MADAME ROLAND, U FEMME DU GEOLIER
LA FEMME DU GEÔLIER, tenant à la main une lettre et des fleurs.
Citoyenne, tu sais qu'en sa miséricorde
Aux condamnés à mort le tribunal accorde
Le droit de recevoir parmi les détenus
Ceux qui leur furent chers ou qui les ont connus.
Est-il des prisonniers à la Conciergerie
Que tu désires voir?
MADAME ROLAND
Oh ! baissez, je vous prie.
Laissez entrer tous ceux qui, dans ce triste lieu, A mes derniers moments, voudront me dire adieu.
LA FEMME DU GEÔLIER
J'y consens. De pitié ton sort me paraît digne. Je viens, en ta faveur, d'oublier ma consigne : En secret j'ai reçu ce papier et ces fleurs Qu'une femme pour toi m'a remis toute en pleurs.
MADAME ROLAND
(Lisant) (A la femme du geôlier.)
Henriette^ ! elle ici !... Permettez que je voie Cette femme qui pleure et vers moi vous envoie. Elle sait que demain sera mon dernier jour ; Elle est là, me dit-elle, elle attend dans la cour ; Ne la renvoyez pas, et, pour dernière grâce.
Avant que de mourir, souffrez que je l'embrasse !
LA FEMME DU GEÔLIER
Tu la verras : malgré des ordres rigoureux, Je tâche d'adoucir le sort des malheureux.
MADAME ROLAND
De votre humanité soyez récompensée
Par Celui qui d'en haut lit dans notre pensée.
LA FEMME DU GEÔLIER
Citoyenne, à revoir !
MADAME ROLAND
Puis-je espérer?
> Voir les notes à la fin du volume.
— 330 -^ LA FEMME DU GEOLIER
Bientôt j'introduirai ton amie.
MADAME ROLAND
Oh ! merci !