‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 34 sur 90 · LA FENÊTRE ÉTAIT OUVERTE · texte numérisé non relu

LA FENÊTRE ÉTAIT OUVERTE

Sourire ton vieux livre ouvert sur tes genoux, Ton Iliade rayonnante !

Beau livre que souvent vous lisez tous les deux! Elle aime eomme toi ces combats hasardeux

Où la guerre agite ses ailes.

Femme, elle ne hait pas, en t'y vovant rêver. Le poëte qui chante Hélène, et fait lever

Les plus vieux devant les plus belles.

Elle vient là, du haut de ses jeunes amours. Regarder quelquefois dans le flot des vieux jours

Quelle ombre y fait cette chimère; Car, ainsi que d'un mont tombent de vives eaux, Le passé murmurant sort et coule à ruisseaux

De ton flanc, 6 géant Homère !

■26 février 1837.

POi'sii;.

A ALBEUT DUllEll

Dans les vieilles iorêts où la sève à grands Ilots

Court (lu fût noir de l'aulne au tronc blanc des houloaux,

Bien des Ibis, n'est-ce pas? à travers la clairière.

Pâle, elFaré, n'osant regai'der en arrière,

Tu l'es hâté, tremblant et d'un pas convulsil",

0 mon maître Albert Dure, ô vieux [)eintre pensil" !

On devine, devant tes tableaux (ju'on vénère,

Que dans les noirs taillis ton œil visionnaire

Voyait distinctement, par l'ombre recouverts,

Le l'aune aux doigts palmés, le sylvain aux yeux verts,

Pan, (pii revêt de lleurs l'antre où tu le recueilles,

Kt l'antique dryade aux mains pleines de feuilles.

^2di LES VOIX INTÉRIEURES

Une forêt pour toi, c'est un monde hideux.

Le songe et le réel s'y mêlent tous les deux.

Là se penchent rêveurs les vieux pins, les grands ormes

Dont les rameaux tordus font cent coudes difformes,

Et dans ce groupe sombre agité par le vent

Rien n'est tout à fait mort ni tout à fait vivant.

Le cresson boit; l'eau court; les frênes sur les pentes.

Sous la broussaille horrible et les ronces grimpantes.

Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs.

Les fleurs au cou de cygne ont les lacs pour miroirs ;

Et sur vous qui passez et l'avez réveillée,

Mainte chimère étrange à la gorge écaillée,

Dun arbi'e entre ses doigts serrant les larges nœuds,

Du fond d'un antre obscur fixe un œil lumineux.

0 végétation ! esprit ! matière ! force !

Couverte de peau rude ou de vivante écorce !

Aux bois, ainsi que toi, je n'ai jamais erré. Maître, sans qu'en mon cœur Ihorreur ait pénétré, Sans voir tressaillir l'herbe, el, par le vent bercées, Pendre à tous les rameaux de confuses pensées. Dieu seul, ce grand témoin des faits mystérieux, Dieu seul le sait, souvent, en de sauvages lieux. J'ai senti, moi quéchaulfe une secrète flamme, Comme moi palpiter et vivre avec une âme. Et rire, el se parler dans l'ombre à demi-voix. Les chênes monstrueux (jui remplissent les bois.

■20 aviil ISC".

Puisqu'ici-bas toute âme Donne à quelqu'un

Sa musique, sa flamme, Ou son parfum ;

Puisqu'ici toute chose

Donne toujours Son épine ou sa rose

A ses amours ;

Puisqu'avril donne aux chênes Un bruit charmant ;

Que la nuit donne aux peines L'oubli dormant ;

Puisque l'air à la branche

Donne l'oiseau ; Que l'aube à la pervenche

Donne un peu d'eau ;

Puisque, lorsqu'elle arrive

S'y reposer, L'onde amère à la rive

Donne un baiser ;

Je te donne, à cette heure,

Penché sur toi, La chose la meilleure

Que j'aie en moi !

Reçois donc ma pensée,

Triste d'ailleurs, Qui, comme une rosée,

T'arrive en pleurs !

Reçois mes vœux sans nombre,

0 mes amours !

Reçois la flamme ou l'ombre

De tous mes jours !

Mes transports pleins d'ivresses, Purs de soupçons,

Et toutes les caresses De mes chansons !

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