‹ Les chants des vaincus: poésies nouvellesChapitre 18 sur 69 · A M"' RÉCAMIER · texte numérisé non relu

A M"' RÉCAMIER

A M"' RÉCAMIËR

Dans ce salon, enceinte révérée, Où chaque jour s'assied Chateaubriand, Quand ce grand maître à la tête inspirée Auprès de vous écoute bienveillant Les faibles vers de ma muse ignorée :

* Dans un précédent recueil nous adressions ces vers à Mm* Récamier :

Quand vous rêvez, quand dans votre Àmc Vos souvenirs vont se pressant, Vous devez bénir Dieu, Madame, Des dons qu'il vous fit en naissant.

Cœur, esprit, ineffables grâces.

Il vous donna tout pour charmer, Tout ce qui fait qu'on suit vo» traciîs Et que vous voir c'est vous aimer.

Si ma pensée hésite, si ma voix Meurt tout à coup sans achever la rime, C'est que je vois un fantôme sublime ; Corinne est là ^ ; son regard se ranime Et je l'entends chanter comme autrefois.

Vous eûtes la double puissance Qui captive ThumaDité, Le charme de rintelligenco Et le charme de la beauté.

Vers vous tous les êtres d'élite, Tous les grands cœurs sont attiré» ; Votre trône idéal abrite Les talents que vous inspirez.

Vous êtes la source bénie Où se désaltère le cœur, La muse fidèle au génie, La Providence du malheur

Quand vous révcz, quand dans votrt^ ftmo Vos souvenirs vont se pressant, Vous devez bénir Dieu, Madame, Des dons qu'il von» fit en naissant.

Juillet 18&3.

* Le beau tableau de Corinne au eap Mishne, par Gérard, est dans Ip salon de M»n« Récamicr.

Oh ! le génie a sacré celte femme !

Le front penché devant ce front vainqueur, Uœil ébloui par cet œil plein de flamme, Mon chant se perd dans les chants de son àme, Puis en tremblant j'interroge mon cœur :

Est-il en moi cet éloquent délire Prêt à sortir de son sein oppressé ?

Des passions qui font gémir sa lyre, Du dieu caché qui la tue et l'inspire, Dans mon esprit le souffle a-t-il passé 7

Qu'importe, hélas! que ce souffle m'incline... Ah ! je sens bien que la langue divine N'a pas traduit les maux que j'ai soufferts, Et je vous dis en vous montrant Corinne :

Ecoutez-la ! n'écoutez pas mes vers !

Décembre 1845.

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Nous qui gardons encorla foi de l'idéal, Ne chantons pas les rois, ils nous trompent, poêles ; Leur àme est endurcie aux cruautés secrètes ; Quand ils feignent le bien, ils méditent le mal.

Toi-même, qui connus à quelles saintes fêtes La douceur du pardon convie un cœur royal.

Tu cèdes à la peur, tu perds le sens moral, Et dans leur ligue impie, aveugle, tu te jettes.

* Voir le sonnet, page 89, au grand-duc de Toscane, qui d'abord avait refusé de livrer Renzi« chef de la dernière insurrection de la Romagnc, réfugié dans ses États, mais qui, sur les réclamations du pape et de Tempcreur d'Autriche, vient d'abandonner ce proscrit, dont le supplice ^ prépare h Rome.

Ta fragile pitié fut moins durable, hélas !

Que ces fleurs qu'on semait, plein d'espoir, sur les pas

— Quel spectacle à donner au monde qui s'éclaire ! . . .

Trois potentats, dont run|se dit l'élu du Christ, S'unissent pour frapper un malheureux proscrit ! — Des peuples je comprends la sanglante colère . ■

Février 1840.

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