‹ Les chants des vaincus: poésies nouvellesChapitre 26 sur 69 · LA DUCHESSE D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE D'ORLÉANS

De noire temps si les touchants symboles Parlaient au peuple ainsi qu'aux anciens jours, Devant les fronts couronnés d'auréoles Avec respect s'il s'inclinait toujours,

Quel ascendant elle aurait sur les âmes Cette princesse, au regard triste et doux.

Qui, digne et pure entre toutes les femmes.

N'a pas quitté le deuil d'un jeune époux !

La sainteté de ce veuvage austère Dont le devoir remplit seul les loisirs.

Le chaste oubli des plaisirs de la terre, Qui pour ce cœur ne sont plus des plaisirs;

La piété de cette âme éclairée, D'un libre essor montant vers l'Éternel , Que rien d'humain n'a jamais altérée El dont la foi ne dépend que du ciel;

La charité d'un cœur qui soufifre et pleure, Et va, cherchant la soufifrance et les pleurs. Cœur généreux, qui réponde toute heure Aux cris lointains des plus obscurs malheurs ;

Les nobles goûts d'un esprit qui renferme L'amour du beau comme l'amour du bien.

Ame rêveuse, intelligence ferme.

Que Goethe émeut, dont Kant est le soutien;

Force et douceur, raison et poésie, Sens accompli du vrai, de l'idéal.

Étoile pure, en sa sphère choisie.

Se reflétant sur le pouvoir royal ;

En faut-il plus pour former la couronne Que met la France au front de ses élus?

En faut-il plus pour raffennir un trône?

Pour enchaîner les cœurs en faut-il plus ?

De l'avenir nul ne sait le mystère; Qui peut compter sur un espoir humain?

Mais, en voyant passer la jeune mère, Calme, tenant ses deux fils par la main,

En pénétrant ce cœur qui se résigne, Quel cœur ému n'a répété tout bas :

Si le bonheur était pour la plus digne, Oh ! le bonheur ne lui manquerait pas !

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