‹ Les chants du crépuscule (volume 2)Chapitre 7 sur 90 · CONSEIL · texte numérisé non relu

CONSEIL

Rien encoi' n"a germé de vos rameaux flottants Sur notre jeune terre où, depuis quarante ans,

Tant d'âmes se sont échouées, Doctrines aux. fruits d'or, espoir des nations, Que la hcitive main des révolutions

Sur nos têtes a secouées !

Nous attendons toujours ! Seigneur, prenez pitié Des |)euples (|ui, toujours satisfaits à moitié,

Vont d'espérance en espérance ; Et montrez-nous enfin l'homme de votre choix Parmi tous ces tribuns et parmi tous ces rois

Que vous essayez à la France !

Qui peut se croire fort, puissant et souverain? Qui peut dire en scellant des barrières d'airain :

Jamais vous ne serez franchies !

Dans ce siècle de bruit, de gloire et de revers, Où les roseaux penchés au bord des étangs verts

Durent plus que les monarchies?

Rois ! la bure est souvent jalouse du velours.

Le peuple a froid l'hiver, le peuple a faim toujours.

Rendez-lui son sort plus facile.

Le peuple souvent porte un bien rude collier. Ouvrez l'école aux fils, aux pères l'atelier,

A tous vos bras, auguste asile !

Par la bonté des rois rendez les peuples bons.

Sous d'étranges malheurs souvent nous nous courbons.

Songez que Dieu seul est le maître.

Un bienfait par quelqu'un est toujours ramassé. Songez-y, rois minés sur qui pèse un passé

Gros du même avenir peut-être !

Donnez à tous. Peut-être un jour tous vous rendront ! Donnez, — on ne sait pas quels épis germeront Dans notre siècle autour des trônes ! —

GONSl-:iL 93

De la main droite aux bons, de la gauche aux méchants! Comme le laboureur sème sa graine aux champs, Ensemencez les cœurs d'aumônes !

0 rois! le pain (pToii porte au vieillard desséché,

La pauvre adolescente enlevée au marché,

Le bienfait souriant, toujours prêt à loulo heure,

Qui vient, riche et voilé, partout où (piehpi un pleure,

Le cri reconnaissant d'une mère à genoux,

L'enfant sauvé qui lève entre le peuple et vous

Ses deux petites mains sincères et joyeuses.

Sont la meilleure diûue aux foules fuiieuses.

'fi'

Hélas ! je vous le dis, ne vous endorme/ pas, Tandis que l'avenir s'amoncelle là-bas !

Il arrive parfois, dans le siècle où nous sommes.

Qu'un grand vent tout à coup soulève à flots les hommes;

Vent de malheur, formé, comme tous les autans,

De souffles quelque part comprimés trop longtemps ;

Vent qui de tout foyer disperse la fumée ;

Dont s'attise l'idée à cette heure allumée ;

Qui passe sur tout homme, et, torche ou flot amer.

Le fait étinceler ou le fait écumer ;

Ëbranle toute digue et toute citadelle;

Dans la société met à nu d'un coup d'aile

Des sommets jusqu'alors par des brumes voilés,

Des gouffres ténébreux ou des coins étoiles ;

Vent fatal qui confond les meilleurs et les pires,

Arrache iBainle tuile au vieux toit des empires,

Et, prenant dans l'état, en haut, en bas, partout,

Tout esprit qui dérive et toute àme qui bout.

Tous ceux dont un zéphyr fait remuer les têtes.

Tout ce qui devient onde à l'heure des tempêtes,

Amoncelant dans l'ombre et chassant à la fois

Ces flots, ces bruits, ce peuple, et ces pas, et ces voix.

Et les groupes sans forme et les rumeurs sans nombre.

Pousse tout cet orage au seuil d'un palais sombre !

Palais sombre en effet, et plongé dans la nuit!

D'où les illusions s'envolent à grand bruit,

Quelques-unes en pleurs, d'autres qu'on entend rire !

C'en est fait. L'heure vient ! le voile se déchire,

Adieu les songes dor ! On se réveille, on voit

Un spectre aux mains de chair qui vous touche du doigt.

C'est la réalité, qu'on sent là, qui vous pèse.

On rêvait Charlemagne, on pense à Louis seize !

Heure grande et terrible où, doutant des canons,

La royauté, nommant ses amis par leurs noms.

Recueillant tous les bruits que la tempête apporte,

Attend, l'œil à la A'itre et l'oreille à la porte !

Où l'on voit dans un coin, ses filles dans ses bras,

La reine qui pâlit, pauvre étrangère, hélas !

Où les petits enfants des familles royales

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