SOIRÉE EN MER 3H
Sa voile que le vent troue Se déchire à tout moment, De sa route l'eau se joue, Les obstacles sur sa proue Écument incessamment.
Hélas ! hélas ! tout travaille Sous tes yeux, ô Jéhovah !
De quelque côté qu'on aille, Partout un flot qui tressaille, Partout un homme qui va.
Où vas-tu? — Vers la nuit noire.
Où vas-tu? — Vers le gi'and jour.
Toi? — Je cherche s'il faut croire.
Et toi? — Je vais à la gloire.
Et toi? — Je vais à l'amour.
Vous allez tous à la tombe !
Vous allez à l'inconnu !
Aigle, vautour, ou colombe, Vous allez où tout retombe Et d'où rien n'est revenu !
Vous allez où vont encore Ceux qui font le plus de bruit !
Où va la fleur qu'avril dore !
Vous allez où va l'aurore !
Vous allez où va la nuiti
A quoi bon toutes ces peines?
Pourquoi tant de soins jaloux?
Buvez l'onde des fontaines, Secouez le gland des chênes, Aimez, et rendormez-vous!
Lorsqu'ainsi que des abeilles On a travaillé toujours.
Qu'on a rêvé des merveilles, Lorsqu'on a sur bien des veilles Amoncelé bien des joui's,
Sur votre plus belle rose.
Sur votre lys le plus beau, Savez-vous ce qui se pose?
C'est l'oubli pour toute chose.
Pour tout homme le tombeau.
Car le Seigneur nous retire Les fruits à peine cueillis.
11 dit : Échoue! au navire.
11 dit à la flamme : Expire !- Il dit à la fleur : Pâlis !
Il dit au guerrier qui fonde :
— Je garde le dernier mot.
Monte, monte, ô roi du monde !
La chute la plus profonde Pend au sommet le plus haut. —