SOIRÉE EN MER
Près du pêcheur qui ruisselle, Quand tous deux, au jour baissant, Nous errons dans la nacelle, Laissant chanter l'homme frêle Et gémir le flot puissant ;
Sous l'abri que font les voiles Lorsque nous nous asseyons, Dans cette ombre où tu te voiles Quand ton regard aux étoiles Semble cueillir des rayons ;
Quand tous deux nous croyons lire Ce que la nature écrit, Réponds, ô toi que j'admire, D'où vient que mon cœur soupire?
D'où vient que ton front sourit?
Dis, d'où vient qu'à chaque lame, Comme une coupe de fiel, La pensée emplit mon âme?
C'est que moi je vois la rame Tandis que tu vois le ciel.
C'est que je vois les flots sombres, Toi, les astres enchantés.
C'est que, perdu dans leurs nombres.
Hélas ! je compte les ombres Quand tu comptes les clartés.
Chacun, c'est la loi suprême, Rame, hélas ! jusqu'à la fin.
Pas d'homme, ô fatal problème !
Qui ne laboure ou ne sème Sur quelque chose de vain.
L'homme est sur un flot qui gronde.
L'ouragan tord son manteau.
11 rame en la nuit profonde, Et l'espoir s'en va dans l'onde Par les fentes du bateau.