‹ Les chants des vaincus: poésies nouvellesChapitre 56 sur 69 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MADAME ROLAND, seule,

Henriette, grand cœur que nul danger n'effraie, Jusqu'au dernier moment amie ardente et vraie, Dévouée au malheur, sublime sans effort.

Elle vient, pour me voir, s'exposer à la mort ! Par un pressentiment, au matin de la vie.

Lorsqu'aux plus doux penchants l'âme s'ouvre ravie, Je l'aimais; l'amitié de nous a fait deux sœurs; La mort seule aujourd'hui séparera nos cœurs !

(Elle lit.) Ces fleurs qu'elle m'envoie et qu'elle sait que j'aime, Elle a voulu pour moi les cueillir elle-même Dans ce cloitre en ruine, entouré de tombeaux,

OÙ coulèrent nos jours les plus purs, les plus beaux ; Douce et calme prison où de pieuses femmes Aux nobles dévoùments préparèrent nos âmes .

Ces pâles liserons, par nos soins cultivés, Dans ce couvent désert elle les a trouvés. Comme un doux souvenir j'aspire leur calice ; Ils seront sur mon cœur au moment du supplice. Sur mes vêtements blancs dénouons mes cheveux. Sourions à la mort qui répond à mes vœux.

Avant que l'heure arrive et que ma tête tombe, Des fleurs de l'amitié parons-nous pour la tombe. Et que le peuple dise, en me voyant mourir :

Radieuse, au martyre elle semble courir !

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