‹ Les chants des vaincus: poésies nouvellesChapitre 25 sur 69 · BOUTADE CONTRE PARIS · texte numérisé non relu

BOUTADE CONTRE PARIS

Noire cité de fange et de fumée, Loin du soleil pourquoi t'es-tu formée?

Foyer du monde, où s'enflamme l'esprit.

Où l'âme souffre, où le corps dépérit; Quel but fatal, quelle force attractive Attire l'homme et l'enchaîne à ta rive?

Ce mouvement, ce bruit tumultueux.

Ces flots vivants sur ton pavé boueux.

Flots agités de passions contraires.

Sombres, roulant sous tes cieux funéraires,

Tout jette aux cœurs des images de mort; ville en deuil sous tes brumes du Nord, Les purs désirs qu'inspire la nature Sont étouffés ou vivent d'imposture.

Que cherchent-ils, ces hommes entassés ?

Spéculateurs, ils n'ont jamais assez; Ambitieux, ils combattent sans trêve, Ne poursuivant qu'un égoïste rêve.

Voluptueux, ils profanent l'amour; L'amour pour eux c'est le plaisir d'un jour ; Hais l'idéal, mais les désirs de l'âme Où sont-ils donc? Dans quelque pauvre femme Que l'on délaisse et que raillent entre eux Ces cœurs grossiers qu'on nomme les heureux.

Aux vœux impurs sitôt qu'elle est rebelle, Qu'importe ici qu'une femme soit belle?

Les dons de l'àme et les grâces du corps Lui sont, hélas! de stériles trésors.

L'amour l'oublie, et, cruel avant Fàge, Le temps se hâte, il double son ravage, Car la beauté, sous ce ciel sans chaleur, Pàlil plus vite, ainsi que fait la fleur.

sol fécond d'Italie et de Grèce !

Où le cœur vit, où l'on sent la jeunesse,

Où l'amour rend un culte à la beauté,

Où la nature est une volupté;

Ciel radieux dont la lumière enivre.

Sous tes rayons l'homme est heureux de vivre.

Mais vivre ici... se dire : jour par jour,

La vie a fiii sans soleil, sans amour.

Oh ! c'est la tombe ! — Et puis la mort arrive

Nous déposant glacés sur l'autre rive.

Et nul ne sait si notre âme, au réveil.

Va retrouver l'amour et le soleil.

Décembre 1845.

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MA FSLLla

Quand la douleur m'abat, votre amitié fidèle Sait deviner mon cœur, et vous me parlez d'elle; Vous me la rappelez comme un riant espoir Qui transfonneen bonheur un austère devoir.

Oh ! oui, c'est le bonheur, quand passe la jeunesse. Que d'avoir un enfant dans lequel on renaisse ; Cet amour, le plus pur de ceux qu'on a goûtés, Brille sur Te déclin de nos jours attristés.

Oh ! oui, c'est le bonheur de lire dans cette âme Qui nous a dû la vie et dont la chaste flamme

Dissipe ce qu'en nous le monde a mis d'impur, Comme l'aube dissout la nuit dans son azur.

Et quand viennent les jours de la sombre vieillesse, Où notre triste cœur, qu'à la fois tout délaisse, Pense à ceux qui sont morts, à ceux qui sont changés, C'est encor le bonheur, sous nos yeux affligés. De voir passer l'enfance, heureuse, épanouie. Qui se confie au monde et sourit à la vie.

Oh ! je ne me plains'plus : Dieu pourrait me punir ; Qu'importe mon passé quand j'ai ton avenir, Ma fille ! désormais c'est pour toi que je rêve ; Mon étoile a pâli, mais la tienne se lève ; Sous sa blanche lueur mon front s'est éclairci ; Le bonheur attendu si longtemps, le voici :

Ma fille, il est en toi. Quand je te vois si belle. Quand dans tes vifs regards ton esprit étincelle, Quand ta voix me traduit avec des mots touchants Tes désirs généreux et tes nobles penchatits, Les précoces éclairs de ton intelligence.

Ta bonté, qui déjà pleure sur l'indigence ,

Ah ! je sens que le ciel a voulu te former Pour consoler ta mère et pour te faire aimer. Et j'entrevois pour toi, dans ma tendre espérance, Une jeunesse heureuse après l'heureuse enfance : Dieu t'envoie un cœur fait à l'image du lien. Un bras qui de ta vie est le ferme soutien.

Un être bon et fier, qui te guide et te donne L'amour qui de la femme est la seule couronne.

Et mon cœur tout entier, vers ce rêve emporté, Revit de ton bonheur et croit l'avoir goûté.

Mars 1846.

LA

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Devoir, mot sublime, tu forces au respect Josqu^à la volonté rebelle dont tu ne parviens pas à te faire obéir. I^s passions qui travaillent sourdement contre toi sont muettes et honteuses en ta présence. Quelle origine assez digne de toi t'assigner? où trouver la racine de ta nobie tige? Ce n*est pas dans les I>enchants sensuels, que tu repousses arec fierté ; ce ne peut ôtre que dans ce sanctuaire où Thomme se trouve élevé au-dessus du monde sensible, affranchi du mécanisme de la nature, et où résident sa personnalité, sa liberté, son indépendance.

Kant.

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