétique Allemagne n'ont-ils pas été brusquement interpellés par les accents ironiques de la muse juvénile ! Que de fois n'ontils pas été forcés de redire ces lieder si connus : Was kommt von der Hohe; Bekràntzt mit Laub, Vom hoh'n Olymp, ça ça Geschmauset , Dus Crabambuli, des Johres letzte Slunde, Lasst die Politiker nur sprechen, et surtout le Gaudeamus, l'antique Gaudeamus, pieuse invocation empruntée par la volupté au chant du culte, et qu'elle a si bien détourné de son application première, que l'humoristique Brandi n'a pas hésité à lui donner place sur le drapeau de la Nef des fous. Gaude, Gaudeamus, tel est le cri de ralliement de la jeunesse des écoles d'un bout du monde à l'autre, et la France, comme l'Allemagne, sait ce qu'il signifie : Si mortui non resurgunt, manducemus et bibamus, cras enim mari emur (3),
contrées à Berlin, à Francfort, et 5 Vienne: « Voici, dit-il, la méthode n qui leur est prescrite. Ils commencent a chauler, par exemple, le pre- » mier du mois, devant les portes des maisons du premier quartier ; » le deuxième jour du mois, dans le quartier voisin, et ainsi de suite » jusqu'à ce qu'ils aient fait successivement et en chantant le tour de la >' ville. Ils recommencent ensuite dans le même ordre de rotation, Il » faut observer qu'indépendamment de la corvée laborieuse et pénible « d'aller chanter ainsi dans les rues, durant l'hiver, dans un climat si » dur, ces pauvres écoliers sont encore obligés d'aller chauler dans les » églises tous les dimanches et fêles. Ils sont eu général partagés en » troupes de seize à dix-huit ensemble. Ceux de ces écoliers qui mon- » trent du goût et des dispositions particulières pour les sciences sont » envoyés aux Universités de Leipsick ou de Wurtemberg. Ces deux » Universités entretiennent ainsi plus de trois cents étudiants. Quand » ceux-ci ont achevé leurs cours ordinaires de philosophie, ils sont maîtres » de s'adonner, suivant leur goût, ou ix la théologie ou à la médecine, ou » à l'élude de la jurisprudence, et deviennent ainsi très utiles aux dilfë- • rentes branches scientiliques, etc. » Aujourd'hui il n'y a plus que quelues pays du nord de l' Allemagne qui aient conservé l'usage des Cur reniai.
(1) Dans le xvc siècle, on voit les écoliers jouer des comédies deTérence; Ileuchlin est un des premiers qui ont illustré, en Allemagne, le théâtre universitaire. En J 492, pendant le carnaval, les étudiants représentèrent une de ses comédies intitulée Henno, dans le palais et en présence de l'évèque de Worms. La plupart des œuvres dramatiques de Reuchlin contiennent des chœurs; il en est de môme de presque toutes les pièces de théâtre des xv, xvr et xvir siècles.
(2) La plupart de ces compositions ont été publiées ; je citerai entre autres les deux recueils suivants : Walliser (Chr.-Fh.), Chori musici quos liarmonicis III, IV, V et VI, vocum numeris exornavit, et in Andromède tragëdia secundiim Argentoratensis Academia theatro frequentissima exhibita introduxit, etc. Iîxcudebat Carollus Kiefer VI Caleud. Septemb. 1612 ; in-4 contenant six chants. — Chori musici novi liarmonicis quatuor, quinque et sex vocum numeris exornale et in Charielis Iragico-comœdia in argentoratensis Academia theatro exhibitj. Argent,, 1614, in-i°.
(3) Ce sont les termes dont se sert ironiquement saint Paul dans son épîtreaux Corinlhiens. (I Corinth., cap. XV, V. 32.)
Toutes les circonstances que je viens d'indiquer ayant donné au chant choral une extension et une popularité rapides, on vit bientôt se former en tous lieux des sociétés de musique vocale dont plusieurs eurent exclusivement pour objet l'exécution des morceaux destinés aux voix d'hommes sans accompagnement d'instruments. C'est à ces dernières que le chapitre suivant est consacré. Après avoir parlé des plus anciennes sociétés chorales fondées en Allemagne, je m'occuperai de signaler les tentatives du même genre faites ailleurs ultérieurement, et surtout, dans ces derniers temps, en France.