A LAURE, DUCHESSE D'A
Car ton cœur abondait en souvenirs fidèles ! Dans notre ciel sinistre et sur nos tristes jours, Ton noble esprit planait avec de nobles ailes, Comme un aigle souvent, comme un ange toujours !
Car, forte pour les maux et bonne |)oiii' les nôtres, Livrée à la lem{)ête et femme en proie au sort, Jamais lu n'imitas l'exemple de tant d'autres, Et d'une làchelé lu ne le fis un port!
Car toi, la muse illustre, et moi, l'obscur apôtre. Nous avons dans ce monde eu le même mandat. Et c'est un nœud profond qui nous joint l'un à l'autre, Toi, veuve d'un héros, et moi, fils d'un soldat!
Aussi, sans me lasser, dans cette Babylone, Des drapeaux insultés baisant chaque lambeau, J'ai dit pour l'empereur : Rendez-lui sa colonne! Et je dirai pour loi : Donnez-lui son tombeau !
Février 1810.
Puits de l'Inde ! tombeaux ! monuments constellés ! Vous dont l'intérieur n'offre aux regards troublés Qu'un amas tournoyant de marebes et de rampes, Froids cachots, corridors où rayonnent des lampes, Poutres où l'araignée a tendu ses longs fils. Blocs ébauchant partout de sinistres profils. Toits de granit, troués comme une frêle toile, Par où l'œil voit briller quelque profonde étoile. Et des chaos de murs, de chambres, de paliers. Où s'écroule au hasard un gouffre d'escaliers ! Cryptes qui remplissez d'horreur religieuse Votre voûte sans fin, morne et prodigieuse ! Cavernes où l'esprit n'ose aller trop avant ! Devant vos profondeurs j'ai pâli bien souvent
Comme sur un abîme ou sur une fournaise, Effrayantes Babels que rêvait Piranèse!
Entrez si aous l'osez !
Sur le pavé dormant Les ombres des arceaux se croisent tristement ; La dalle par endroits, pliant sous les décombres, S'entr'ouvre pour laisser passer des degrés sombres Qui fouillent, vis de pierre, un souterrain sans fond ; D'autres montent là-baut et crèvent le plafond. Où vont-ils? Dieu le sait. Du creux d'une arclie vide Une eau qui tombe envoie une lueur livide. Une voûte au front vert s'égoutte dans un puits. Dans l'ombre un lourd monceau de rocbes sans appuis S'arrête retenu par des ronces grimpantes ; Une corde qui pend d'un amas de charpentes S'offre, mystérieuse, à la main du passant. Dans un caveau, pencbé sur un livre, et lisant, Un vieillard surhumain, sous le roc qui surplombe, Semble vivre oublié par la mort dans sa tombe. Des sphinx, des bœufs d'airain, sur l'étrave accroupis, Ont fait des chapiteaux aux piliers décrépits ; L'aspic à l'œil de braise, agitant ses paupières. Passe sa tête plate aux crevasses des pierres. Tout chancelle et fléchit sous les toits entr'ouverts. Le mur suinte, et l'on voit fourmiller à travers De grands feuillages roux, sortant d'entre les marbres, Des monstres qu'on prendrait pour des racines d'arbres.